Philibert Orry (1689-1747)

Philibert Orry (1689-1747)

Date de création : 1735-1743

H. : 180 cm

L. : 147 cm

Huile  sur toile. Atelier d'Hyacinthe Rigaud, d'après un original de 1734, aujourd'hui disparu.

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / image RMN-GP

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MV 3767 - 74-000537

  • Philibert Orry (1689-1747)

Hyacinthe Rigaud et le portrait des serviteurs de l’État

Date de publication : Février 2022

Auteur : Stéphane BLOND

L’homme fort du gouvernement

Si Hyacinthe Rigaud (1659-1743) réalise le portrait de nombreux acteurs des autorités locales, les grands commis de l’État central tiennent une place essentielle dans son œuvre. Ces personnages ne représentent que 2 % de sa production artistique, mais ils assurent le bon fonctionnement des rouages de l’État et constituent une formidable vitrine des productions de l’artiste. Ce dernier peint notamment les cardinaux Dubois (1) et Fleury (2), le chancelier Voysin (3) ou encore le lieutenant général de police Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson (4). Il tire également le portrait de quatre contrôleurs généraux des finances du début du règne de Louis XV : John Law (5), Charles-Gaspard Dodun (6), Michel-Robert Le Peletier des Forts (7) et surtout Philibert Orry (1689-1747), en poste de 1730 à 1745.

Ce portrait d’Orry est une réplique exécutée en 1739 à partir d’un original réalisé en 1734 pour 3000 livres. Le travail intervient à la fin de la carrière de l’artiste. D’après l’inventaire méticuleux réalisé par Ariane James-Sarazin, il s’agit du 1474e portrait exécuté par Rigaud, sur une production évaluée à plus de 1500 toiles, sans compter les copies ! Cette toile est offerte par le peintre à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture. Ce don honore l’action du ministre devenu directeur général des bâtiments du roi en 1737. La même année, il rétablit le Salon de l’Académie, interrompu par Louis XIV en 1704. Saisi lors de la Révolution, ce tableau rejoint les collections du château de Versailles en novembre 1833. Dès 1735, la Compagnie des fermiers généraux (8) commande également une gravure à François-Bernard Lépicié (1698-1755). Réalisée d’après l’original, celle-ci est exposée au Salon en 1738.

La mise en scène du pouvoir

Hyacinthe Rigaud utilise une mise en scène qu’il reproduit à l’envi (9) pour les hauts prélats et les grands serviteurs du roi représentés assis ou debout, dans un décor palatial agrémenté d’accessoires. Philibert Orry apparaît de trois quarts, debout jusqu’aux genoux, devant un fauteuil et une table. Le ministre porte une longue perruque grise, la robe noire des magistrats, une chemise et une cravate de fine dentelle blanche.

La composition s’insère dans un cadre luxueux qui comprend à l’arrière-plan une colonne double et un rideau de velours dont les reflets moirés constituent une marque de fabrique du peintre. Orry pose sa main gauche sur la tranche d’un volume en maroquin (10)  rouge tenu debout, ce qui évoque son travail quotidien, en particulier son expertise administrative. La luxueuse table comprend également un encrier argenté et des lettres cachetées de cire rouge. Dans sa main droite, Orry tient une lettre adressée « Au Roy » qui rappelle son devoir de conseil et son rôle majeur dans le gouvernement. Il s’agit d’une gestuelle classique que le peintre utilise déjà pour son portrait du cardinal Dubois en 1723, ou celui de Le Peletier des Forts  en 1727, le prédécesseur de Philibert Orry au Contrôle général.

Le Colbert du règne de Louis XV

Ce splendide portrait d’apparat répond donc à des commandes d’usage, tout en mettant en scène la carrière d’un grand commis de la monarchie française. Il naît en Champagne en 1689 au sein d’une famille de financiers. Son père est envoyé en Espagne au début du XVIIIe siècle où il exerce la charge de veedor general (contrôleur général). Après un engagement dans l’armée, son fils s’oriente vers la magistrature au sein des parlements de Metz et Paris. Devenu maître des requêtes (11), il accède à des commissions d’intendant (12) à Soissons, en Roussillon et en Flandre. Protégé par le cardinal de Fleury, il est finalement nommé contrôleur général des finances, poste qu’il occupe pendant 15 ans, un record de longévité après Jean-Baptiste Colbert (1619-1683).

