Manifestation pacifiste au Pré-Saint-Gervais en 1913.

Manifestation pacifiste au Pré-Saint-Gervais en 1913.

Auteur : PRUNIER Gaston

Lieu de conservation : musée Jean-Jaurès (Castres)
site web

Date de création : 1913

Date représentée : 25-mai-13

H. : 79,5

L. : 63,5

huile sur carton marouflé

© Musée Jean Jaurès

Jaurès et le pacifisme

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Alain BOSCUS

Le 20 mai 1913, craignant des débordements antimilitaristes, le gouvernement interdit la manifestation annuelle à la mémoire des communards qui devait se dérouler au Père-Lachaise. Pour contourner cette décision, la SFIO appelle à manifester le dimanche 25 mai au Pré-Saint-Gervais, un lieu de rassemblement déjà connu des militants, mis à disposition par le maire socialiste de la ville.

Cette année-là, la manifestation en mémoire de la Commune se transforma donc en un vaste meeting pacifiste conçu comme le point d’orgue de la campagne contre le rétablissement de la loi de trois ans de service militaire.

Il y a là 150 000 personnes environ. Plusieurs groupes se sont formés. Le cadre est verdoyant et apaisant. La manifestation occupe les deux tiers du tableau. On distingue nettement des tribunes avec orateurs passionnés et auditeurs attentifs, de très nombreux drapeaux rouges (une soixantaine), des groupements évoluant un peu en ordre dispersé mais sans que l’harmonie d’ensemble soit vraiment remise en cause.

Au tout premier plan, tout proche du point le plus haut de cette « butte du Chapeau rouge » d’où le peintre domine la situation, des femmes et des hommes endimanchés prennent le temps de vivre. Le soleil est au rendez-vous ; chapeaux, casquettes, canotiers sont de sortie, tandis qu’un vendeur de journaux à la criée profite du monde et du succès de cette journée pour vendre un des numéros spéciaux édités pour l’occasion.

Au loin, la ville impose sa présence. Vastes habitations, bâtiments industriels, cheminées et fumées d’usines… tout, jusqu’au gris argenté de l’horizon et aux nuages qui pointent, rappelle la proximité de la capitale.

Manifestation pacifiste, ce rassemblement réunit bien sûr tous les antimilitaristes d’extrême gauche. Mais de très nombreux pacifistes présents aux côtés des anciens communards ne mêlent pas leur voix à cette minorité, refusant de confondre pacifisme, antimilitarisme et antipatriotisme. Tous cependant entendent protester contre l’absurdité et la cruauté de la guerre, contre la hiérarchie militaire et l’abrutissement de la vie de caserne, contre le chauvinisme guerrier et l’intervention de l’armée dans les grèves. Tous, aussi, sont internationalistes et pensent qu’il faut répondre aux agissements et aux arguments des nationalistes.

Ce tableau évoque un des épisodes les plus connus de l’avant-1914 : un des plus importants rassemblements de l’époque qui donna l’occasion aux premiers reporters-photographes de réaliser les plus beaux clichés représentant Jaurès orateur, et à Louis Aragon de laisser à la postérité d’admirables pages mettant en situation le peuple de Paris et de sa banlieue.

Peint à chaud par un artiste pacifiste de tendance socialiste, cette huile décrit de façon réaliste l’ambiance d’un rassemblement populaire initié par l’extrême gauche. Ambiance bon enfant et colorée où les discours, appels et conversations fusent de toutes parts, bien qu’à moitié recouverts par les vivats, les huées, les coups de clairon, les chants et musiques des harmonies, les interpellations des crieurs de journaux et des marchands de coco venus en masse.

Le Pré-Saint-Gervais était alors encore très verdoyant. Il pouvait accueillir dans un cadre agréable des manifestations de grande ampleur, des démonstrations modernes qui mêlaient tout à la fois les caractéristiques des fêtes populaires, des sorties du dimanche et des manifestations protestataires. La banlieue commence alors à jouer un rôle important dans la mobilisation des forces de progrès.

Jacques DROZ (dir.), Histoire générale du socialisme, t. 2, Paris, PUF, 1978-1979.

Raoul GIRARDET, La Société militaire dans la France contemporaine (1871-1914), Paris, Plon, 1953.

Alain BOSCUS, « Jaurès et le pacifisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05/07/2022. URL : histoire-image.org/etudes/jaures-pacifisme

Anonyme (non vérifié)

Vous évoquez plus haut dans "Jaurès et le pacifisme", dans la description du tableau " Manifestation pacifiste au Pré-Saint-Gervais en 1913" de Gaston Prunier: "des groupements évoluant un peu en ordre dispersé".
En fait, les manifestants ne sont pas dispersés au hasard. Ils sont réunis par section de partis ou d'associations, sous leurs drapeaux ou bannières. C'est là le seul moyen, à une époque sans sonorisation (!) de faire connaitre les propos de l'orateur principal (Jaurès ou un autre..)à l'ensemble des manifestants. Chaque groupe est réuni autour d'un orateur "secondaire" (répétiteur!) lisant le texte commun. D'où cet aspect de dispersion, mais finalement le peintre a bien fixé là une des caractéristiques de la manifestation.
Cordial salut.
Pantruche

lun 21/01/2013 - 14:23 Permalien

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