Portrait de Peggy Guggenheim.

Portrait de Peggy Guggenheim.

Date de création : 1926

Date représentée :

H. : 100

L. : 65

Huile sur toile

© ADAGP, © Photo RMN - Grand Palais - G.Blot

http://www.photo.rmn.fr

93-006197-01 / CFAa85-1

Peggy Guggenheim

Date de publication : Avril 2007

Auteur : Alain GALOIN

Amateur d’art enthousiaste, collectionneur éclairé, mécène, Peggy Guggenheim (1898-1979) est étroitement mêlée à la création artistique du XXe siècle. Petite-fille de deux juifs européens émigrés aux États-Unis au XIXe siècle – l’Allemand Seligman, couvreur enrichi dans la banque, et le Suisse Guggenheim, colporteur devenu propriétaire de mines de cuivre –, elle hérite d’une fortune colossale de 450 000 dollars à la mort de son père, disparu en avril 1912 dans le naufrage du Titanic. De 1920 à 1941, elle vit en Europe, notamment à Paris et dans sa luxueuse villa de Pramousquier, près du Lavandou. Esthète au goût sûr et au discernement remarquable, ses goûts et sa formation initiale ne la portaient cependant pas au-delà de l’impressionnisme, mais elle se tourna résolument vers l’art contemporain et ouvrit une galerie à Londres en 1938, où elle exposa notamment les œuvres du peintre surréaliste Yves Tanguy. Elle utilisa l’essentiel de sa fortune à constituer une collection d’œuvres d’art qui représente l’ensemble des courants avant-gardistes qui se sont succédé depuis le début du XXe siècle : cubisme, futurisme, constructivisme, dada, surréalisme, expressionnisme… En 1941, la guerre la contraint à fuir l’Europe. De retour à New York, elle fonde en 1942 la galerie Art of the Century. Elle y accueille non seulement les artistes européens exilés, et plus particulièrement les surréalistes – elle est alors l’épouse de Max Ernst –, mais aussi de jeunes artistes américains comme Robert Motherwell, Mark Rothko, Adolf Gottlieb ou Jackson Pollock, chefs de file d’un expressionnisme abstrait. En 1948, elle revient en Europe et achète le Palazzo Venier dei Leoni à Venise pour y installer ses collections personnelles. Ce site est aujourd’hui, avec la Fondation François Pinault du Palazzo Grassi, l’un des grands musées d’art moderne de la cité des Doges. Ce mécène avisé n’a jamais revendu les œuvres que son immense fortune lui avait permis d’acquérir, préférant les offrir à des institutions culturelles. La Fondation Peggy Guggenheim à Venise constitue incontestablement, pour celle que l’on surnommait affectueusement la « dernière Dogaresse », l’apothéose de son activité inlassable au service de l’art contemporain.

Parfois surnommé l’« ange du mauvais goût » pour ses tableaux provocateurs, Alfred Courmes (1898-1993) est né dans le Var, à Bormes-les-Mimosas, le 21 mai 1898. En 1919, il rencontre le peintre Roger de La Fresnaye (1885-1925) qui l’initie au cubisme, une manière qui influence incontestablement le jeune artiste dans sa première période (1919-1925). Il se passionne ensuite pour le détournement audacieux, toujours humoristique, parfois obscène, de grands sujets religieux ou mythologiques. Ainsi, en 1935, son saint Sébastien porte un costume de matelot et exhibe son anatomie et des fixe-chaussettes. En 1937, il flanque la Vierge Marie du bébé Cadum qui triomphe dans la publicité de l’époque. Il utilise le même procédé en 1968 dans la Pneumatique salutation angélique : une Sainte Vierge aux allures de midinette est associée au Bibendum Michelin qui court un lis à la main. L’antipoésie d’Alfred Courmes dénonce ainsi le factice de toute une partie de l’art de son siècle.

Par contre, ses portraits sont exempts de toute ironie provocatrice. Pendant l’été 1926, il est un hôte assidu de la villa de Pramousquier et il brosse le portrait de Peggy Guggenheim à Paris. L’œuvre marque un tournant important dans l’évolution de cet artiste, admirateur des maîtres flamands et italiens, fortement influencé par la technique cubiste, mais tenté par un retour au figuratif. La jeune femme occupe, sur fond de ciel, les trois quarts du tableau. À l’arrière-plan, à gauche, le peintre a figuré la voiture du modèle et sa propriété provençale qui domine la mer. Les hauts arbres qui, dans le lointain, encadrent le sujet rappellent ceux de La Vierge au chardonneret, de Raphaël, ou d’Apollon et Marsyas, du Pérugin. La rigueur de la composition, l’association des couleurs et la géométrie des formes et des volumes témoignent de la permanence de l’influence cubiste dans l’œuvre d’Alfred Courmes.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la France est la destination privilégiée de nombreux artistes américains qui viennent y parfaire leur formation. Paris est alors la capitale artistique du continent européen : ses académies, ses écoles, ses ateliers, attirent peintres et sculpteurs du Nouveau Monde. De même, dans le domaine des sciences et des techniques, les savants et chercheurs américains viennent étudier en Europe pour fonder ensuite chez eux des universités, des instituts, des centres de recherche médicale et industrielle. L’institut de recherche médicale Rockefeller s’inspire ainsi directement de l’Institut Pasteur de Paris et de l’Institut Koch de Berlin.

Avec la Première Guerre mondiale et l’intervention des États-Unis aux côtés des Alliés, ce courant a tendance à s’inverser. L’Europe, exsangue, a besoin des capitaux américains pour s’engager dans une œuvre de reconstruction colossale. Les mécènes américains jouent alors pleinement leur rôle. John Davidson Rockefeller (1839-1937) est ainsi le principal promoteur de la reconstruction de la cathédrale de Reims. Des amateurs d’art fortunés soutiennent financièrement la création artistique européenne. Katherine Sophie Dreier (1877-1952) s’intéresse au mouvement dadaïste, collectionne les œuvres de Marcel Duchamp (1887-1968) et, en 1920, fonde avec lui et avec Man Ray (1890-1976) le premier musée américain consacré à l’art contemporain. Dans sa luxueuse villa néogothique de Juan-les-Pins, Florence Gould (1895-1983) tient salon tous les jeudis, accueille et aide de nombreux écrivains et artistes. Peggy Guggenheim s’inscrit dans ce courant et favorise la rencontre de jeunes artistes américains avec des peintres européens comme Max Ernst (1891-1976), Marc Chagall (1887-1985) ou Fernand Léger (1881-1955), réfugiés à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, faisant de sa galerie un lieu d’échanges féconds pour tous ces artistes qui, sans elle, n’auraient peut-être pas connu une célébrité aussi rapide.

Alfred H.BARR Jr., Herbert READ et Willem SANDBERG, The Peggy Guggenheim Foundation, Venice, Palazzo Venier dei Leoni, Turin, Pozzo Gros Monti, 1977.Jean-Marc CAMPAGNE, Alfred Courmes, prospecteur de mirage entre ciel et chair, Paris, Éric Losfeld Éditeur, 1973.Anne-Martin FUGIER, La Vie d’artiste au XIXe siècle, Paris, Éd.Louis Audibert 2007.Annette et Luc VEZIN, Égéries dans l’ombre des créateurs, Paris, Éditions de La Martinière, 2002.Art du XXe siècle.Fondation Peggy Guggenheim, Venise, Paris, R.M.N., 1976.

Alain GALOIN, « Peggy Guggenheim », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/peggy-guggenheim

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