Portrait du duc de Villars

Portrait du duc de Villars

Date de création : 1712

H. : 147 cm

L. : 129 cm

huile sur toile ; copie d'un portrait réalisé en 1704

© Ville de Marseille, dist. RMN - Grand Palais / Jean Bernard

lien vers l'image

15-626218 / BA217

Portrait du duc de Villars

Date de publication : Juin 2020

Auteur : Stéphane BLOND

Le duc de Villars, maréchal de France

Ce tableau est regardé comme la copie, une dizaine d’années plus tard, d’un premier portrait réalisé en 1704. Son commanditaire, né en 1653, est Claude-Louis-Hector de Villars, fils d’un lieutenant général des armées du roi devenu ambassadeur. La mort prématurée de son frère aîné destine le jeune marquis à l’exercice des armes. Le 14 octobre 1702, cinq mois après le déclenchement de la guerre de Succession d’Espagne, il est l’artisan de la victoire de Friedlingen sur les impériaux. Six jours plus tard, il devient le trente-neuvième maréchal de France créé par Louis XIV.

Auréolé de gloire, le maréchal passe commande d’un portrait à Hyacinthe Rigaud, peintre de renom. L’année suivante, il bat les troupes impériales à Höchstädt, puis rejoint les Cévennes en 1704 afin d’y rétablir l’ordre face aux protestants camisards. Le premier portrait est achevé au même moment pour la somme de 530 livres. Il est exposé au château de Vaux-le-Vicomte, domaine acquis par Villars en 1705, érigé la même année en duché-pairie par Louis XIV. D’autres copies de ce portrait sont destinées au cercle familial ou à des institutions monarchiques.

Reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1700, Rigaud est réputé pour ses talents de portraitiste. Il rencontre le succès auprès des membres de la famille royale et des courtisans, surtout depuis la réalisation du portrait d’apparat de Louis XIV en 1701-1702. Le portrait de 1704 est le point de départ d’une longue liste d’huiles sur toile et gravures réalisées par ou d’après Rigaud, selon une mise en scène reproduite à l’identique. Cette seconde toile est définitivement achevée après le mois d’août 1713, car le maréchal arbore l’insigne de l’ordre de la Toison d’or dont il vient d’être fait chevalier. Elle est issue des collections d’Honoré-Armand (1702-1770), le fils du duc et son successeur comme gouverneur de Provence. Faute de descendants, ce tableau est récupéré par les pouvoirs publics à la fin du XVIIIe siècle, avant d’intégrer les collections du musée des Beaux-Arts de Marseille.

Le mérite par les armes

Le duc maréchal est au faîte de la renommée lorsque cette copie est achevée. Il vient de remporter la bataille de Denain (24 juillet 1712) sur les troupes coalisées, commandées par le prince Eugène de Savoie. Grâce à ce nouveau fait d’armes, il protège l’accès à la capitale et devient un héros vivant des armées du roi de France.

L’artiste utilise le registre militaire pour représenter son client, qui adopte une posture altière. Comme sur le tableau original, le duc est représenté en buste de trois quarts jusqu’aux genoux, cadrage que le peintre se plaît à reproduire dans la plupart de ses toiles. Le maréchal porte une cuirasse, une épée au fourreau et le large manteau bleu des pairs de France, une dignité à laquelle il accède en décembre 1709, trois mois après la bataille de Malplaquet. À défaut d’être une victoire pour la France, cette bataille constitue un coup d’arrêt important pour ses ennemis.

À la manière de Louis XIV s’appuyant sur son sceptre, le duc tient dans sa main droite le bâton de maréchal parsemé de fleurs de lys dorées. La tonalité sombre du portrait est atténuée par des jeux de lumière vers la tête, rehaussée par un collier de fine dentelle, les rubans rouge vif des médailles des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d’or. À l’arrière-plan, derrière le bâton, un combat fait rage devant une ville. Comme pour justifier l’obtention de la dignité de maréchal de France, il s’agit probablement d’une représentation du coup d’éclat de Friedlingen, victoire qui précède la commande du portrait original.

L’Épée des Français

Ce tableau utilise les marques du service et de l’honneur de l’État : emploi d’un peintre réputé, médailles, bâton de maréchal, luxueux costume et large perruque sont les témoins du parcours exceptionnel d’un noble d’épée dont l’action alterne entre les champs de bataille et les missions diplomatiques. Villars participe aux grands conflits du Roi-Soleil, qu’il décrit dans de volumineux mémoires : guerres de Hollande, de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne. En 1702, il intègre le cercle très fermé des maréchaux de France, dont Louis XIV a porté le nombre de seize à vingt. Attesté depuis le XIIe siècle, le maréchalat est un grade qui récompense les militaires les plus éminents de l’armée du roi, jusqu’à sa suppression en 1793.