Son action ministérielle s’inspire de son illustre prédécesseur, ce qui en fait le « Colbert du règne de Louis XV ». Dans la tradition colbertiste, il mène une politique d’équilibre budgétaire assortie de mesures protectionnistes, d’enquêtes multiformes, d’un soutien du commerce, du développement des manufactures ou encore d’une vaste politique de rénovation des routes. Doté d’une importante capacité de travail, il entretient une colossale correspondance administrative, suggérée sur la toile par les lettres et le livre. Il accumule les postes et les honneurs : ministre d’État en 1736, directeur général des Bâtiments en 1737, conseiller d’État ordinaire en 1742, grand trésorier commandeur des ordres du roi en 1743. En tant que protecteur des Arts, le ministre côtoie régulièrement les artistes, en particulier Hyacinthe Rigaud qu’il emploie à des missions d’expertise et pensionne après la mort de sa femme en 1743. Affaibli par les querelles de pouvoir, Orry quitte le Contrôle général le 5 décembre 1745, remplacé par Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville (1701-1794) (12). Deux ans plus tard, il meurt sur ses terres de La Chapelle-Godefroy

Michel ANTOINE, Le cœur de l’État : surintendance, contrôle général et intendances des finances, 1552-1791, Fayard, 2003.

Françoise BAYARD, Joël FÉLIX, Philippe HAMON, Dictionnaire des surintendants et des contrôleurs généraux des finances, Comité pour l’Histoire économique et financière de la France, 2000.

Ariane JAMES-SARAZIN, Hyacinthe Rigaud, 1659-1743, Éditions Faton, 2016.

Stéphan PERREAU, Rigaud et les ministres : Le portrait de Philibert OrryHyacinthe Rigaud (1659-1743) : le blog, 13 octobre 2013

1 - Cardinal Guillaume Dubois (1656-1723) : précepteur du duc d'Orléans, futur Régent, il entre au Conseil au Conseil d'État en 1716, et sera le principal ministre de la Régence. 

2 - André Hercule de Fleury, dit le cardinal de Fleury (1653-1743) : précepteur de Louis XV, désigné par testament par Louis XIV, il sera le principal ministre de Louis XV. Il dirigera l'État jusqu'à sa mort.

3 - Daniel Voysin de La Noiraye (1655 – 1717) : après une carrière classique au service de l'État, il devient chancelier de France et garde des Sceaux, il siége au Conseil de régence. 

4- Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson (1652-1721) : lieutenant général de la police pendant 21 ans, (1697-1718), il est sous la Régence, garde des Sceaux et président du conseil des Finances , il s'opposa au système de Law.

5 - John Law (1672-1729) : financier écossais, après avoir créer la Banque générale, il devient le ministre des Finances du Régent. Le système Law mis en place fera banqueroute.

6 - Charles-Gaspard Dodun (1679-1736) : après une carrière classique au service de l'État, il devient membre du Conseil des finances puis, contrôleur général en 1722.

7 - Michel-Robert Le Peletier des Forts, comte de Saint-Fargeau  (1675-1740) : après une carrière classique au service de l'État, il devient membre du conseil de Régence en 1719, puis contrôleur général des finances de 1726 à 1730

8 - Compagnie des fermiers généraux : elle rassemble l'ensemble des fermiers géneraux. Les fermiers généraux étaient chargés de récolter l'impôt pour le roi. La charge est adjugée sous forme de bail à des personnes moyennant finance. En 1681, Colbert crée la Ferme générale. Les fermiers généraux sont honnis car du fait de leur charge, ils prélèvent plus que l'impôt du au roi. Ils seront l'une des causes de la Révolution française.

9 -  Reproduire à l’envi : multiplier les compositions en fonction des personnes.

10 - Maroquin : c'est un cuir de chèvre, il est utilisé pour la reliure des livres, pour les portefeuilles en maroquin des ministres : par extension, on parle pour un minsitre qu'il a obtenu un "maroquin" (un poste de ministre)

11- Office de l'Ancien régime : maître des requêtes, intendant, gouverneur, ... : ces sont les officiers de l'Etat, qui gèrent le territoire pour le roi, c'est la fonction publique de l'Ancien régime. Les charhes sont achetées (on parle de la vénalité des charges).

12 - Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville (1701-1794) : il devient contrôleur général des Finances en 1745 avec l'appui de la marquise de Pompadour.

Stéphane BLOND, « Hyacinthe Rigaud et le portrait des serviteurs de l’État », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/hyacinthe-rigaud-portrait-serviteurs-etat

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