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Portrait d'Alexandre Dumas

Portrait d'Alexandre Dumas

Portrait d'Alexandre Dumas

Portrait d'Alexandre Dumas

Portrait d'Alexandre Dumas en costume russe

Portrait d'Alexandre Dumas en costume russe

Portrait d'Alexandre Dumas

Portrait d'Alexandre Dumas

Auteur : GOUIN Alexis

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : Vers 1851

Date représentée :

H. : 6,7 cm

L. : 6 cm

Premier portrait photographique d'Alexandre Dumas père.

Daguerréotype stéréoscopique avec rehauts de couleurs et d'or.

Domaine : Photographies

© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis Brandt

Lien vers l'image

PHO 2001 8 - 23-502707

Portraits d'Alexandre Dumas

Date de publication : Octobre 2005

Auteur : Claude SCHOPP

Une prolixité de légende

Monstre sacré de la littérature, Alexandre Dumas est probablement, avec Victor Hugo, l’écrivain le plus populaire du XIXe siècle. Né à Villers-Cotterêts en 1802, d’un général républicain, lui-même fils d’une esclave noire, il voit disparaître son père dès 1806. Le manque de ressources le contraint à gagner d’abord sa vie comme clerc de notaire, puis, à Paris, où l’attire son ambition de conquérir la gloire littéraire, comme employé dans les bureaux de Louis-Philippe, duc d’Orléans. Dès sa deuxième pièce, la première à être représentée, Henri III et sa cour (1829), premier drame romantique à être joué au Théâtre-Français, il fait figure de chef de la génération de 1830. Après l’invention du roman-feuilleton et l’échec du drame romantique, il choisit résolument le roman, en particulier le roman historique avec pour projet d’écrire le « Drame de la France », une suite de romans qui, en le divertissant, enseignerait au peuple sa propre histoire. Ses cycles, peignant la fin des Valois (La Reine Margot, La Dame de Monsoreau, Les Quarante-Cinq), l’avènement de la monarchie absolue (Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne), la chute de la monarchie et la Révolution (Joseph Balsamo, Le Collier de la Reine, Ange Pitou, La Comtesse de Charny), assurent sa gloire et font de lui l’un des pères de notre mémoire collective.

Dumas à l’âge d’or de la photographie

Ces trois portraits d’Alexandre Dumas, dont la lithographie puis la caricature avaient déjà largement fait connaître les traits, témoignent de la tentative que firent des photographes (ou photographistes, comme le préférait Le Gray) dans les années 1850 de hisser les nouvelles techniques de reproduction à la dignité d’œuvre d’art. L’invention du négatif, qui permettait une multiplication de l’image, devait par la suite conduire les praticiens sur des voies essentiellement commerciales en monnayant les effigies des hommes du jour.

Le premier portrait de Dumas conservé est un daguerréotype stéréoscopique avec rehauts de couleurs et d’or dont, fait rare, subsistent les deux vues (les quelques autres portraits d’écrivains conservés – Hugo, Nerval, Poe – sont des daguerréotypes simples). Il peut être daté de 1851, c’est-à-dire des premiers temps de cette nouvelle technique. Le relief, allié à la délicatesse de la colorisation, donne une vie saisissante au modèle, alors dans la plénitude de l’âge.

Le deuxième, photographie de Nadar, a été exécuté en novembre 1855 dans le premier atelier du photographe, au 113 rue Saint-Lazare. De nombreux exemplaires tirés sur papier salé, contemporains de la prise de vue, indiquent que ce portrait était destiné à être diffusé (quelques autres exemplaires sont conservés, dédicacés par l’écrivain). Alexandre Dumas, crinière ébouriffée, redingote et gilet de velours noirs, à la Titien, pose familièrement, les mains appuyées sur un invisible dossier ou pommeau de canne. Il regarde l’objectif avec une expression confiante et amusée qui rend compte de la sympathie unissant artiste et modèle depuis 1839. Ce beau portrait a été utilisé par nombre de caricaturistes comme image matrice de leurs portraits-charges.

Le dernier portrait, chef-d’œuvre de Gustave Le Gray, propose un portrait en buste, dans un lumineux clair-obscur : Alexandre Dumas, aminci, le manteau géorgien ouvert sur une blanche roubachka, tous deux rapportés de son récent et long voyage en Russie et au Caucase (1858-1859), pose, légèrement de biais, avec un merveilleux naturel, dans un décor aux tons doux, gommé par le découpage en ovale. Il n’est plus le personnage public exubérant auquel renvoie généralement son iconographie, mais bien l’écrivain le plus mystérieux du XIXe siècle, selon l’expression de Pietro Citati. « C’est à vous, chers lecteurs, de voir si jamais la photographie est allée plus loin, si jamais plus de naturel, de douceur et de vérité se sont rencontrés dans un portrait exécuté sur une épreuve photographique », demandait Dumas aux lecteurs de son hebdomadaire, Le Monte-Cristo, le 5 janvier 1860. « Je suis allé le trouver, et j’ai été émerveillé. J’ai compris – ce qu’après avoir fait faire cent portraits par cent photographes différents […] que le photographe comme Le Gray est à la fois un artiste et un savant », concluait-il.

Cette fière dévergondée appelée la photographie

La photographie connaît curieusement son apogée à son commencement. Ensuite, selon les mots de Baudelaire, « la société immonde se rua comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur du métal » puis sur du papier, et les photographes, d’abord artistes, très influencés par la peinture romantique, se firent industriels, proposant au chaland, à partir de l’invention du négatif, le portrait des célébrités, souverains, hommes politiques, écrivains, acteurs en format carte postale, format apparu en 1854.

La vieillesse d’Alexandre Dumas est jalonnée d’images plus ou moins médiocres – de face, de profil, en buste, en compagnie de sa fille ou d’une maîtresse, œuvres que des praticiens nommés Duroni (1862), Carjat, Durat, Petit (1867), Liebert (1867), Reutlinger (1867), Duponcest ou Disdéri, inventeur du format « carte de visite », exposaient dans leurs vitrines. L’écrivain, qui se laissait complaisamment saisir par leur objectif, tentait ainsi de prolonger une popularité déclinante, malgré le peu de bien qu’il pensait de « l’ingénieuse invention » de Daguerre qu’il ne croyait « d’abord applicable qu’aux objets inanimés » et qui à ses yeux se chargeait maintenant de reproduire « les personnes vivantes, les hommes, personnages assez laids naturellement et qu’elle n’embellit pas, les femmes, cette consolation des yeux, quand elle n’est pas celle du cœur, qu’elle enlaidit » (Alexandre Dumas, « À travers la Hongrie », in Les Nouvelles, 4 février 1866).

Sylvie AUBENAS (dir.), Gustave Le Gray.1820-1884, catalogue de l’exposition de la Bibliothèque nationale de France, 19 mars-16 juin 2002, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002.

Sylvie AUBENAS, « Clichés d’auteur », in Revue de la Bibliothèque nationale de France, n° 11 Alexandre Dumas, p.34-39.

Christiane et Digby NEAVE, Iconographie d’Alexandre Dumas père. Gravures, dessins, photographies, portraits et caricatures, Marly-le-Roi, Tallandier, 1991.

Claude SCHOPP, Alexandre Dumas : Le génie de la vie, Paris, Fayard, nouv.éd.2002.

Claude SCHOPP, « Portraits d'Alexandre Dumas », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/05/2024. URL : histoire-image.org/etudes/portraits-alexandre-dumas

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