L'exposition coloniale de Paris de 1906.

L'exposition coloniale de Paris de 1906.

Date de création : 1906

Date représentée :

H. : 0

L. : 0

© Collections La Contemporaine

La France coloniale et les zoos humains

Date de publication : Juillet 2008

Auteur : Vincent DOUMERC

L’attrait pour les zoos humains

En 1906, la France possède le deuxième Empire colonial au monde après le Royaume-Uni. Ces conquêtes ont permis de retrouver une fierté nationale mise à mal depuis la défaite de 1870. Même si l’opinion publique ne demande pas une poursuite effrénée de ce processus, la domination française en Afrique et en Asie suscite une réelle volonté de découvrir ces contrées « exotiques ».
Les expositions coloniales cherchent à répondre à cette curiosité de la population. L’année 1906 voit l’organisation d’une exposition à Paris mais également à Marseille. Le principe en est simple : il s’agit de reconstituer des espaces dédiés à la découverte des territoires colonisés. Tous les domaines sont concernés : l’architecture, les modes vestimentaires, la façon de vivre, les pratiques rituelles… Pour ce faire, de véritables villages indigènes sont construits et des personnes sont déplacées pour « peupler » ces décors factices. Quelques animaux caractéristiques accompagnent ces populations. La représentation est prête, les spectateurs peuvent affluer, les zoos humains sont à la mode.

Tout l’Empire sur les Champs-Élysées


La quasi totalité des possessions françaises est évoquée dans cette affiche. L’Afrique noire occupe une place prépondérante : une femme, portant son enfant de manière traditionnelle, pile du mil dans un mortier à proximité de cases rappelant les habitations traditionnelles de ces régions. Les autres parties de l’Empire sont plus valorisées : les bâtiments à l’arrière-plan rappelle les splendeurs des temples asiatiques ou des mosquées nord-africaines. A l’inverse de ceux d’Afrique noire, ces peuples sont représentés comme les héritiers de civilisations brillantes. Dans cette époque marquée par les théories raciales, une hiérarchie entre les peuples colonisés est opérée dans cette image.
Cette affiche vise à attirer une foule de visiteurs : les tarifs occupent donc une place importante et les attractions supplémentaires, comme les concerts, donnent l’impression que les Parisiens vont assister à un spectacle permanent, vivant, mélangeant la beauté des paysages, la diversité de la flore et de la faune et la découverte de peuples « primitifs ». Le souvenir de ces zoos humains constituera une cicatrice importante dans l’histoire des peuples colonisés.

Une vision dépréciative du colonisé

Le personnage féminin donne une vision multiple de l’Afrique noire : érotisation manifeste en raison d’une semi nudité fort provocante à la Belle Epoque, difficulté de la vie quotidienne puisque le peu de mil disponible est battu au pilon, simplicité de l’habillement et du logement rappelant un « état de nature » que les sociétés occidentales ont su dépasser par leur développement technique. S’ajoute à ces éléments la volonté d’associer l’indigène à l’animal. La femme ne s’émeut guère de la présence d’autruches et la manière avec laquelle elle porte son enfant met en avant, certes un instinct maternel, mais un instinct maternel propre à beaucoup de mammifères et en tout cas éloigné des codes de conduite occidentaux. La vision civilisatrice de la colonisation, très en vogue à l’époque, sort renforcée de cette affiche car la présence française est considérée comme une assurance de progrès pour ces peuples
Par contre la végétation, la richesse des bâtiments au fond de l’affiche sont des éléments de valorisation : la France, qui a su se rendre maîtresse de ces contrées, prouve sa puissance puisque ces territoires ont une histoire et une culture. Leur soumission à la République ne fait que renforcer le mérite de cette dernière.
Pour exciter la curiosité du visiteur, l’exotisme des habitants et de la nature est mis en avant. Pour satisfaire l’orgueil des Français, la puissance nationale qui a permis de soumettre tant de terres aux conditions de vie « si singulières » est sous entendue.

Vincent DOUMERC, « La France coloniale et les zoos humains », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/france-coloniale-zoos-humains

anonime (non vérifié)

il y a une faute d'orthographe dans l'analyse de l'image il y a écrit "Le quasi' au de "La quasi"

jeu 09/06/2022 - 13:26 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

L'orientalisme

Objet de curiosités et de fantasmes au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle, l’Orient devient « une préoccupation générale »(Victor Hugo dans…

L'orientalisme
L'orientalisme
L'orientalisme
L'orientalisme

Exposer l’autre : la muséographie des objets non occidentaux au tournant du XXe siècle

Le discours muséographique colonial

Avec l’exploration et la colonisation des pays non occidentaux se développent les expositions d’objets…

Juives d'Alger au balcon de Chassériau

Élève de Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), mais plus tard fortement influencé par Paul Delaroche (1797-1856) et Eugène Delacroix (1798-1863…

Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres

La Croisière noire, relevant à la fois de l’aventure coloniale, du raid automobile et de l’opération publicitaire, est née de la volonté d’un homme,…
Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres
Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres
Les Croisières de Citroën : publicité et colonialisme dans l'entre-deux-guerres

Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet

La photographie et l'engouement pour les cultures orientales

Le goût pour l'exotisme, notamment pour l'Orient, est l'héritage de l'époque…

Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet

Les pavillons éphémères de l'Exposition coloniale

Une visite à l’Exposition coloniale de 1931

Les divers documents réunis permettent de découvrir trois pavillons d’aspect monumental élevés à l’…

Les pavillons éphémères de l'Exposition coloniale
Les pavillons éphémères de l'Exposition coloniale
Les pavillons éphémères de l'Exposition coloniale

La IIe République abolit l’esclavage

1848, l’abolition de l’esclavage

Affirmant l’égalité entre les hommes et leur droit naturel à la liberté, les philosophes du XVIIIe

Femmes d’Alger dans leur appartement de Delacroix

En 1832, Eugène Delacroix fait un unique voyage au Maroc et en Algérie. Il y accompagne le comte de Mornay, envoyé spécial de Louis-Philippe…

Palais de la Porte-Dorée. Vue de la façade

Le palais de la Porte-Dorée, témoignage de l’histoire coloniale

Un palais permanent hérité de l’Exposition coloniale de 1931

Le palais de la Porte Dorée représente de seul vestige monumental de l’Exposition…

"A la gloire de l'Empire colonial"

Les expositions universelles, depuis la première, à Londres, en 1851, ont été pour tous les pays organisateurs l’occasion de manifester leur…