Préparation de l'Exposition sur la collaboration

Préparation de l'Exposition sur la collaboration

Exposition sur la collaboration, à Tunis

Exposition sur la collaboration, à Tunis

Préparation de l'Exposition sur la collaboration

Préparation de l'Exposition sur la collaboration

Auteur : ANONYME

Lieu de conservation : Le Mémorial de Caen (Caen)
site web

Date de création : mai-juin 1944

Date représentée : mai-juin 1944

H. : 17,7 cm

L. : 12,6 cm

Tirage argentique

© OFIC / Le Mémorial de Caen

MEMO_PHOT_02818

Dénoncer la collaboration

Date de publication : Juillet 2016

Auteur : Alexandre SUMPF

L’exposition « Kollaboration ».

Dans la ville de Tunis libérée en mai 1943, les membres de l’organisation Combat (le plus grand des huit mouvements de Résistance) et ceux de son organe de presse (Combat, sous-titré le Journal de Paris) ne sont plus clandestins. Ils peuvent poursuivre au grand jour leur œuvre de dénonciation du Régime de Vichy, du nazisme et de la collaboration.

Ainsi, c’est à leur initiative que l’on doit l’exposition « Kollaboration » qui s’y tient en juin 1944 (et ultérieurement dans d’autres villes d’Afrique du Nord de manière itinérante) et à laquelle les deux photographies ici étudiées se rapportent.

Pensée de manière assez pédagogique, l’exposition se décline en différents panneaux sur lesquels des coupures de presse, des images, des citations, des schémas et des reproductions sont épinglés (ou collés) pour illustrer et dénoncer la réalité de la collaboration. Quoique sommaire et finalement très simple dans sa mise en place, « Kollaboration » attire un public relativement nombreux. Elle a surtout un sens très fort : alors que la métropole est encore occupée par les Allemands, on peut ici accuser ceux qui les soutiennent au grand jour.

En montrant les images d’une telle manifestation, ces deux clichés renseignent sur sa nature, son orientation idéologique et les fins qu’elle poursuit. Plus généralement, ils interrogent sur la manière dont les français qui ont résisté et résistent encore regardent, expliquent et font le récit de la collaboration. Diffusées par le journal lui-même (et d’autres), ces photographies (ainsi que l’exposition) influencent les consciences et les représentations, anticipant déjà la question mémorielle, morale et politique d’un jugement historique de la France par elle-même.

La collaboration en thématiques

Préparation de l'exposition sur la collaboration et Exposition sur la collaboration, à Tunis sont deux photographies anonymes, mais il est fort probable qu’elles aient été prises par un membre du journal.

Le premier cliché montre le processus par lequel les panneaux qui seront exposés sont agencés. Dans une salle assez vaste et haute de plafond (l’escabeau sur la gauche en donne une idée), deux hommes (un maghrébin et un occidental) d’âge moyen s’affairent sur la grande table centrale, occupés, semble-t-il, à coller avec minutie des coupures de textes encadrés précédemment découpés sur un fond noir, lui-même placé sur un grand panneau. Les petites formes régulières du papier font écho à celles du carrelage noir et blanc, aux carrés ornant les murs et aux panneaux, donnant l’impression d’un travail fait avec soin, rigueur et précision. Cet effet est d’ailleurs renforcé par la composition presque géométrique de l’image (le cadre est net et bien centré) choisi par le photographe. Au second plan et sur le côté, on aperçoit plusieurs des « tableaux » ainsi réalisés, sur lesquels les documents sont présentés de manière plus confuse. Ils sont surmontés de leurs titres et on peut lire en dessous d’eux des slogans en blanc se détachant sur des cercles noir, qui critiquent la collaboration.

Pris au même endroit (on reconnaît les motifs sur le mur), Exposition sur la collaboration, à Tunis est une sorte de gros plan sur l’un de ces panneaux. Au centre, une citation de Pétain sur fond noir est mise en évidence. Plus désordonnées, des coupures de presse de toutes tailles (majoritairement du texte, quelques photos) y sont accrochées. On remarque enfin la reproduction d’une étoile jaune (en haut à droite), symbole de la politique raciste du régime de Vichy.

Entre pédagogie, dénonciation et propagande

La première image suggère que cette exposition a été conçue et préparée avec rigueur. Il ne s’agirait pas de jouer sur l’émotion ou de se laisser aller à une dénonciation passionnelle, mais bien de faire œuvre de pédagogie de manière rationnelle et réfléchie. Si le rendu fini des panneaux est plus fouillis, il n’en reste pas moins que « Kollaboration » entend s’appuyer sur des documents savamment sélectionnés et classés par thèmes. Le propos est cadré pour mieux témoigner et instruire.

