Le Mouvement de l’enfance ouvrière ou « Faucons rouges » | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Le Mouvement de l’enfance ouvrière ou « Faucons rouges »

Date de publication : janvier 2021

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Contexte historique

Le Mouvement de l’enfance ouvrière (MEO) ou Faucons rouges appelle à une grande manifestation festive à la Mutualité le 9 mars 1947 (l’année n’est pas indiquée sur l’affiche elle-même) sous la présidence de Léon Blum, qui a quitté le gouvernement en avril. Après 1945 et une traversée de la guerre difficile, le Mouvement, minoritaire et peu connu, cherche la reconnaissance et le soutien de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Non sans tiraillements, il sera finalement placé sous le patronage du parti socialiste et des Jeunesses socialistes et Léon Blum en sera son Président d’honneur.

Ce mouvement d’enfants est, comme la plupart des mouvements de jeunesse français, d’origine étrangère : anglo-saxonne et surtout germanique. « Faucon Rouge » est la traduction littérale de Rote Falken. Il est fondé en Autriche avant la Première Guerre Mondiale, se développe en Allemagne et dans les pays du Nord et de l’Est de l’Europe, à l’ombre des partis sociaux-démocrates, pour ne s’implanter en France qu’en 1932-1933. Ainsi, si « Mouvement de l’enfance ouvrière » est l’appellation statutaire, « Faucons rouges » est celle des origines et de son identité internationale avec les autres mouvements européens (International Falcon Movment).  

Cette affiche est réalisée (dessinateur et logistique) par le journal de la SFIO Le Populaire. Deux adresses sont affichées hors cadre : le siège du Mouvement (ancien siège du Populaire) et celle du Populaire à l’époque. Ainsi peut-on comprendre le cadre de l’affiche : « Mouvement de l’enfance Ouvrière » en haut et Léon Blum en bas. Aucune référence à la SFIO : le nom de Léon Blum apparaît de façon plutôt discrète.

L’affiche est signée Jacques Laplaine (1921-1987), dit « LAP » : résistant, il collabore pendant la guerre à Combat puis au Canard enchaîné à partir de 1946 et à Franc-tireur à partir de 1947.

Cette affiche est conservée aux Archives départementales du Val-de-Marne dans le cadre du PAJEP.

 

Analyse des images

Deux couleurs se partagent l’affiche : le rouge, incarnation du socialisme voire de la révolution, et le vert, qui avec la présence de fleurs évoque la nature ; le fond noir permet de mettre en valeur ces deux piliers de la pédagogie du mouvement.

Au centre, la présence de deux enfants joyeux d’une dizaine d’années évoque le choix de la mixité ; en arrière-plan, une tente ouverte rappelle les pratiques du plein air. Le traditionnel feu de camp est illustré par une flamme rouge comme le foulard rouge et le fanion. La représentation, assez conventionnelle, est empruntée au scoutisme et partagée par d’autres mouvements de jeunesse. Seules les flammes rouges, plus grandes que la tente, peuvent évoquer la ferveur révolutionnaire.

Pour cette grande fête, un programme se décline en deux manifestations : un spectacle où l’on retrouve un programme classique des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire (danses et chants, révolutionnaires et traditionnels et probablement de « chœurs-parlés » dans la tradition d’agit-prop, c’est aussi la marque de l’association Travail et Culture) ;  et un film, « Aubervilliers », court métrage documentaire d’Eli Lotar, Jacques Prévert et Joseph Kosma sur les quartiers insalubres de la ville, dans la tonalité d’une époque marquée par les problèmes sociaux et la montée des revendications populaires. Lieu mythique des meetings de la gauche, le choix de la Mutualité n’est pas une surprise.

Interprétation

 Le Mouvement de l’enfance ouvrière est né en dehors de toutes directives de la SFIO : ni Léon Blum, ni Paul Faure, ni le comité national du Parti ne définiront jamais jusqu’en 1939 la place que devait occuper ce jeune mouvement. Ce n’est plus le cas après 1945.

A ce titre, « la GrandeFête du Printemps » auquel appelle l’affiche remplit deux objectifs : faire connaître le Mouvement de l’Enfance ouvrière et sa reconnaissance par le parti socialiste (SFIO) signifiée par la présence de Léon Blum, garant de sa pérennité et de son unité. Dans cette période troublée, la présentation est consensuelle, le nom de la SFIO fragilisée n’apparaît pas et l’intitulé panthéiste de la fête confirme son caractère populaire et unitaire.

A cette date, la situation sociale, économique et politique est extrêmement tendue, nous sommes à un mois de la grève d’avril chez Renault et la SFIO est ébranlée par une grave crise interne. Cette grève entraîne une radicalisation de la CGT et du Parti communiste et marque la rupture avec les socialistes, eux-mêmes divisés, notamment avec ses « jeunesses ». 

Cette affiche, d’un caractère officiel de soutien par la SFIO ne rend pas compte de ce que fut la pédagogie originale des Faucons rouges : « Ni scouts, ni gardes rouges, ni pionniers », disaient-ils : un mouvement mixte, une éducation au « self-government » par la pratique des Républiques d’enfants et par une vision non hiérarchique de leur organisation. L’uniforme était symbolique et peu utilisé, et leur éducation était certainement plus libertaire que militante ce qui compliquera souvent leurs relations avec le parti socialiste.

Bibliographie

Liliane Guignard-Perrein, Les Faucons rouges 1932-1950, thèse d'histoire contemporaine de 3e cycle sous la direction de René Rémond (1982, Université Paris X Nanterre)

Pour citer cet article
Liliane GUIGNARD-GISSELBRECHT, « Le Mouvement de l’enfance ouvrière ou « Faucons rouges » », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 février 2021. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/mouvement-enfance-ouvriere-faucons-rouges
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