Les déportés contraints au travail chez Siemens.

Les déportés contraints au travail chez Siemens.

Date de création : 1959

Date représentée : 1943

H. : 0

L. : 0

Crayon

© BPK, Berlin, Dist RMN - Grand Palais - image BPK

http://www.photo.rmn.fr

04-505733

Le travail forcé

Date de publication : Février 2012

Auteur : Anaïs GUILPIN

Le travail forcé dans les camps

Inscrit dans l’idéologie du national-socialisme, le travail forcé occupe une place centrale dans son projet dès l’ouverture des premiers camps de concentration. Cette politique connaît cependant un tournant au printemps 1942 avec l’intégration des camps dans une économie de guerre totale : désormais, toutes les capacités de travail des internés doivent être mobilisées pour alimenter la machine de guerre nazie, et cette main-d’œuvre captive doit devenir rentable selon un processus soigneusement planifié par le régime.

Pour mieux contribuer à l’effort de guerre, des entreprises allemandes contrôlées par la S.S. ou privées ont alors pu employer des déportés à bas coût. Cela a été le cas de plusieurs usines Siemens implantées aux abords des camps de Sachsenhausen et d’Auschwitz. Ce dessin montre des détenues du camp de concentration pour femmes de Ravensbrück alors qu’elles se rendent au travail.

L’auteur, Rudolf Lipus, s’est illustré pendant la Seconde Guerre mondiale par l’importance de sa production artistique pour les services de propagande de la Wehrmacht. C’est pourtant à la demande des autorités communistes est-allemandes que cet artiste a représenté le travail forcé des détenues du camp à l’usine Siemens pour la première exposition du Mémorial de Ravensbrück en 1959, camp libéré par l’U.R.S.S. le 30 avril 1945 et dont elle a fait un symbole. Le contexte de la répression antinazie à l’Est et le souhait de la R.D.A. de se démarquer de l’Allemagne de l’Ouest, accusée de complaisance envers les nazis, ont ainsi contribué à accélérer la conversion de Rudolf Lipus, illustrateur de la propagande nazie très actif jusqu’en 1945.

Exploitation et déshumanisation

Étroitement encadrée par les S.S. et leurs chiens, la cohorte des déportées pénètre dans l’usine Siemens. Marchant en rangs serrés comme si elles étaient entravées par des chaînes invisibles, dos courbé, bras ballants, les prisonnières ont presque toutes la tête baissée et les yeux au sol, contrairement à leurs gardiens. Réduites à des silhouettes vêtues du même uniforme rayé, rien ne permet de les distinguer l’une de l’autre. Le dessin traduit ainsi la désindividualisation et la déshumanisation des déportés systématiquement voulues par les nazis. Les grands bâtiments et les cheminées qui se dressent à gauche de l’entrée de l’usine bouchent l’horizon comme pour montrer que tout espoir d’un sort meilleur est vain.

De la propagande à la dénonciation

Acteur de la propagande nazie pendant la guerre, Rudolf Lipus s’est reconverti dès la fin du conflit, n’hésitant pas à dénoncer un système qu’il avait auparavant soutenu. À la fois sobre et explicite, ce dessin réalisé pour l’exposition de 1959 illustre la place que les nazis et le complexe industriel allemand ont donnée aux prisonnières dans l’univers concentrationnaire : chosifiées, exploitées jusqu’à la mort, elles n’étaient que du matériel.

Cette œuvre conçue pour le Mémorial avait pour vocation d’aider les visiteurs à mieux se représenter le fonctionnement et la réalité du camp de Ravensbrück. Avec ce dessin dénonciateur d’un système implacable, l’auteur a peut-être aussi cherché à faire oublier sa contribution à la propagande nazie.

AZEMA Jean-Pierre, BEDARIDA François (dir.), 1938-1948, Les Années de tourmente.De Munich à Prague : Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995.

BEDARIDA François, GERVEREAU Laurent (dir.), La déportation.Le système concentrationnaire nazi, Nanterre, BDIC, 1995.

BILLIG Joseph, Les camps de concentration dans l’économie du Reich hitlérien, Paris, PUF, 1973.

STREBEL Bernhard, Ravensbrück, Un complexe concentrationnaire, Paris, Fayard, 2005.

Anaïs GUILPIN, « Le travail forcé », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/06/2023. URL : histoire-image.org/etudes/travail-force

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Jeune garçon juif du ghetto de Varsovue arrêté par les SS

L’enfant juif de Varsovie

La photographie no 14 de l’album du S.S. Jürgen Stroop

La photographie anonyme « Arrestation dans le ghetto de Varsovie » a été prise…

L’intérieur du gymnase Japy - Harry Croner

La "Rafle du billet vert" 2/2

Un ballon d’essai

Mi-mai 1941, l’axe entre Paris et le Loiret s’anime à nouveau, comme 11 mois plus tôt. Cependant, au lieu de l’exode dans la…

La
La
Le Cinéaste soviétique Roman Karmen à Majdanek

Les opérateurs soviétiques et la Shoah

Les camps d’extermination, étape finale de la découverte de la Shoah à l’Est

Après les défaites qui se sont suc cédées depuis l’invasion…

La captivité de Jean Daligault : les bourreaux

De Trèves à Hinzert

Prêtre, dessinateur, peintre et graveur, Jean Daligault s’engage dans la Résistance en 1940, à travers la branche caennaise du…

La captivité de Jean Daligault : les bourreaux
La captivité de Jean Daligault : les bourreaux

Le travail forcé

Le travail forcé dans les camps

Inscrit dans l’idéologie du national-socialisme, le travail forcé occupe une place centrale dans son projet dès l…

Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden

A Holzminden, déportation de civils des territoires occupés

À leur arrivée en Alsace en 1914, les troupes françaises ont emmené les…

Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden
Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden
Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden
Un squelette habillé en soldat sur un train vers la Sibérie

Le Mauvais camp

Le camp d’en face

Si Léon Trotski, assassiné à Mexico le 21 août 1940, avait pu voir enfin dénoncée la violence stalinienne, chiffres à l’appui,…

Le Mauvais camp
Le Mauvais camp

Jean Daligault, un artiste détenu

La Résistance, des armes au dessin

Né à Caen en 1899, Jean Daligault entre dans les ordres en 1917 et est ordonné prêtre en 1924. Également peintre…

Jean Daligault, un artiste détenu
Jean Daligault, un artiste détenu