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Musique, Maestro !

Date de publication : mars 2022

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Contexte historique

Paris est une fête

En 1890, le Café-concert des Ambassadeurs fête ses cinquante ans d’existence au milieu des jardins faisant la jonction entre le bas des Champs-Élysées et l’Hôtel de Crillon. C’est en 1840 que le propriétaire a eu l’idée de transformer son simple café, situé dans le quartier des ambassades, en un lieu de spectacle donnant la part belle à la déclamation et à tous les types de musique ambulante. Face à la concurrence des autres salles parisiennes comme le Ba-Ta-Clan (1865) ou la Cigale (1887), et à leur publicité chatoyante, les exploitants qui possèdent aussi l’Alcazar d’été font appel à un affichiste. Parmi les artistes et troupes qui occupent les planches de l’endroit se distinguent à cette époque les Fanfares Duchemin, qui forment une vraie fanfare, c’est-à-dire un ensemble de cuivres, sans autre vent ni percussion, jouant a priori de la musique militaire en vogue à l’époque. L’affiche imprimée par la maison Ch. Lévy en 1890 pour le café-concert des Ambassadeurs est des plus classiques pour l’époque.

Analyse des images

Les cuivres sonnent la charge

De format vertical, elle comporte quatre éléments textuels hiérarchisés : elle met en avant le nom du lieu de spectacle en lettres majuscules ombrées de rouge, qui est l’invariant, puis le nom des artistes, qui constitue le motif de la réclame et de la venue des consommateurs, la précision des horaires qui suggère que le spectacle a lieu tous les soirs, et enfin, la mention de la situation dans la Ville-Lumière : aux Champs-Élysées. Les cinq musiciens militaires bottés de noir ressortent sur un paysage de montagne assez peu identifiable, comme s’ils étaient en campagne. Les deux clairons portent la livrée rouge, un sabre et un shako à plume tricolore, tandis que les trois cors sont vêtus d’une culotte blanche et d’une veste de chasse noire à revers rouges. Tous portent la moustache qui rend encore plus identiques leurs visages. La fanfare se distingue par l’ensemble harmonieux de ces jeunes hommes athlétiques en train de souffler dans leurs instruments.

Interprétation

La petite musique de Paris

La multiplication des lieux de spectacle dans la seconde partie du XIXe siècle fait de la capitale parisienne le réceptacle de tous les genres musicaux. Les rues de Paris se parent d’affiches colorées malgré la loi du 29 juillet 1881 qui impose un cadre légal à l’affichage public. La musique populaire de rue reste l’affaire de familles foraines, comme semblent l’être les Duchemin. Ses musiciens ne sont pas des soldats et n’ont peut-être même jamais fait leurs classes ; mais ils portent beau en uniforme, un costume qui conserve un certain prestige malgré les défaites cinglantes du Second Empire. Les orchestres militaires comptent dans l’animation des villes de garnison, et Paris ne fait pas exception – que ce soit lors de la fête nationale, récemment fixée au 14 juillet, les nombreuses cérémonies officielles ou les kiosques au sein des grands parcs aménagés sous la férule du baron Haussmann. Tous les soirs aux Ambassadeurs, patriotes et admirateurs de la geste guerrière peuvent se payer une série de marches entraînantes illustrant des saynètes, sans l’inconfort d’une campagne militaire mais avec les meilleurs alcools du mess des officiers à disposition. Les morceaux entraînants poussent le public à reprendre les chants les plus connus, asséchant à point nommé les gosiers tout en fédérant les consommateurs dans un élan collectif. 

Bibliographie

Philippe Gumplowicz, Les travaux d’Orphée. Deux siècles de pratique musicale amateur en France (1820-2000). Harmonies, chorales, fanfares, Aubier, 2001.

Marc Martin, Trois siècles de publicité en France, Paris, Odile Jacob, 1992.

Alain Weill, Le café-concert, 1870-1914. Affiches de la bibliothèque du Musée des Arts décoratifs, Paris, UCAD, 1977.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Musique, Maestro ! », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/musique-maestro
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