La Seine en aval du pont Neuf à Paris avec, à gauche, le Louvre et, à droite, le collège des Quatre-Nations

La Seine en aval du pont Neuf à Paris avec, à gauche, le Louvre et, à droite, le collège des Quatre-Nations

Date de création : 1754

Date représentée : 1754

H. : 46 cm

L. : 85 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

http://www.photo.rmn.fr

02-005840 / R.F. 1971-12

Vue de la Seine au XVIIIe siècle

Date de publication : Novembre 2015

Auteur : Stéphane BLOND

L’œil de Paris

La vue de la Seine en aval du pont neuf est datée et signée par l’artiste, avec une mention inscrite sur le quai Malaquais ou des Théatins, sur la droite du tableau : « Raguenet 1754 ». Le commanditaire est inconnu, mais cette œuvre circule dans des cercles privées, avant d’être donnée en 1971 au Musée du Louvre par la baronne Henri de Bastard, dans le même lot que sa vue du Pont-Neuf et de la Samaritaine.

Fils de Jean-Baptiste Raguenet (1682-1755), marchand de meubles et d’objets d’art, Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet est né en 1715 à Paris. Sa vie est peu connue, mais il semble se former à l’art au contact de son père et au sein de l’académie de Saint-Luc, une communauté d’artistes qui concurrence la très officielle Académie royale de peinture et de sculpture. Son activité picturale se concentre au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, une période au cours de laquelle la ville des Lumières connaît de nombreuses mutations architecturales.

En dressant un large panorama ouvert à Paris de la Seine, Jean-Baptiste Raguenet réalise un portrait dans lequel son sens de l’observation et de la précision rappelle le genre des veduta urbaines des peintres italiens, comme Canaletto (1697-1768) à Venise, dont les œuvres sont déclinées dans des versions gravées. Ce tableau insiste sur l’action du pouvoir monarchique qui patronne de nombreux chantiers destinés à maintenir le lien avec la ville la plus peuplée du royaume. Les édifices représentés dans le tiers inférieur du tableau démontrent ainsi la richesse et la diversité des constructions parisiennes.

Le fleuve en mouvement

Sur ce tableau, réalisé probablement depuis le Pont-Royal, la Seine occupe une place centrale. L’artiste opère un large panorama à partir du milieu du fleuve dont le tracé sert de longue perspective d’orientation ouest-est. La ville est prise sur le vif et chacun des personnages est occupé à sa tâche. Au premier plan, des mariniers sont à l’ouvrage, rappelant le rôle déterminant de la batellerie parisienne. Des barques assurent la jonction entre les deux rives, alors que des péniches forment un train de bois le long de berges nettement visibles, ce qui laisse penser que la vue est réalisée en période d’étiage, à la fin du printemps ou pendant l’été.

Au second plan, la ville se dévoile avec une vue qui s’ouvre en amphithéâtre entre la rive nord (à gauche) et la rive sud du fleuve (à droite). Le regard se perd lentement, grâce à des teintes bleutées et une brume qui assurent la transition entre les bâtiments et le ciel qui occupe les deux tiers supérieurs de la toile. De gauche à droite, on remarque la longue façade du Louvre, la tour de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie, le Pont-Neuf qui précède le pont au Change encore loti de hautes habitations, les tours de la Conciergerie, la flèche de la Sainte-Chapelle, les tours de la cathédrale Notre-Dame, ou encore le collège des Quatre nations.

Le laboratoire urbanistique parisien

L’œuvre de Raguenet est inestimable pour l’étude du cadre de vie parisien à la fin de l’Ancien Régime. Au total, on lui doit une série de plus de 70 vues de Paris sur un catalogue d’environ 90 œuvres. Cette activité répond à la demande d’amateurs d’art, qui sont aussi des mécènes amoureux de la capitale, comme le suggère l’écrivain Louis-Sébastien Mercier lorsqu’il évoque l’étendue de la production : « Que de tableaux éloquents qui frappent l’œil dans tous les coins des carrefours, et quelle galerie d’images, plein de contrastes frappants ».

Sur cette toile, le pouvoir politique est incarné par le palais du Louvre et sa longue façade côté Seine, bâtie sur les plans de Charles Perrault. Cette aile abrite les longues galeries donnant sur le quai du même nom et le port Saint-Nicolas utilisé pour l’approvisionnement du palais. Les bâtiments du Vieux Louvre sont révélés par les toitures en ardoise.