Sans rentrer dans le détail de tous les éléments que l’on peut déchiffrer, il apparaît que ceux qui ont monté l’exposition ont choisi de se référer aux positions de leurs ennemis. Il s’agit essentiellement de journaux et de propos collaborationnistes ou vichystes (il y en a un allemand aussi, visible sur Exposition sur la collaboration, à Tunis), présentés sans autres commentaires. La pédagogie (montrer ce qu’est la collaboration) et la dénonciation devraient ainsi se faire d’elles-mêmes, tant ces documents parlent d’eux-mêmes.

Néanmoins, le choix des titres et de ce qu’on pourrait appeler le montage (des images, des textes, etc.) ainsi que les formules (Pétain fait mourir pour Stalingrad ; Pétain sergent recruteur pour Hitler par exemple) évoquent plus le tract, et rappellent que le journal Combat est, comme le mouvement de Résistance qui lui a donné naissance, encore en lutte contre ces idées et ceux qui les portent. Toute « scientifique » et intelligente qu’elle soit, l’exposition « Kollaboration » est aussi une œuvre de propagande qui vise à convaincre autant qu’à accuser. Ces deux clichés illustrent donc une manière de lutter tout en faisant acte de résistance.

AJCHENBAUM Yves-Marie, À la vie, à la mort : histoire du journal Combat (1941-1974), Paris, Le Monde Éditions, 1994.

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine. XIV : De Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : histoire » (no 114), 1979.

AZÉMA Jean-Pierre, WIEVIORKA Olivier, Vichy (1940-1944), Paris, Perrin, 1997.

DELPORTE Christian, MARÉCHAL Denis (dir.), Les médias et la Libération en Europe (1945-2005), actes de colloque (Versailles, 2005), Paris, Institut national de l’audiovisuel / L’Harmattan, coll. « Les médias en actes », 2006.

LEVISSE-TOUZÉ Christine, L’Afrique du Nord dans la guerre (1939-1945), Paris, Albin Michel, 1998.

MARCOT François (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance : résistance intérieure et France libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006.

MURACCIOLE Jean-François, Histoire de la France libre, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 1078), 1996.

Alexandre SUMPF, « Dénoncer la collaboration », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/denoncer-collaboration

Anonyme (non vérifié)

Le personnage de gauche est Rafel TONA, peintre et graphiste catalan (1903-1987), celui de droite Louis BERNASCONI , peintre français (1905-1987). Ces deux artistes ont crée à la demande du Journal Combat agissant sur ordre du GPRF l'exposition itinérante KOLLABORATION en 1944.
plus d’informations sur Rafel TONA sur www.rafeltona.com

dim 15/10/2017 - 19:44 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

La libération de Paris : derniers combats

La place de la Concorde, un « nid de résistance allemande »

Effectuée du 19 au 25 août 1944, la libération de Paris est le résultat conjoint de l’…

L’enfant juif de Varsovie

La photographie no 14 de l’album du S.S. Jürgen Stroop

La photographie anonyme « Arrestation dans le ghetto de Varsovie » a été prise…

Défilé sur les Champs-Elysées à la libération de Paris

Le défilé de la victoire sur les Champs-Élysées en 1944

Montrer le « Paris Libéré ».

À mesure qu’ils libèrent le territoire métropolitain, les Alliés reconquièrent aussi la possibilité de produire les…

Soldats soviétiques après la bataille de Berlin

Berlin aux mains des Soviétiques

L’avance des Soviétiques s’est accélérée dès le début de 1945, grâce au déclenchement d’une offensive massive qui…

Soldats soviétiques après la bataille de Berlin
Soldats soviétiques après la bataille de Berlin
Soldats soviétiques après la bataille de Berlin

Les « tondues » de la Libération

Une démonstration publique

On estime que 20 000 à 40 000 femmes accusées à tort ou à raison de collaboration avec l’occupant allemand auraient…

Londres, capitale de la résistance européenne

Une affiche « européenne »

De septembre 1939 à juin 1941, l’Allemagne nazie accumule les succès militaires en Europe. La Pologne, le Danemark, la…

L’armée de Vichy recrute

L’« armée nouvelle » de Vichy

Aux termes de l’article 4 de la convention d’armistice signée avec l’Allemagne le 22 juin 1940, l’armée française…

L’armée de Vichy recrute
L’armée de Vichy recrute
L’armée de Vichy recrute

Dans la ligne Maginot

La fin de la « drôle de guerre ».

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne, qui a agressé puis envahi…

Alger, « capitale » de la France Libre

Séance inaugurale de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger

Le 8 novembre 1942, l’opération Torch (nom de code du débarquement allié en…

La Vénus encordée

Images de l’évacuation des œuvres

En 1938, la crainte de la guerre et des bombardements entraîne une grande opération de déménagement des œuvres…

La Vénus encordée
La Vénus encordée