10 juin - 1er juillet 1934. Fêtes inaugurales du nouveau centre de Villeurbanne.

10 juin - 1er juillet 1934. Fêtes inaugurales du nouveau centre de Villeurbanne.

Auteur : BOUCHERAT Albert

Lieu de conservation : musée Gadagne (Lyon)
site web

Date de création : 1933

Date représentée : 1934

H. : 122

L. : 160

Impression H. Richard, 161 rue Vendôme, Lyonlithographie en couleur

© Musée Gadagne - Lyon

n°1494

Hygiénisme et urbanisme : le nouveau centre de Villeurbanne

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Hélène DELPECH

Au cours du XIXe siècle, les conditions de vie misérables réservées aux ouvriers dans les viilles et les préoccupations des hygiénistes ont suscité un intérêt nouveau pour l'habitat urbain dans tous les pays industrialisés. Cet intérêt a d'abord été théorique, avec des projets de cité idéale dès le début de la révolution industrielle. En pleine période de libéralisme économique, les réalisations restent d'initiative privée, tendance encouragée dans la région lyonnaise par la tradition du mutualisme née chez les canuts et par le catholicisme social de quelques grands industriels. Leurs résultats sont fragmentaires et sans coordination. L'intervention de l'Etat par une législation favorable au logement social est tardive : loi Siegfried créant les « habitations à bon marché » (1893), loi Loucheur pour faciliter l'accès des familles modestes à la propriété (1928). D'autre part, l'urbanisme, jusque-là simple aménagement rationnel de la voirie, devient peu à peu une préoccupation globale, tandis que l'architecture utilisant les ressources et les méthodes de la production industrielle nourrit dès 1928 la réflexion des congrès internationaux d'architecture moderne. Le constructivisme bolchevique, le Bauhaus allemand, les chantiers de l'Italie fasciste, les Etats-Unis auréolés de la victoire avant la Grande Dépression, fournissent des exemples d'avant-garde.

A la fin du XIXe siècle, la proximité de Lyon avait attiré des industries à Villeurbanne, petit bourg rural où les ouvriers avaient afflué en nombre. Le poids électoral de cette nouvelle population avait entraîné un glissement progressif à gauche de la politique municipale au début du XXe siècle. Entre 1930 et 1934, Villeurbanne se dote d'un nouveau centre, témoin de son importance et des préoccupations sociales de sa municipalité.

L'affiche est devenue un moyen de communication moderne, au style percutant, duplicable grâce aux techniques de l'imprimerie. Ici, les aplats de couleur, le graphisme géométrique qui élimine les détails, donnent au message force et netteté. Dans la lumière matinale venue d'un Orient théorique à droite, les bâtiments jaillissent du sol invisible, comme un modèle universel prometteur d'un avenir radieux.

On reconnaît les tours liminaires, les deux rangées d'immeubles, le beffroi de l'hôtel de ville, le Palais du travail. La hauteur des constructions (jusqu'à 19 étages pour les tours), les gradins ouvrant la rue vers le ciel, la multitude de fenêtres, les toits plats, résultent d'une architecture à ossature de métal et de béton armé, habillée de murs de parpaings. Les redans remplacent les cours insalubres. Les colonnes classiques de l'hôtel de ville traduisent la dignité de l’édifice. Deux conceptions architecturales se juxtaposent : le plan d'ensemble et le Palais du travail, fonctionnels et dépouillés, ont été conçus par un technicien, Morice Leroux, qui a travaillé au Maroc avec Lyautey ; c'est un architecte Grand Prix de Rome, Robert Giroud, qui a dessiné l'hôtel de ville.

L'initiateur de l'opération, Lazare Goujon, médecin et socialiste, élu maire en 1924, croyait au progrès par le logement, la santé, l'éducation. Les appartements (3 pièces en moyenne) de ces gratte-ciel équipés d'ascenseurs disposaient de vide-ordures, de cuisinières électriques, du chauffage central et de l'eau chaude grâce à une chaufferie municipale. Le Palais du travail abritait une piscine, une salle de spectacles, un dispensaire, des locaux pour des conférences et des réunions.

