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La Serre politique et parlementaire [1/2].

La Serre politique et parlementaire [1/2].

La Serre politique et parlementaire [2/2].

La Serre politique et parlementaire [2/2].

La Serre politique et parlementaire [1/2].

La Serre politique et parlementaire [1/2].

Auteur : ELOY-VINCENT

Lieu de conservation : musée Jean-Jaurès (Castres)
site web

Date de création : 1912

Date représentée : 1912

Huile sur toile

Domaine : Peintures

  • La Serre politique et parlementaire [1/2].
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La Serre politique et parlementaire

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Alain BOSCUS

La Serre politique et parlementaire

La Serre politique et parlementaire

1912 : Armand Fallières est président de la République depuis six ans. A la tête du gouvernement depuis le début de l’année, Raymond Poincaré dirige un cabinet qui sera lui aussi, comme les précédents, marqué par l’instabilité ministérielle. Briand est à la Justice, Delcassé à la Marine, Millerand à la Guerre, Bourgeois au Travail et à la Prévoyance sociale.
Les élections sénatoriales en janvier et municipales au printemps placent de nouveau le personnel politique sous les feux de l’actualité ; et Henri Brisson meurt peu après.

Les modérés et la droite sont en progrès, et la République radicale semble avoir épuisé ses marges de manœuvre les plus novatrices, mais gauche et droite s’opposent toujours sur des sujets sensibles : l’accord franco-allemand, la réforme électorale et la proportionnelle, le rôle du syndicalisme dans la société, les tensions internationales…, plaçant les partis politiques encore jeunes (Parti radical, SFIO, Alliance républicaine démocratique, Action libérale populaire…) au centre de la vie démocratique.

Dans une série qui s’étire en longueur, quatorze hommes politiques de grande mais d’inégale importance sont représentés en habit de tous les jours. Socialistes, radicaux et hommes de la droite libérale et catholique sont là, chacun d’eux s’occupant d’une plante particulière. Seuls Millerand et Jaurès sortent du lot : le premier présente une statue ailée de la République ; le second est représenté lui-même en fleur — celle de rhétorique bien sûr — au sommet de laquelle un papillon vient se poser.
Cette association entre le végétal et le personnel politique professionnel est censée dévoiler le caractère ou un des traits les plus significatifs du personnage représenté, le quatrain situé au bas de la caricature apportant, outre des précisions et des détails, une touche humoristique allant parfois jusqu’à la moquerie.


Ainsi, parmi les socialistes, si Jaurès est signalé comme le plus important des orateurs, le blanquiste Edouard Vaillant, associé au pavot, est désigné avec quelques bonnes raisons comme son antithèse — c’est-à-dire comme celui qui endort les députés à chacune de ses interventions —, tandis que le marxiste Jules Guesde, s’occupant d’un chardon sec et piquant, est brocardé pour son sectarisme et son intransigeance. Du côté des radicaux, le farouche laïc et anticlérical Henri Brisson, pour qui il ne devait pas y avoir d’ennemi à gauche, jardine un pied de campanule-carillon dont les clochettes rappellent celle qu’il agite très souvent à la Chambre, en tant que président, pour diriger les débats. A ses côtés, le bouillant et gauchisant Camille Pelletan, empêtré dans les tiges noueuses de plusieurs coquelicots rouge sang, rumine ses pensées vraiment radicales. Quant à la rose-cactus Clemenceau, redouté par ses pairs parce qu’individualiste et intraitable, il ne fait aucun doute que celui qui s’y frottera continuera de s’y piquer…


Les parlementaires de droite sont tout aussi finement caractérisés, à l’image du banquier Edouard Aynard, homme d’affaires lyonnais et régent de la Banque de France, associé au souci (celui d’être riche !) ; c’est aussi le cas de l’abbé Lemire, député d’Hazebrouck, républicain convaincu soucieux de résoudre les problèmes sociaux ; tournant le dos à son voisin de droite et parlant à Jules Guesde, il symbolise et appelle de ses vœux, par le biais du lis blanc, l’union de tous les catholiques et de la France républicaine — vingt ans tout juste après l’amorce du Ralliement.

Dans cette serre un peu particulière, les autres personnalités politiques ne dépareillent pas : ni le député du Calvados Henri Chéron, en dahlia, qui veut être connu et apprécié et dont les heures de gloire seront plus tardives ; ni Maurice Faure qui rêve sous l’hélianthe ; ni Théophile Delcassé, derrière son nélombo exotique, dont la carrière politique fut tant liée aux Colonies, aux Affaires étrangères et à la Marine ; ni le chrysanthème Millevoye, ancien boulangiste mais toujours fervent nationaliste dont l’espérance semble alors bien fanée ; ni l’onduleux et vivace Aristide Briand, représenté ici par l’iris (le doute après l’espoir, les faux sentiments…) en raison de son parcours politique sinueux.

Pendant tout le XIXe siècle, les caricaturistes ont utilisé des procédés métamorphiques tels que la végétalisation et l’animalisation afin de déstabiliser des personnalités pourvues d’une autorité politique reconnue (tout le monde a encore à l’esprit la représentation de Louis-Philippe en poire…).


Avec ces deux tableaux, Eloy-Vincent creuse le sillon ouvert en 1871 et 1891 par Alfred Le Petit avec ses séries intitulées « Fleurs, fruits et légumes du jour », dans lesquelles les grandes figures politiques de son temps étaient elles aussi représentées par un végétal. L’artiste n’a pas souhaité pour autant s’inscrire dans cette seule continuité gentiment antiparlementaire. Afin de ne pas trop s’écarter des canons humoristiques de son époque (pour ne pas sombrer dans l’antiparlementarisme primaire) et afin de ne pas dégrader trop violemment les personnages représentés en les déshumanisant par le biais de la régression vers le stade végétal, il a en effet pris soin (sauf dans le cas de Jaurès) de ne pas confondre ses modèles avec les fleurs elles-mêmes ; surtout, il a fusionné cette idée première avec le langage des fleurs (d’origine allemande) qui était très en vogue dans la bourgeoisie européenne d’alors et particulièrement dans la France de la Belle Epoque. L’artiste prouve aussi, à sa manière, que les activités politiques étaient devenues familières, ordinaires, inscrites dans le décor quotidien et finalement bien acceptées par les Français de l’époque.


Comme tous les caricaturistes de son temps, Eloy-Vincent remplit ainsi un des rôles qui, inconsciemment mais nécessairement, étaient dévolus à tous les caricaturistes : faire connaître à un très large public — y compris aux « charmantes dames » et aux « belles amantes » sensibles au (seul ?) langage des fleurs — le personnel politique d’une république qui n’avait initialement ni corps ni visage (contrairement à la monarchie et à l’empire) et qui s’en donna un trop abstrait (l’allégorie de Marianne) pour pouvoir faire l’économie de la représentation individuelle (qu’elle soit incarnée, animalisée ou végétalisée) de chacun de ses représentants les plus prestigieux. Leur avenir en dépendait tout autant que le dynamisme du débat démocratique.

Maurice AGULHON La République de 1880 à nos jours Paris, Hachette, 1990.Bertrand TILLIER La Républicature. La caricature politique en France. 1870-1914 Paris, CNRS Editions, 1997.

Alain BOSCUS, « La Serre politique et parlementaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/serre-politique-parlementaire

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