Philippe Auguste fait élever la Grosse Tour du Louvre vers 1200

Philippe Auguste fait élever la Grosse Tour du Louvre vers 1200

Date de création : 1841

Date représentée : vers 1200

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

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07-509723 / INV. 6583

Philippe Auguste et Paris

Date de publication : Décembre 2019

Auteur : Alexandre SUMPF

Auguste et fondateur

Le nom de Philippe Auguste, c’est-à-dire Philippe II, est étroitement associé à l’essor de Paris au XIIIe siècle sur le plan politique, économique et architectural.

Si son portrait pour le musée de l’Histoire de France installé au château de Versailles a été peint par Louis-Félix Amiel, et si la galerie des Batailles accueille en bonne place sa grande victoire à Bouvines (1214), Jean-Baptiste Mauzaisse s’attarde ici sur un aspect majeur d’un règne très long. Alors que le Louvre de style renaissance cache les vestiges de la forteresse médiévale et du donjon détruit sous François Ier, le peintre d’histoire revient sur l’érection de la Grosse Tour entre 1190 et 1200, dotée d’un socle de 15 m de diamètre et s’élevant à 31 m de hauteur.

En 1841, le peintre a plus de vingt ans de carrière personnelle derrière lui, de nombreuses commandes royales de Louis XVIII et Louis-Philippe, et maintes scènes exaltant les qualités des hommes d’État qui ont fait l’histoire de France.

Un cœur monumental pour la capitale

Pour que le spectateur situe bien la scène, Mauzaisse a adopté un point de vue depuis l’ouest, qui prend en enfilade la tour en construction et l’église Saint-Germain-l’Auxerrois (dans son apparence du XIIIe siècle, postérieure au chantier du Louvre), qui commande la paroisse des rois de France. Mais le peintre réduit la distance entre les deux monuments et, surtout, omet l’enceinte carrée, partie fondamentale à l’ouest de la fameuse enceinte bâtie en 1190 sur la rive droite pour protéger la capitale alors que le roi est parti en croisade.

Quand Philippe Auguste en visite le chantier vers 1200, la Grosse Tour est en passe de dépasser en hauteur la façade du lieu de culte, symbole de la puissance du pouvoir temporel autant que de sa modestie face au pouvoir spirituel.

Le roi porte les couleurs de la monarchie française, avec le manteau doublé d’hermine, mais aussi celles de Paris. L’imagination du peintre lui offre des traits fins et une attitude qui le rapproche plus de l’érudit de la Renaissance que du chef de guerre. Il est accompagné de la reine, qui écoute attentivement son époux, et de deux soldats qui composent, à gauche du groupe central, une petite scène de genre. On imagine en effet sans peine le dialogue entre ces deux hommes simples mais expérimentés sur le plan militaire devant la démonstration de puissance assénée par les proportions de la tour.

Si l’architecte, inconnu, porte l’habit des moines, c’est bien le roi qui est à l’origine d’une décision cruciale sur le plan stratégique. Comme le souligne le plan à partir duquel les maîtres d’œuvre planifient le chantier, il a opté pour un donjon rond moins facile à saper. En outre, ce cercle, où seront conservés les archives et le trésor, symbolise l’hypercentre du pouvoir royal au cœur de la capitale élue.

Le roi bâtisseur et centralisateur

La Grosse Tour du Louvre est un marqueur du règne de Philippe Auguste à double titre.

D’une part, elle reprend dans des proportions gigantesques la révolution imposée par le monarque aux villes du royaume, dont les murs étaient tous flanqués de portes fortifiées dotées de tours rondes plus faciles à défendre. Cette innovation stratégique se double de la symbolique évidente du pouvoir royal : dupliquée dans un certain nombre de cités, elle faisait architecturalement le lien entre ce réseau et la capitale, inscrivant l’idée de pouvoir centralisateur dans la pierre.

Le roi apparaît, en outre, entouré des meilleurs éléments de la population : les simples soldats qui l’ont aidé à conquérir nombre de territoires – d’où le surnom d’Auguste, qui remonte aux empereurs romains –, le bas clergé et les maîtres artisans.

En revanche, l’identité du personnage féminin n’est pas claire : en 1200, Philippe II cherche à répudier pour la seconde fois une reine – en l’occurrence, Ingeburge de Danemark – et à imposer au pape Innocent III Agnès de Méranie.

L’atmosphère irénique du tableau évite la conflictualité des alliances et des opérations contre le royaume anglo-normand pour insister sur l’héritage positif d’un long règne, achevé dans la ferveur populaire née de la victoire de Bouvines (1214). Fossoyeur de la féodalité franque et inventeur de l’État central monarchique, refondateur de Paris comme capitale d’un royaume stabilisé et lieu d’embellissement monumental, ce modèle ne peut que séduire Louis-Philippe. Il se voit lui aussi en rénovateur, a choisi Paris contre Versailles, mais s’est vu imposer le retour d’Adolphe Thiers et une lecture de la Charte de 1830 qui le mettraient à l’écart des affaires du royaume.

BERRY Maurice, FLEURY Michel (dir.), L’enceinte et le Louvre de Philippe Auguste, cat. exp. (Paris, 1988), Paris, Délégation à l’action artistique de la Ville de Paris, 1988.

GALLAND Bruno, Philippe Auguste : le bâtisseur du royaume, Paris, Belin, coll. « Alpha », 2016.

HAYOT Denis, Paris en 1200 : histoire et archéologie d’une capitale fortifiée par Philippe Auguste, Paris, CNRS Éditions, coll. « L’esprit des lieux », 2018.

Alexandre SUMPF, « Philippe Auguste et Paris », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/philippe-auguste-paris

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