Fondation de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture | Histoire et analyse d'images et oeuvres

Restez

informés !

Abonnez-vous à notre

newsletter

Cliquez-ici

Fondation de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture

Date de publication : juin 2021
Auteur : Sonia DARTHOU

Partager sur:

Contexte historique

Une fondation allégorique 

L’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, fondée en 1648 sous l’impulsion d’une douzaine de peintres autour notamment de Charles Le Brun alors que Louis XIV n’a que dix ans, s’inscrit dans un contexte historique de multiplication des Académies au sein de cette période dénommée le Grand siècle. Si cette Académie dépend de l’autorité monarchique de Louis XIV qui affiche ainsi vouloir donner une place majeure aux arts tout en édictant des « genres », elle constitue néanmoins une innovation en donnant protection aux artistes et en souhaitant revaloriser la peinture et la sculpture comme des arts majeurs, dans le sillage prestigieux de l’Antiquité, en s’inscrivant comme l’héritière de l’Académie d’Athènes. Cette huile sur toile de Nicolas Loir, peintre et décorateur formé en Italie avant de rejoindre la France et de gravir les échelons de l’Académie, datée de 1666, encadre le portrait du roi de figures mythologiques qui font de cette création un évènement monarchique mémorable et prestigieux.

Analyse des images

Louis XIV, promoteur mythologique des arts

Cette huile sur toile est construite autour du portrait de Louis XIV, en médaillon, qui constitue le point focal de l’œuvre en dépit de sa place liminaire. Présenté par la déesse Minerve qui le pointe du doigt pour orienter le regard du spectateur tandis qu’une figure féminine ailée évoquant la déesse de la Victoire Nikè sonne la trompe et qu’un petit Eros-putto brandit une couronne de laurier, la scène, emplie de références antiques comme la sculpture d’un torse au sol, prend des accents très mythologiques. Athéna-Minerve, casquée et armée, évoque la déesse guerrière antique d’Athènes, tout en exposant combien elle est identifiée, depuis la Renaissance, comme la divinité tutélaire de la sagesse et des arts. En trônant sur un nuage face à Saturne, qui ouvre un rideau pourpre comme s’il dévoilait cette nouvelle Académie au monde terrestre symbolisé par les maisons, Minerve affiche cette fondation comme un évènement mythique annoncé par l’Olympe des dieux. Les gestes, postures et expressions des personnages associés à ce monde divin montrent la surprise, l’étonnement, l’admiration et contribuent à la focalisation de la scène sur le portrait monarchique élevé dans les cieux par Minerve.

Interprétation

La mythologie au service de l’Académie royale

Cette œuvre inspirée de l’Antique, dédiée à la gloire du roi, prouve à nouveau combien Louis XIV se présente comme un monarque omnipotent et créateur, centralisant non seulement le pouvoir mais aussi toutes les formes de création. Présenté comme une figure divine parmi les dieux, chantre de la culture qui souhaite placer son royaume comme le centre du monde intellectuel et artistique, digne héritier de l’Antiquité et de la Grèce de Praxitèle, Louis XIV, dans cette allégorie mythologique, continue de construire sa propagande monarchique par l’image en instrumentalisant ici la puissance sémantique de l’Antique qui demeure une source d’inspiration majeure au XVIIe siècle. L’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, réorganisée en 1665 et confiée à Colbert pour devenir la pierre angulaire de la politique culturelle au service de la monarchie, sera prolongée par les créations successives de l’Académie de danse (1661), l’Académie de musique (1669), puis l’Académie d’architecture (1671).

Pour citer cet article
Sonia DARTHOU, « Fondation de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 21 juin 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/fondation-academie-royale-peinture-sculpture
Glossaire
  • Académie : L’Institut de France est créé par la loi du 25 octobre 1795 sur l’organisation de l’instruction publique. Au sein du palais de l’Institut de France, travaillent cinq académies : l’Académie française (fondée en 1635), l’Académie des inscriptions et belles-lettres (fondée en 1663), l’Académie des sciences (fondée en 1666), l’Académie des beaux-arts (créée en 1816 par la réunion de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, de l’Académie de musique, fondée en 1669, et de l’Académie d’architecture, fondée en 1671) et l’Académie des sciences morales et politiques (fondée en 1795, supprimée en 1803 et rétablie en 1832). (Source : https://www.institutdefrance.fr/les-cinq-academies/.)
  • Académie des beaux-arts : Créée en 1816 par la réunion de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, de l’Académie royale de musique, fondée en 1669, et de l’Académie royale d’architecture, fondée en 1671. Institution qui rassemble les artistes distingués par une assemblée de pairs et travaillant le plus souvent pour la couronne. Elle définit les règles de l’art et du bon goût, forme les artistes, organise des expositions.
  • Allégorie : Représentation figurée d’une idée abstraite.
  • Théorie des genres ou Hiérarchie des genres : Théorisé par André Félibien en 1667 dans une préface des Conférences de l'Académie, cette théorie va être le moteur de l'enseignement académique en France du XVIIe au XIXe. Elle soumet la peinture à des catégories, classant les types de sujets à la fois selon les difficultés qu'ils comportent pour le peintre et l'intérêt qu'ils présentent pour le spectateur. On parle du genre majeur (la peinture d'histoire) et de genres mineurs (la scène de genre, le portrait, la nature-morte)
  • Renaissance : Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c'est l'homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.
  • Commentaires

    Découvrez aussi

    Portrait du duc de Villars Rigaud Hyacinthe (1659-1743) ,  peintre