Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 m.

Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 m.

Date représentée : 28-juin-18

H. : 0

L. : 0

Exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1919.Photographié par François Antoine Vizzavona.

© Photo RMN - Grand Palais - F. Vizzavona

http://www.photo.rmn.fr

97-027517 / VZC9955

Les tirailleurs marocains

Date de publication : mai 2009

Auteur : Alban SUMPF

Les troupes coloniales marocaines dans « la seconde bataille de la Marne »

Libérées du front de l’est par le traité de Brest-Litovsk (1917) qui voit la Russie se retirer du conflit, les forces allemandes s’acheminent vers le front ouest, pour lancer l’offensive finale. À partir de mars 1918, une série d’attaques massives est lancée. Celles-ci ne permettent pas aux troupes de Guillaume II de remporter la victoire et conduisent seulement à faire reculer le front des Alliés. Fin mai les efforts allemands se portent dans l’Aisne. Les combats s’étalent sur plusieurs semaines. Au cours de cette « bataille de l’Aisne » se déroule le 28 juin une contre-offensive des troupes françaises près de Curty. L’assaut mené par les soldats du 1er régiment de tirailleurs marocains y est déterminant.

Soldats marocains à l’attaque ou en représentation

L’image Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains, le 28 juin 1918, à 5 h 5 m. est une photographie en noir et blanc d’une œuvre de Paul Renouard, dessinateur et graveur célèbre pour avoir représenté les grands événements de son époque, comme le procès Dreyfus. Elle représente, d’un point de vue décentré, la charge des soldats qui dévalent la pente d’une colline. Au premier plan à gauche, tout près du spectateur et comme saisi sur le vif par l’artiste, un homme court, fusil et baïonnette pointés vers l’avant, l’air à la fois grave, déterminé et concentré. Vêtus comme lui de la tenue en usage en 1918, deux autres soldats placés sur sa gauche chargent du même mouvement, mais la perspective fait qu’ils sont sur le point de sortir du cadre. Au second plan, trois hommes se détachent encore, quoique beaucoup moins nettement, d’une masse qui visiblement avance d’un même élan et qui devient de plus en plus imprécise, jusqu’à se confondre avec le relief et la brume de l’aube.

Les soldats marocains s’inscrivent pleinement dans l’armée et la patrie

L’œuvre de Renouard insiste d’abord sur la cohésion entre les soldats du 1er régiment de tirailleurs marocains. Chargeant comme un seul homme, ils forment un seul corps, soudés par le combat. C’est seulement parce qu’il a le privilège d’être plongé dans l’action que le spectateur peut y distinguer un homme, comme par accident, et pour un instant seulement. L’image signifie ensuite l’avancée et la reconquête : le caractère indéfini de la masse qui se prolonge jusqu’à l’horizon suggère qu’un grand nombre d’hommes (autant qu’il en faut) sont prêts à livrer bataille. Et cette masse soudée et en mouvement semble impossible à arrêter : elle déferle sur son objectif, irrésistible. Enfin, la confusion des hommes avec le relief et les éléments pourrait signifier que ces soldats, même « coloniaux », s’ancrent pleinement dans la patrie, nourrissant son sol de leur sang, se mariant corps et âme avec elle dans l’épreuve du feu. Dans une perspective à la fois documentaire et historique, Renouard montre bien que l’homme du premier plan est marocain, mais surtout qu’il appartient au régiment et à la France.

Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER (dir), Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Bayard, 2004.Marc MICHEL, Les Africains et la Grande Guerre. L'appel à l'Afrique (1914-1918), Paris, Karthala, 2003.Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Alban SUMPF, « Les tirailleurs marocains », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/tirailleurs-marocains

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