Mais la municipalité s'était endettée. Elle contrôlait mal la société mixte dans laquelle elle était, pour la première fois, associée à des entreprises privées. Avec la crise économique et le chômage, les locataires se sont fait rares. Les communistes, qui jugeaient la réalisation dispendieuse et « petite-bourgeoise », remportent les élections de 1935 avec un programme d'aides plus immédiates. Passées la crise et la guerre, le problème du logement reste entier.

Le cas de Villeurbanne est exemplaire de la rivalité entre la SFIO et le PC depuis la scission de 1920. Il révèle en outre des aspirations de l'entre-deux-guerres : l'air, le soleil et la culture pour tous, une architecture rationnelle répondant à une certaine idée de la cité, une esthétique influencée par la rigueur géométrique des productions industrielles et du cubisme.

Marc BONNEVILLE Naissance et métamorphose d'une banlieue ouvrière : Villeurbanne Lyon, PUL, 1978.

Bernard MEURET Le Socialisme municipal : Villeurbanne 1880-1982 Lyon, PUL, 1982.

Collectif « Les Gratte-ciel ont cinquante ans »in Le Progrès , mai 1984.

Michel RAGON Histoire mondiale de l'architecture et de l'urbanisme moderne , tome II, Paris, Casterman, 1972.

Leonardo BENEVOLO Histoire de l'architecture moderne , tome II, Paris, Dunod, 1980.

Hélène DELPECH, « Hygiénisme et urbanisme : le nouveau centre de Villeurbanne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/hygienisme-urbanisme-nouveau-centre-villeurbanne

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

L’hôtel des Invalides

Une pièce d’un programme iconographique politique

Voulue par Louis XIV, l’édification de l’hôtel des Invalides au sud-ouest de Paris est…

L’hôtel des Invalides
L’hôtel des Invalides
Plan du bourg de La Gardeloupe

La Guadeloupe, une image au service de la colonisation

La colonisation de la Guadeloupe

L'histoire de la colonisation de la Guadeloupe par les européens débute avec le second voyage de Christophe…

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

Une « maison de rapport » édifiée sous le Directoire

Une sanglante « bavure », dénoncée par Daumier, a rendu tristement célèbre la maison du 12 rue…

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France

La redécouverte du patrimoine monumental français

En gestation sous l’Ancien Régime, la notion de patrimoine émerge véritablement à la faveur de la…

La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France
La Mission héliographique de 1851, un voyage pittoresque et romantique à travers l’ancienne France

Un palais social pour les ouvriers

L’industrie n’a pas, dans la France du XIXe siècle, bouleversé l’armature urbaine. Pourtant, dans certaines localités, au Creusot ou à…

Un palais social pour les ouvriers
Un palais social pour les ouvriers
Un palais social pour les ouvriers
Un palais social pour les ouvriers

L'architecture publicitaire du garage Marbeuf (Laprade & Bazin, 1928-1929)

L’ère de l’automobile

Dans les années 1920, si la construction automobile connaît un essor exceptionnel après la Première Guerre mondiale, l’…

L'architecture publicitaire du garage Marbeuf (Laprade & Bazin, 1928-1929)
L'architecture publicitaire du garage Marbeuf (Laprade & Bazin, 1928-1929)
L'architecture publicitaire du garage Marbeuf (Laprade & Bazin, 1928-1929)
L'architecture publicitaire du garage Marbeuf (Laprade & Bazin, 1928-1929)

Versailles après Louis XIV

Le retour de la Cour

Le tableau de Pierre-Denis Martin (1663-1742) s’inscrit dans une période de renouveau dans l’histoire du château de…

Versailles après Louis XIV
Versailles après Louis XIV
Versailles après Louis XIV

L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann

Un pavillon d’exposition éphémère

Dans l’esprit de ses organisateurs, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de…

L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann
L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann
L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann
L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann

Viollet-le-Duc et la restauration monumentale

L’invention des Monuments historiques

Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la volonté de remettre à l’honneur de grands édifices symboliques…

Viollet-le-Duc et la restauration monumentale
Viollet-le-Duc et la restauration monumentale
Viollet-le-Duc et la restauration monumentale

Vue de la Seine au XVIIIe siècle

L’œil de Paris

La vue de la Seine en aval du pont neuf est datée et signée par l’artiste, avec une mention inscrite sur le quai Malaquais ou des…