La Mariée de ville

La Mariée de ville

Un Mariage

Un Mariage

Une Noce chez le photographe

Une Noce chez le photographe

La Mariée de ville

La Mariée de ville

Date de création : 1828-1837

Date représentée :

H. : 27,1 cm

L. : 44,2 cm

Dessinateur : Simon-François Blocquel.

Graveur  : Fleuret.

Editeur :  Jean-Baptiste Castiaux.

Bois de fil colorié au pochoir sur papier vergé. 

© MuCEM, Dist RMN - Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

http://www.photo.rmn.fr

1954.60.25C - 05-530555

Le mariage et ses pratiques au XIXe siècle

Date de publication : Mars 2011

Auteur : Charlotte DENOËL

La nuptialité au XIXe siècle

L’abondante iconographie que le mariage et ses pratiques ont inspirée au XIXe siècle témoigne aussi bien du poids de ce rite social et religieux que des évolutions survenues depuis la réforme en profondeur de la législation matrimoniale sous la Révolution : par la loi du 20 septembre 1792, le mariage fut soustrait à la juridiction de l’Église et transformé en un contrat laïc conclu devant un officier civil, tandis qu’était instauré le divorce au nom du respect de la liberté. Dans l’ensemble, le code civil de 1804 confirma ces nouvelles dispositions, si ce n’est qu’il restreignit considérablement les motifs de divorce.

Ces innovations législatives favorisent le mariage qui fait un bond sous la Révolution, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Si elle se poursuit sous le Consulat et l’Empire, cette tendance se stabilise sous la monarchie de Juillet et le second Empire, avant de décliner de manière durable à partir de 1875. Ces variations, qui s’expliquent par la conjoncture économique, les guerres ou les épidémies, s’accompagnent d’une évolution des pratiques matrimoniales : désormais l’union civile précède la cérémonie religieuse, parfois même la remplace ; pour la bourgeoisie alors en pleine ascension, le mariage devient de plus en plus un moyen de consolider ses intérêts financiers et patrimoniaux.

Les procédures matrimoniales

Le Code Napoléon a fixé dans ses grandes lignes le déroulement du mariage civil qui, depuis, n’a varié que sur des points de détail. Annoncé par les bans publiés aux portes de la mairie, il doit être célébré par l’officier civil à la mairie de la commune de résidence de l’un des deux époux, en présence de quatre témoins. Il faut que les futurs mariés aient échangé leurs consentements mutuels pour que l’officier les déclare unis au nom de la loi.

Cette gravure de Fleuret sur bois de fil coloriée au pochoir intitulée La Mariée de ville illustre la mise en place de ce nouveau système. La cérémonie civile vient de s’achever : suivi de deux de ses témoins, le couple sort de la mairie, accompagné d’un officier civil en costume Empire, ceint d’une écharpe, une épée au côté et les attributs de sa fonction dans les mains.

Sortie des presses de l’imagerie Pellerin, cette autre lithographie coloriée représente toutes les étapes d’un mariage dans la grande bourgeoisie du Second Empire : dûment présenté au reste de la famille, le futur marié offre à sa fiancée son bouquet de mariée, tous deux vont à la mairie où un officier ceint de l’écharpe tricolore célèbre leur mariage civil, puis les nouveaux époux se rendent à l’église où un prêtre bénit leur union, cérémonie religieuse à laquelle succèdent un joyeux repas de noces puis un grand bal où des rafraîchissements sont servis aux invités.

Avec la naissance de la photographie en 1839 puis l’apparition d’ateliers de photographes professionnels en milieu urbain, il devient possible de garder la mémoire de l’événement que constitue le mariage. Datée de 1879, cette toile de Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929) montre que cette pratique se répand aussi dans la petite bourgeoisie. Pour ce cliché, la mariée tout de blanc vêtue a tendrement pris le bras de son époux qui, gants et haut-de-forme en main, regarde l’objectif comme elle. Trois générations apparaissent dans les personnes venues assister à cet instant désormais historique. À l’exception de la petite fille, toutes ont les yeux fixés sur le couple.

Un rituel bourgeois soigneusement codifié

Chacune à sa manière, ces œuvres traduisent l’effet du conformisme bourgeois sur l’institution du mariage. Désormais regardé comme un pilier du système social, il est une « affaire » entre deux familles qui, si elles prennent parfois en compte l’accord des sentiments entre les futurs époux, veillent avant tout à la préservation de leurs intérêts financiers. Les cérémonies et les festivités qui s’ensuivent obéissent à des règles minutieusement codifiées. Le nombre d’invités et le faste avec lequel l’union est célébrée varient selon le rang social plus ou moins élevé des familles. Même si le mariage d’amour est entré dans les mœurs et si le mariage civil a conquis ses galons, cette conception, dont il subsiste des traces de nos jours, a prévalu tout au long du XIXe siècle et a conforté la bourgeoisie dans sa position dominante.

Jean-Claude BOLOGNE, Histoire du mariage en Occident, Paris, Lattès, 1995.

Fernand BRAUDEL, Histoire économique et sociale de la France, tome III « L’avènement de l’ère industrielle, 1789-1880 », Paris, P.U.F., 1976.

Jean GAUDEMET, Le Mariage en Occident, Paris, Éd. du Cerf, 1987.

Francis RONSIN, Le Contrat sentimental : débats sur le mariage, l’amour, le divorce, de l’Ancien Régime à la Restauration, Paris, Aubier, 1990.

Imagerie populaire : Née avec les techniques d’impression mécanique qui permettent la reproduction d’une même image à l’infini et sa diffusion à moindre coût et au plus grand nombre à des fins d’information, mais également de propagande. L’un des principaux centres de fabrication de ces gravures populaires est Épinal – on parle en ce cas d’images d’Épinal.

Charlotte DENOËL, « Le mariage et ses pratiques au XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/mariage-ses-pratiques-xixe-siecle

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