Homme de valeur, le duc de Villars est comblé d’honneurs. Dans les semaines qui suivent la bataille de Denain, il est l’envoyé du roi de France lors des négociations du congrès de Rastatt mettant fin à la guerre de Succession d’Espagne. De retour de mission, il devient membre de l’Académie française, participe à l’éducation du jeune Louis XV et reçoit la présidence du Conseil de la guerre pendant la polysynodie (1715-1718). Au début de la guerre de Succession de Pologne, alors qu’il est âgé de 80 ans, Villars reprend les armes comme lieutenant général commandant l’armée d’Italie. En 1733, il est élevé à la dignité exceptionnelle et rare de maréchal des camps et armées du roi, ce qui lui donne une préséance sur tous les autres maréchaux du roi et lui vaut le surnom « d’Épée des Français ». Cette énième récompense couronne sa carrière exceptionnelle, encore marquée par la conquête du Milanais, quelques mois avant sa mort à Turin, le 17 juin 1734.

EL HAGE Fadi, Le maréchal de Villars : l’infatigable bonheur, Paris, Belin, coll. « Portraits », 2012.

EL HAGE Fadi, Histoire des maréchaux de France à l’époque moderne, Paris, Nouveau Monde Éditions / ministère de la Défense, 2012.

SARMANT Thierry (dir.), Les ministres de la Guerre (1570-1792) : histoire et dictionnaire biographique, Paris, Belin / ministère de la Défense, direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, 2007.

SURREAUX Simon, Les maréchaux de France des Lumières : histoire et dictionnaire d’une élite militaire dans la société d’Ancien Régime, Paris, SPM, coll. « Kronos » (no 71), 2013.

SURREAUX Simon, Servir le roi : vie et mort des maréchaux de France au XVIIIe siècle, Paris, Vendémiaire, coll. « Chroniques », 2017.

ZIEGLER François, Villars : le centurion de Louis XIV, Paris, Perrin, 1996.

Stéphane BLOND, « Portrait du duc de Villars », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/portrait-duc-villars

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Portrait d'une femme noire

A la veille de la Révolution, Marie-Guilhelmine Leroux-Delaville (1768-1826) fait partie d’une petite élite de jeunes femmes peintres qui…

Portrait d'une femme noire
Portrait d'une femme noire
Portrait d'une femme noire

Jean-Jacques Rousseau

Ermenonville, le calme après la tempête

Fin mai 1778, à l’invitation du marquis de Girardin, Rousseau et son épouse Thérèse quittent leur modeste…

Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau

Jacques Necker

Necker, banquier genevois établi à Paris, avait exercé les fonctions de directeur du Trésor puis de directeur général des finances de 1777 à 1781…

Robespierre

Devenu célèbre dès les débuts de la Révolution pour son caractère intransigeant autant que pour la puissance et la méticulosité de ses discours,…

Robespierre
Robespierre

Les troupes coloniales au service de la patrie

La « plus grande France » dans la guerre totale

Si la Grande Guerre a été mondiale, les combats n’ont pas eu la même intensité sur tous les…

Les troupes coloniales au service de la patrie
Les troupes coloniales au service de la patrie
Les troupes coloniales au service de la patrie

L'exposition “ Rodin ” au pavillon de l'Alma (1900)

En marge de l’Exposition
En 1900, Rodin organisa sa première grande rétrospective personnelle à Paris, place de l’Alma, en marge de l’Exposition…
Portrait mythologique de la famille de Louis XIV

Portrait mythologique de la famille de Louis XIV

Un ambitieux portrait mythologique

On ignore qui commande cette grande toile au peintre Jean Nocret, mais des témoins contemporains expliquent qu…

Les frères Goncourt - Nadar Jeune

Un Goncourt en cache un autre

Au cœur du Paris artiste des années 1850 à 1880

Les frères Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) de Goncourt, fameuses figures du milieu…

Un Goncourt en cache un autre
Un Goncourt en cache un autre
Un Goncourt en cache un autre

Portrait d’une famille bourgeoise

Au milieu du XIXe siècle, la grande bourgeoisie, à la fois actrice et bénéficiaire de la révolution industrielle, cherche à laisser à…

Gambetta, père fondateur de la IIIe République

« Le commis voyageur de la République »

Jeune avocat, Gambetta s’imposa sous le Second Empire comme un des chefs les plus populaires de l’…