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    Un tournoi académique : Une femme rentrera-t-elle à l’Institut ?

Marie Curie et la presse

Date de publication : janvier 2017

Conservatrice du patrimoine, Responsable des collections historiques, Musée national de l'histoire de l'immigration

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Contexte historique

Marie Curie, femme de science

Maria Salomea Skłodowska naît le 7 novembre 1867 à Varsovie, en Pologne. Le pays fait alors partie intégrante de l’Empire russe. Elle décède en France, à Passy, le 4 juillet 1934.

À la différence des nombreux Polonais venus trouver refuge dans l’Hexagone après leurs tentatives de révolution contre les tsars de Russie, Maria Skłodowska arrive en France en raison de son attrait pour les sciences, qu’elle étudie à l’université de la Sorbonne. Elle est la première femme à obtenir un doctorat de physique, en 1903. Le nombre d’étudiants polonais de la Sorbonne ne cesse d’augmenter, au point qu’ils obtiennent un pavillon au sein de la Cité universitaire en 1925.

En 1895, Maria Skłodowska épouse Pierre Curie et prend son nom. Le couple travaille sur la radioactivité de l’uranium et du radium, qu’il découvre et dont il réussit à extraire 1 g pur. En 1903, les travaux de Pierre et Marie Curie et ceux d’Henri Becquerel sont récompensés par le prix Nobel de physique.

Si ces découvertes scientifiques fascinent le public et reçoivent un accueil favorable, Marie Curie semble susciter une haine populaire, comme en témoignent ces images publiées dans le journal L’Excelsior le 9 janvier 1911. Avec L’Illustration, ce quotidien est l’un des premiers à traiter de l’actualité de la veille grâce à une trentaine de photographies, exigeant un travail en lien avec des agences et de nombreux photographes.

Analyse des images

Quand la presse s’en mêle…

Le portrait de Marie Curie fait la une de L’Excelsior le 9 janvier 1911. Elle y est représentée de face et de profil, les cheveux ébouriffés autour d’un large front, les yeux cernés et la bouche pincée. Ses traits sont accentués dans le but de les interpréter en fonction des théories physiognomoniques, établissant une correspondance entre les traits physiques d’une personne et son caractère. Ainsi, sa tête est considérée comme « mixte », tandis que son arcade sourcilière révèlerait « un tempérament nerveux-bilieux », avec « une mentalité active, combinatrice, toujours en mal d’hypothèses logiques ».

Une lettre de Marie Curie est également reproduite, dans laquelle elle confirme sa candidature à l’Institut des sciences. D’après son écriture, Marie Curie aurait un « goût du recueillement, de la solitude. Conscience scrupuleuse et un peu mystique ».

Les critiques publiques se focalisent sur Marie Curie : c’est une femme, une scientifique, et une étrangère de surcroît. Après la disparition de son époux dans un accident en 1906, les attaques contre elle sont plus vigoureuses, et L’Excelsior contribue largement à sa stigmatisation.

Les deux pages centrales et la dernière sont couvertes par deux grandes photographies légendées. Celles-ci sont imprimées en plein cadre et entourées d’un épais liseré noir. Dans l’une, Marie Curie et Édouard Branly, l’inventeur du télégraphe sans fil, figurent sur les plateaux d’une balance. La première, sur le plateau de gauche, est entourée de fioles, tandis que le second fait contrepoids. Le débat enflamme l’opinion publique : « Une femme entrera-t-elle à l’Institut ? » La question latente concerne en réalité l’égalité homme-femme.

Marie Curie poursuit ses recherches et obtient son deuxième prix Nobel, cette fois-ci celui de chimie, en 1911. Sa carrière est toutefois lésée par la polémique, dans la mesure où elle ne peut obtenir de chaire à la Sorbonne.

Interprétation

Du bouc émissaire à l’icône républicaine

En 1911, Marie Curie présente ses travaux à Bruxelles. Elle reçoit l’estime d’Albert Einstein, alors qu’elle est à nouveau blâmée en France. La presse la dénigre en révélant sa liaison avec son collègue Paul Langevin. L’Action française, journal conçu par Charles Maurras, et La Libre Parole, de l’antisémite Édouard Drumont, dénoncent une corruption de la société française par la présence étrangère, provoquant une série d’insultes et menaces à l’encontre de Marie Curie. Un petit comité, composé de savants dreyfusards, de Paul Painlevé et de Raymond Poincaré, intervient pour que ces attaques cessent. Marie Curie semble avoir cristallisé une angoisse inconsciente et collective liée à la guerre et au rejet de l’étranger.

Ce n’est qu’à partir de 1914 que l’image de Marie Curie change, grâce à la création de l’Institut du radium et à la reconnaissance de l’armée française, qui la nomme cheffe du service ambulant de radiologie. En 1920, avec le soutien des docteurs Regaud et Rothschild, elle ouvre la Fondation Curie, dédiée au traitement du cancer et dont la notoriété est toujours actuelle. En 1929, elle fonde un institut similaire à Varsovie.

Marie Curie devient peu à peu une icône de la science et des droits des femmes. En 1995, sa dépouille est transférée au Panthéon : l’histoire de cette scientifique devient symboliquement représentative des valeurs de la République.

Étude en partenariat avec : Un tournoi académique : Une femme rentrera-t-elle à l’Institut ?
Bibliographie

CASALI Dimitri, SCHIFFER Liesel, Ces immigrés qui ont fait la France, Genève, Aubanel, 2007.

ORY Pascal (dir.), Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2013.

PONTY Janine (dir.), Polonia : des Polonais en France de 1830 à nos jours, cat. exp. (Paris, 2011), Paris, Cité nationale de l’histoire de l’immigration / Montag, 2011.

Pour citer cet article
Magdalena RUIZ MARMOLEJO, « Marie Curie et la presse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16 juin 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/marie-curie-presse
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