L'orchestre de l'Opéra.

L'orchestre de l'Opéra.

Auteur : DEGAS Edgar

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1868

Date représentée :

H. : 56,5

L. : 46,2

Huile sur toile

© RMN - Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Lien vers l'image

93DE6046/RF 2417

L'orchestre de l'Opéra

Date de publication : Juin 2015

Auteur : Georges LIÉBERT

Lorsqu’il peignit ce tableau en 1870, Degas connaissait bien l'Opéra. Il avait rencontré des membres de l'orchestre à des soirées musicales chez son père ou chez les Manet et, depuis quelques années, fréquentait assidûment la belle salle de la rue Le Peletier. Lorsque celle-ci, qui brûla en 1873, fut remplacée deux ans plus tard (en grande pompe) par le palais Garnier, il y prit rapidement ses habitudes.
Abonné à partir de 1885, on sait qu'il s'y est rendu cent soixante-dix-sept fois dans les sept années qui suivirent. Sigurd de Reyer, Rigoletto de Verdi, Guillaume Tell de Rossini, La Favorite de Donizetti, Faust de Gounod, L'Africaine, Les Huguenots, Robert le Diable de Meyerbeer, sont les œuvres qu'il vit le plus souvent. Elles constituaient le fleuron d'un genre alors sur le déclin : le « grand opéra français », que Meyerbeer avait triomphalement intronisé à Paris en 1831, avec Robert le Diable, dont Degas a peint deux fois le fameux ballet où, dans un impressionnant décor de Cicéri, des nonnes, revenues à la vie, se livraient à une bacchanale effrénée. Tout autant que l'opéra, la danse attirait Degas au palais Garnier : les ballets, mais aussi, sur la scène ou dans le foyer, les exercices auxquels son statut d'abonné lui donnait libre accès.

On se méprendrait si l'on croyait voir dans ce tableau une représentation réaliste de l'orchestre de l'Opéra de Paris en 1870. Outre que plusieurs des personnages qui y figurent n'étaient pas instrumentistes, Degas, afin de mettre en valeur son ami le bassoniste Désiré Dihau, l'a assis au premier rang, alors que le basson était habituellement placé derrière les violoncelles et les contrebasses. Un changement aussi délibéré que le cadrage très original du tableau, qui présente l'orchestre de biais et ne montre des danseuses que les jambes et les tutus.
De la loge d'avant-scène dépasse la tête du compositeur Emmanuel Chabrier (1841-1894) ; puis, de gauche à droite, apparaissent successivement : le violoncelliste Louis-Marie Pilet (1815-1877) ; derrière Pilet, le ténor espagnol Lorenzo Pagans (1838-1883) ; couronné de cheveux blancs frisés, Gard, « metteur en scène de la danse de l'Opéra » ; jouant pensivement du violon, le peintre Alexandre Piot-Normand (1830-1902) ; regardant vers la salle, Louis Souquet, auteur en 1884 d'un capriccio-valse pour piano ; puis tourné vers la scène le docteur Pillot, peut-être Adolphe Jean Désiré Pillot (1832-?), admis au Conservatoire de Paris dans la classe de solfège le 21 novembre 1846 ; devant lui, en plein centre, le bassoniste Désiré Dihau (1833-1909), à l'Opéra de 1862 au 31 décembre 1889 ; puis le flûtiste Henry Altès (1826-1895), à l'Opéra du 1er février 1848 au 1er septembre 1876 ; Zéphirin-Joseph Lancien (1831-1896), violoniste à l'Opéra où il fut violon solo de 1856 au 31 décembre 1889 ; Jean-Nicolas Joseph Gout (1831-1895), violoniste à l'Opéra du 23 avril 1850 au 31 décembre 1894 ; enfin, vraisemblablement Achille Henri Victor Gouffé (né vers 1805), première contrebasse de l'Opéra.

