Les derniers Montagnards.

Les derniers Montagnards.

Date de création : 1882

Date représentée : 17 juin 1795. Date révolutionnaire : 29 prairial an III

H. : 315 cm

L. : 202 cm

huile sur toile

© Musée de la Révolution française, Vizille

Lien vers l'image

D 1985.1

Les martyrs de prairial

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Pascal DUPUY

Exacerbée par la crise sociale, la famine et le chômage, exaltée par la répression et la persécution menées contre les militants sectionnaires à la suite des journées de germinal an III, une foule de femmes et d’hommes envahit la salle de la Convention le 1er prairial an III (20 mai 1795) et réclame « du pain et la Constitution de 1793 » jamais appliquée. Quelques députés de la « Crête », la minorité montagnarde, appuient et organisent les revendications des insurgés. Mais Boissy d’Anglas alors président de la Convention résiste passivement aux injonctions et refuse de signer les décrets que les députés montagnards lui présentent. Finalement, la Convention est délivrée dans la nuit par la garde nationale, et les insurgés se retirent sur des promesses qui ne seront jamais tenues. Quelques jours plus tard la répression judiciaire se met en place, et six des députés montagnards ayant participé à l’insurrection sont condamnés à mort. Ces derniers se poignardent au sortir du tribunal : Romme, Goujon et Duquesnoy tombent morts, Bourbotte, Duroy et Soubrany seront achevés par la guillotine. Ce sont les « martyrs de prairial » ici représentés par Ronot presque un siècle plus tard.

Les six Montagnards sont plus grands que nature dans cette composition imposante de plus de 3 mètres de haut et 2 mètres de large. Ronot fait de Goujon le héros principal de la scène. Dans le livret du Salon de 1882 où est présenté le tableau, il s’appuie sur une citation de l’Histoire de la Révolution de Thiers : Romme « transmit le couteau à Goujon, qui d’une main assurée se porta le coup mortel ». En raison de la lumière qui éclaire ses habits colorés et de son geste dramatique, Goujon, le seul à regarder devant lui, est en effet le personnage principal de la composition et donc du moment historique mis en image par l’artiste. Romme, dont Thiers nous rappelle qu’il s’était frappé le premier et « craignant de se manquer, se frappe plusieurs fois au cœur, au cou, au visage », et gît ensanglanté au bas des marches du tribunal, dos aux spectateurs dont le regard est ensuite conduit vers les deux conventionnels qui, dans une attitude de grande fraternité, fixent admirativement Goujon. Derrière lui, un cinquième condamné répète son geste et sa posture. Enfin, un dernier personnage masqué par la pénombre regarde l’ensemble de la scène, l’index droit pointé vers le ciel en un geste prophétique.

Les événements révolutionnaires suscitent un intérêt grandissant dans les années qui précèdent la commémoration du premier centenaire de la Révolution française. Ainsi, malgré une critique très hostile, cette peinture fut-elle acquise par l’Etat et placée en dépôt à Bourg-en-Bresse, la ville natale de Goujon. Une incertitude subsiste toutefois sur l’identité des conventionnels placés derrière Romme, Goujon et Bourbotte, tous trois situés dans la partie gauche du tableau et facilement identifiables. Philippe Bordes penche pour une progression chronologique : Duquesnoy, Soubrany et Duroy – du plus jeune au plus vieux –, tandis que A. Ehrard propose Soubrany, Duroy et Duquesnoy, se fondant sur des critères vestimentaires et sur les origines sociales des trois conventionnels.

Antoinette EHRARD « La mémoire des “Martyrs de Prairial” dans l’espace public » in Gilbert Romme (1750-1795) Paris, Société des Etudes robespierristes, 1996.Mona OZOUF « Montagnards » in Dictionnaire critique de la Révolution française Paris, Flammarion, 1988, rééd.coll.« Champs », 1992.Collectif Catalogue des peintures, sculptures et dessins Vizille, Musée de la Révolution française, 1986.

Pascal DUPUY, « Les martyrs de prairial », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/martyrs-prairial

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Le culte révolutionnaire de la raison en l'an II

Lille et le culte révolutionnaire

Dans l’histoire française, la « déchristianisation » entreprise à partir de brumaire an II (novembre 1793)…

Le culte révolutionnaire de la raison en l'an II
Le culte révolutionnaire de la raison en l'an II

La Fête de l'Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)

Pourfendre l’athéisme à l’aide d’un simulacre pyrotechnique

La fête de l’Etre suprême du 20 prairial an II (8 juin 1794), voulue par Robespierre et…

La Fête de l'Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)
La Fête de l'Etre suprême, 20 prairial an II (8 juin 1794)

Le matin du 10 thermidor an II

Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Robespierre, devant la Convention, est empêché de s’exprimer. L’Assemblée l’accuse de conspirer et le…

Marat, martyr de la Révolution

Jean-Paul Marat est l’une des figures emblématiques de la Révolution dont il incarne l’ « extrême gauche ». Sa célèbre phrase : « Rien de superflu…

Jacques Cathelineau, général vendéen

L’insurrection vendéenne, déclenchée par Jacques Cathelineau en mars 1793, fut provoquée par le décret de la Convention du 24 février 1793 sur la…

Thermidor et l'imaginaire de la Terreur

Après la mort du roi le 21 janvier 1793, la jeune République française a dû faire face à de multiples offensives royalistes et contre-…

Thermidor et l'imaginaire de la Terreur
Thermidor et l'imaginaire de la Terreur
Thermidor et l'imaginaire de la Terreur

10 août 1792 - De la monarchie constitutionnelle à la République

Lors de la réunion des états généraux le 5 mai 1789, Louis XVI dispose encore d’un important capital de confiance et de popularité parmi ses…

Lucile Desmoulins, Horace, Camille Desmoulins, DAVID Jacques Louis

Un couple dans la tourmente révolutionnaire

Dès avant la prise de la Bastille, Camille Desmoulins fut un orateur très écouté dans les jardins du Palais-Royal. Député montagnard à la…

L'exécution de Marie-Antoinette

Depuis sa fuite et son arrestation à Varennes en juin 1791, le sort de la famille royale était en suspens. La journée insurrectionnelle du 10 août…

Le procès de Danton et des Indulgents

L’élimination des factions

Dès le 5 nivose an II (25 décembre 1793), Robespierre dénonce les « enragés », dirigés par Hébert, et les « indulgents…