Le Siège de Yorktown, en octobre 1781.

Le Siège de Yorktown, en octobre 1781.

Date de création : 1836

Date représentée : octobre 1781

H. : 465

L. : 543

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Droits réservés

http://www.photo.rmn.fr

85-000913 / MV2747

Le siège de Yorktown

Date de publication : Novembre 2013

Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE

Le tournant de la guerre d’Indépendance américaine

Au cours de l’été 1781, George Washington envisage de porter un coup décisif aux Britanniques en lançant un assaut combiné, par terre et par mer, contre New York. Le commandant en chef de l’armée britannique, Henry Clinton, est d’ailleurs persuadé que New York est bien la cible désignée par les insurgents américains et leurs alliés français. Mais, face aux 17 000 Britanniques retranchés dans la ville fortifiée, leurs adversaires n’alignent pas plus de 10 000 hommes, dont 4 000 Français. L’attaque doit donc être menée plus au sud.

Fin août, en provenance des Antilles, l’amiral de Grasse entre dans la baie de la Chesapeake (Virginie) avec 3 000 hommes. L’armée de Washington fait sa jonction avec les Français le 26 septembre, interdisant à l’armée de lord Cornwallis installée à Yorktown l’accès à la mer. Les alliés alignent 15 000 hommes dont 6 000 Français commandés par Rochambeau. Ces derniers, formés aux combats des théâtres d’opération européens, maîtrisent la guerre de siège. Cette expérience militaire devait s’avérer décisive pour prendre la place, alors que Cornwallis peine à communiquer avec son supérieur Clinton, qui continue de penser que l’objectif réel des alliés est New York. Les forces de Washington et de Rochambeau se rapprochent de Yorktown, tandis que Cornwallis replie les siennes, soumises à des tirs d’artillerie de plus en plus rapprochés. Isolés, les Britanniques tentent de vaines sorties. Sans espoir d’être secouru, Cornwallis capitule avec les honneurs de la guerre le 19 octobre 1781. La Fayette écrit à Vergennes, ministre des Affaires étrangères de Louis XVI : « La pièce est jouée, monsieur le comte, et le cinquième acte vient de finir. » De fait, la prise de Yorktown précipite la fin des opérations militaires.

Cette œuvre est une commande de Louis-Philippe Ier pour la galerie des Batailles du musée d’Histoire de France à Versailles.

Peinte en 1836, elle participe de la volonté de la monarchie de Juillet d’associer le glorieux héritage militaire de l’Ancien Régime et celui de la Révolution.

La France victorieuse aux côtés des insurgents américains

Les deux commandants des forces alliées, Rochambeau avec à sa gauche Washington, s’apprêtent à lancer le dernier assaut contre les troupes britanniques retranchées dans Yorktown. Les ordonnances prennent leurs ordres. Avec un demi-siècle de recul, Couder a pris soin de représenter en bonne place d’autres acteurs promis à un brillant avenir : on reconnaît La Fayette, tête nue derrière Rochambeau, et Saint-Simon à droite de Washington. À cheval et de dos, le duc de Lauzun complète ce tableau de la fine fleur de l’aristocratie française apportant son concours aux insurgents américains.

Le désastreux traité de Paris (1763) est effacé par la paix de Versailles (1783) qui met fin au conflit. Dans ce que l’on présente parfois comme une seconde guerre de Cent Ans entre Versailles et Londres, les cuisantes défaites de la guerre de Sept Ans (1756-1763) sont vengées. « 8 000 prisonniers, dont 7 000 de troupes régulières et environ 1 000 matelots. 214 pièces de canon, dont 75 de fonte » : la précision des comptes rendus de la bataille vise à témoigner du caractère indiscutable du succès remporté, alors que la guerre d’Indépendance a aussi montré les limites du réarmement français. En effet, en avril 1782, l’amiral de Grasse perd la bataille navale des Saintes, dans la Caraïbe. Enfin, à moyen terme, le bilan de l’intervention française apparaît moins favorable : très coûteuse, elle a ruiné les finances royales, et Louis XVI n’y a gagné ni en autorité ni en prestige. Quant au grand commerce français qui espérait supplanter son rival britannique dans les échanges transatlantiques, il déchante vite : la paix revenue, les relations commerciales avec Londres reprennent. L’amertume l’emporte rapidement.

L’écriture de l’histoire sous la monarchie de Juillet

« Héros des deux mondes », La Fayette (1757-1834) n’est pas seulement l’incarnation de l’engagement français aux côtés des insurgents américains et un acteur clé des premières années de la Révolution française. Dans les années 1820, grâce à sa longévité exceptionnelle, son prestige est immense parmi les libéraux français et européens en lutte contre la réaction politique. En 1830, c’est lui qui présente Louis-Philippe au peuple de Paris depuis le balcon de l’Hôtel de Ville. Couder met en scène l’engagement de l’aristocratie libérale française aux côtés des combattants de la liberté, de la guerre d’Indépendance aux Trois Glorieuses. Le musée d’Histoire de France vise à capitaliser cette action glorieuse.

On remarquera qu’au siège de Yorktown s’illustre aussi Claude Henri de Rouvroy (1760-1825), futur comte de Saint-Simon, parent du célèbre mémorialiste de Louis XIV et de la Régence, fondateur du mouvement utopique éponyme. Comme La Fayette, il fait la jonction entre le siècle des Lumières et le XIXe siècle. Mais il dépassera la pensée libérale pour s’ouvrir au socialisme.

BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières (1715-1789), Paris, Belin, coll. « Histoire de France », 2011.

COTTRET Bernard, La révolution américaine : la quête du bonheur (1763-1787), Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2004.

Pierre-Yves BEAUREPAIRE, « Le siège de Yorktown », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/siege-yorktown

Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Où se situe vraiment La Fayette ?
A priori, ce n'est pas le personnage qu'on distingue derrière Rochambeau, mais plutôt la personne en civil dans l'ombre de Washington à sa gauche (comparer avec un portrait de La Fayette pour observer la ressemblance).

H.

sam 05/03/2016 - 23:49 Permalien

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