Fête juive à Tétouan.

Fête juive à Tétouan.

Date de création : vers 1858

Date représentée :

H. : 120

L. : 90

Huile sur toile

© RMN - Grand Palais (musée d'art et d'histoire du judaïsme) / Jean-Gilles Berizzi

Lien vers l'image

98-013690 - MAHJ 95.13.1

Fête juive à Tétouan

Date de publication : Avril 2012

Auteur : Nicolas FEUILLIE

Face à une Algérie investie par la France depuis 1830, le Maroc reste jusqu’à la fin du siècle une terre peu connue des Occidentaux, hormis Tanger où se trouvent les ambassades. Le jeune Alfred Dehodencq, blessé lors des événements de 1848, part en convalescence dans les Pyrénées, puis s’installe en Espagne, où il s’enflamme pour la lumière et la couleur. L’Espagne est alors à la mode dans les arts. Mais c’est un périple qu’il a l’occasion de réaliser en 1853 au Maroc qui est pour lui une révélation, à l’instar d’Eugène Delacroix, dont le séjour de 1832 a durablement marqué l’œuvre. Installé à Cadix avec son épouse espagnole, Dehodencq retourne fréquemment au Maroc et réalise de nombreuses peintures à Tanger et à Tétouan, dans le nord du pays. À l’exemple de Delacroix, la communauté juive marocaine l’inspire particulièrement. Au XIXe siècle, elle était l’une des plus importantes dans le monde arabe. Ses membres vivaient souvent dans des mellah, quartiers clos qui leur étaient réservés, comme à Tétouan. Comme dans les autres pays arabes, les juifs marocains étaient soumis à la dhimma, c’est-à-dire à des règles contraignantes et vexatoires. Dehodencq peignit plusieurs scènes de mariages juifs, une Exécution de la juive et d’autres scènes comme La Justice du pacha (1866, Bagnères-de-Bigorre, musée des Beaux-Arts Salies), dont les protagonistes juifs sont reconnaissables à leur costume sombre.

La scène se passe dans la rue principale du mellah, aisément reconnaissable puisqu’elle figure sur des gravures et photographies contemporaines. La peinture représente une procession annuelle des juifs de Tétouan, autorisés à parcourir la ville en raison d’un service rendu. Le cortège festif est emmené par quelques musiciens : le personnage central joue d’un instrument à cordes frottées appelé « rebab », son voisin l’accompagne à l’oud, tandis que, derrière eux, deux hommes font sonner des sortes de tambourin. Une foule nombreuse et agitée les entoure, tandis que des femmes se sont massées sur les terrasses qui bordent la rue pour assister au spectacle.

Cette fête a inspiré une autre œuvre à Dehodencq en 1859. La scène a lieu dans la même rue, mais un cadrage plus large montre quelques gardes arabes armés de fusils qui encadrent la manifestation – et révèlent la surveillance dont les juifs faisaient l’objet dans la société marocaine. Ici, le peintre a concentré toute son attention sur l’exubérance de la fête, dont le mouvement et les couleurs viennent souligner une musique et des cris que l’on pourrait presque entendre.

La force d’expression de la peinture de Dehodencq fut soulignée par Théophile Gautier qui, à propos d’un des premiers tableaux marocains (Concert juif chez le caïd marocain) de l’artiste, notait « une étonnante aptitude ethnographique, un sentiment profond des races ». Jugeant « les têtes des musiciens juifs […] d’une vérité surprenante », le critique relevait combien les voyages avaient permis aux artistes de s’éloigner des « types de convention » qui fixaient « le même caractère aux Grecs, aux Turcs, aux Espagnols, aux Arabes, aux Allemands, aux Hollandais ». Cette expressivité des physionomies, ainsi que les mouvements des personnages, les couleurs vives et contrastées, décrivent une société juive nord-africaine vivante, exubérante, dont le peintre a souhaité rendre tout le piquant.

Étude en partenariat avec le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme

SEAILLES Gabriel, Alfred Dehodencq, l’homme et l’artiste, Paris, Société de propagation des livres d’art, 1910 Les Juifs dans l'Orientalisme, Paris, Musée d'art et d'histoire du Judaïsme / Skira Flammarion, 2012

Nicolas FEUILLIE, « Fête juive à Tétouan », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 09/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/fete-juive-tetouan

Anonyme (non vérifié)

Très belles images. Ce qui est encore plus intéressant c'est l'approche que vous apportez aux différents tableaux que vous proposez.

sam 16/05/2015 - 20:40 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Prise de la smalah d'Abd-el-Kader

L’émir Abd el-Kader avait été l’âme de la résistance à la colonisation française de l’Algérie, dont la conquête avait été entreprise en 1830. D’…

Ali Ben Ahmed, calife de Constantine, lors de la conquête française de l'Algérie

Les yeux tournés vers l’Orient.

Depuis 1830, le pays s’est lancé dans la conquête de l’Algérie. Inaugurée par Charles X, poursuivie par Louis-…

Agar chassée par Abraham

Vernet exerçait en 1833 les fonctions de directeur de l’Académie de France à Rome lorsqu’il découvrit l’Algérie, dont la France amorçait la…

Fête juive à Tétouan

Face à une Algérie investie par la France depuis 1830, le Maroc reste jusqu’à la fin du siècle une terre peu connue des Occidentaux, hormis Tanger où…

Les croisades

Retrouver les croisades

Les deux tableaux peints par Émile Signol peuvent être contemplés dans des salles du château de Versailles qui ont…

Les croisades
Les croisades
Baptême de Clovis à Reims le 25 décembre 496 Dejuinne François-Louis (1786-1844) Clovis est représenté appuyé sur sa francisque, une jambe dans le bassin ; Baptême donné par saint Rémy

Le baptême de Clovis

Clovis, aux sources de la monarchie française

Quoique imprécisément daté d’un 25 décembre, entre 496 et 506, le baptême de Clovis par saint Rémi…

Le baptême de Clovis
Le baptême de Clovis

L'orientalisme

Objet de curiosités et de fantasmes au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle, l’Orient devient « une préoccupation générale »(Victor Hugo dans…

L'orientalisme
L'orientalisme
L'orientalisme
L'orientalisme
Le Mur des Lamentations - Alexandre Bida

Le Mur des Lamentations

Élève de Delacroix (à qui sa carrière de « peintre voyageur » en Orient doit peut-être beaucoup), Bida s’embarqua pour l’Orient à trente ans et…

Sermon dans un oratoire israélite

L’affirmation longtemps entendue qu’il n’existe pas d’art juif, s’appuyant sur une certaine lecture biblique qui ne voyait pas chez les Hébreux de…

La bataille de Poitiers

Au secours de la patrie en danger

Si l’histoire de Charles Martel (688-741) est relativement mal connue des Français encore aujourd’hui, il n’en…