L’action édilitaire est également soulignée par le Pont-Neuf édifié par Henri IV, dont la statue équestre est installée sur la pointe occidentale de l’île de la Cité. En face de cette statue représentée de dos, deux pavillons marquent le passage ouvrant sur la place Dauphine. Enfin, la fonction culturelle est suggérée par le collège des Quatre Nations, fondé par testament du cardinal Mazarin. Au total, toutes ces constructions contribuent à dessiner un patrimoine exceptionnel qui fait de Paris la vitrine architecturale du royaume.

BACKOUCHE Isabelle, La trace du fleuve : la Seine et Paris (1750-1850), Paris, École des hautes études en sciences sociales, coll. « Civilisations et sociétés » (no 101), 2000.

CHAGNIOT Jean, Nouvelle histoire de Paris. VIII : Paris au XVIIIe siècle, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1988.

COURTIN Nicolas, Paris au XVIIIe siècle : entre fantaisie rocaille et renouveau classique, Paris, Parigramme, 2013.

LAVEDAN Pierre, Nouvelle histoire de Paris. XV : Histoire de l’urbanisme à Paris, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1993.

GADY Alexandre, PÉROUSE DE MONTCLOS Jean-Marie (dir.), De l’esprit des villes : Nancy et l’Europe urbaine au siècle des Lumières (1720-1770), cat. exp. (Nancy, 2005), Versailles, Artlys, 2005.

Stéphane BLOND, « Vue de la Seine au XVIIIe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/vue-seine-xviiie-siecle

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

Une « maison de rapport » édifiée sous le Directoire

Une sanglante « bavure », dénoncée par Daumier, a rendu tristement célèbre la maison du 12 rue…

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

Une halle révolutionnaire

Nourrir la capitale

Le geste monumental traduit par les plans de Le Camus de Mézières et le dessin anonyme antérieur à 1836 vient résoudre un…

Une halle révolutionnaire
Une halle révolutionnaire

Les galeries du Palais-Royal, ancêtre des passages couverts

Une spéculation immobilière

Le Palais-Royal devint la propriété des Orléans, branche cadette du royaume de France, en février 1692, quand Louis XIV…

Plan d'élévation du Palais du Trocadéro pour l'Exposition Universelle de 1878

Le Palais du Trocadéro, un bâtiment disparu

Le Trocadéro et l’Exposition universelle de 1878

Le Trocadéro fut élevé sur une des collines de Paris à l’occasion de l’Exposition Universelle de…

Le Palais du Trocadéro, un bâtiment disparu
Le Palais du Trocadéro, un bâtiment disparu
Le Palais du Trocadéro, un bâtiment disparu
Cloître de l'église de Moissac

La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale

La notion de patrimoine

L’acharnement des sans-culottes révolutionnaires contre les monuments de l’Ancien Régime qui abritaient les emblèmes de…

La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale
La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale
La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale

L'École centrale de Saint-Flour (1795-1802)

Créées par trois lois successives de 1795, les écoles centrales devaient dispenser un enseignement secondaire supérieur. Des professeurs rétribués…

L'École centrale de Saint-Flour (1795-1802)
L'École centrale de Saint-Flour (1795-1802)
L'École centrale de Saint-Flour (1795-1802)
L'École centrale de Saint-Flour (1795-1802)

La prise de Constantinople par les croisés

Louis-Philippe, intronisé « roi des Français » le 9 août 1830 après les Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830), était féru d’histoire comme tout…

Vue de l’Hôtel de Ville au XVIIIe siècle

Observer la capitale

Ce tableau tourné vers la place de Grève est signé et daté sous la corniche du quai situé sur la gauche de la toile «…

Un passé recréé : Pierrefonds

D’une forteresse à une folie architecturale

Construit à la fin du XIVe siècle pour Louis de Valois, frère de Charles VI, Pierrefonds…

Un passé recréé : Pierrefonds
Un passé recréé : Pierrefonds
Un passé recréé : Pierrefonds

La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France

La redécouverte du patrimoine monumental français

En gestation sous l’Ancien Régime, la notion de patrimoine émerge véritablement à la faveur de la…

La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France