Très vite les danseuses devinrent un des thèmes de prédilection de Degas et la source principale de son succès auprès du public. Quoiqu'il se soit rarement inspiré de façon littérale de spectacles réels, ce que ses tableaux, pastels et sculptures évoquent, c'est l'univers du grand ballet romantique français – La Sylphide, Giselle… –, un genre lui aussi sur le déclin. Alors professeur à l'Opéra, Jules Perrot, que Degas a représenté plusieurs fois, avait été le grand danseur et chorégraphe de l'époque romantique, avant de devenir maître de ballet à Saint-Pétersbourg où, grâce à son successeur, Marius Petipa, associé à Tchaïkovski, le ballet français connut une nouvelle gloire, tandis qu'il se mourait à Paris.
Mais ce déclin ne signifiait pas celui de la danse, au contraire. Dans les années 1900, liée à la redécouverte du corps, dont témoignait aussi la vogue commençante du sport – c'est en 1896 qu'ont eu lieu à Athènes les premiers Jeux olympiques modernes –, la danse se transforma, en rompant avec les figures stéréotypées de l'académisme. A la fois expressive et stylisée, ce fut d'abord la « danse autre » de l'Américaine Isadora Duncan. Puis vinrent les Ballets russes que Diaghilev fit triompher à Paris à partir de 1909, et que semble annoncer un ensemble de pastels réalisés par Degas en 1899, « Danseuses russes ».

Henri LOYRETTE Degas Paris, Arthème Fayard, 1991.

Georges LIÉBERT, « L'orchestre de l'Opéra », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/orchestre-opera

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

L’Opéra de Charles Garnier

La construction du nouvel Opéra de Paris

Décidée en 1858 pour remédier à la vétusté et à l’incommodité de la salle de la rue Le Pelletier, la…

L’Opéra de Charles Garnier
L’Opéra de Charles Garnier
L'harmonie de Pont-Aven - Henri Lemoine

Jour de fête

La France des fanfares

Au début du XXe siècle, il n’est pas rare que les photographes professionnels comme Henri Lemoine (1848-1924)…

Jour de fête
Jour de fête

Louis XIV protecteur des Arts et des Sciences

Roi de guerre, roi-soleil, Louis XIV se veut aussi le protecteur des arts et des sciences. D’autant que le jeune monarque, né en 1638, de l’union…

Fanfare des fusiliers marins américains à Saint-Nazaire - U.S. Army Signal Corps

La Guerre en musique

La guerre change de disque

Début juillet 1917, comme le montre un cliché pris sur le port de Saint-Nazaire, la Grande Guerre est en passe de…

La Guerre en musique
La Guerre en musique

Le Printemps de Bourges

Une affiche pour la chanson

L’affiche annonçant la troisième édition du « Printemps de Bourges » inscrit nettement les…

La musique romantique en France

Face à l’expansion de la bourgeoisie et au culte de l’enrichissement personnel, les artistes développèrent à l’époque romantique une sorte de…

La musique romantique en France
La musique romantique en France

Giuditta Pasta et le travestissement à l'opéra

Au début du XIXe siècle, Paris est un des principaux pôles d’attraction d’Europe, et les étrangers affluent dans la capitale de la culture…

Une des premières divas de l'opéra : Maria Malibran

La cantatrice Maria Malibran est sans doute l’une des plus célèbres chanteuses de l’histoire de l’opéra. D’origine espagnole, elle naît à Paris le…

Le surintendant de la Musique de Louis XIV : Lully

Un portrait d’artiste

Frère du peintre Pierre Mignard, Nicolas Mignard (1606-1668) s’est fait une de ses spécialités de portraiturer des hommes et…

Jacques Offenbach, le XIXe siècle en musique

Une trajectoire hors du commun

Lorsqu’il débarque à Paris en novembre 1833, à l’âge de quatorze ans, Jacques Offenbach est un petit immigré juif…

Jacques Offenbach, le XIX<sup>e</sup> siècle en musique
Jacques Offenbach, le XIX<sup>e</sup> siècle en musique
Jacques Offenbach, le XIX<sup>e</sup> siècle en musique