Portrait en pied de Louis XIV âgé de 63 ans en grand costume royal (1638-1715).

Portrait en pied de Louis XIV âgé de 63 ans en grand costume royal (1638-1715).

Date de création : 1702

Date représentée :

H. : 277 cm

L. : 194 cm

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

http://www.photo.rmn.fr

82-000294 / MV2041

Portrait officiel de Louis XIV

Date de publication : Septembre 2020

Auteur : Joël CORNETTE

Portrait de Louis XIV en costume de sacre

Portrait de Louis XIV en costume de sacre

On lit, dans les Mémoires du marquis de Dangeau : « Jeudi 10 mars 1701, à Versailles : la goutte du Roi continue ; il se fait peindre l’après-dîner par Rigaud pour envoyer son portrait au roi d’Espagne, à qui il l’a promis. » Le roi à qui Louis XIV destinait ce tableau était son deuxième petit-fils, Philippe d’Anjou, monté sur le trône espagnol sous le nom de Philippe V suite au testament laissé en 1700 par Charles II qui, s’opposant au partage de ses États, les lui avait légués à condition qu’il renonce à ses droits sur la couronne de France. C’est à Hyacinthe Rigaud (1659-1743), célèbre dès les années 1680 pour son art du portrait, que fut confiée la réalisation de ce tableau.

Les Mémoires inédits des membres de l’ancienne Académie royale de peinture permettent de retracer précisément sa genèse : « Ayant fait en 1700 pour Louis XIV le portrait de Philippe V, roi d’Espagne, son petit-fils, quelques jours avant son départ de la France, celui-ci pria le Roy son grand-père, de lui donner aussi son portrait peint de la même main, ce que Sa Majesté lui accorda. Rigaud eut l’honneur de le commencer l’année suivante et, étant achevé, ce monarque le trouva d’une ressemblance si parfaite et si magnifiquement décoré qu’il lui ordonna d’en faire une copie de la même grandeur pour l’envoyer au roi d’Espagne à la place de l’original, qui fut placé à Versailles, dans la salle du trône. »

En réalité, les deux grands portraits de Rigaud, l’original et la réplique, restèrent à Versailles. Le tableau fut présenté à Versailles en janvier 1702, dans le grand appartement, à l’admiration dévote des courtisans.

Ce grand portrait d’apparat serait en fait un montage, réalisé à plusieurs mains, dans l’atelier de Rigaud : la tête du roi, esquissée par Prieur, un des élèves du maître, aurait été peinte sur une toile indépendante, puis fixée sur la grande toile.

Tout oppose, en effet, la partie inférieure du corps – des jambes de jeune homme, gainées de soie, amorçant un pas de danse – et la partie supérieure : le visage réaliste d’un homme alors âgé de soixante-trois ans.

Vieil homme avec un corps de jeune homme, Louis XIV est entouré des insignes de la royauté : le collier de l’ordre du Saint-Esprit, le sceptre – tenu à l’envers, comme une canne ! –, la couronne fermée, la main de justice, et il y apparaît comme hors du temps, dans une sorte d’éternité.

Le tableau de Rigaud construit ainsi un portrait syncrétique, qui illustre parfaitement « les deux corps du roi », le cœur de la problématique du grand livre d’Ernst Kantorowicz (voir bibliographie), qui a bien expliqué la double nature de la souveraineté : le roi symbolique, qui ne meurt jamais (la grandeur et les attributs de la monarchie), et le roi physique, le « simple corps » mortel du roi-homme, la personne de Louis XIV.

Ce roi physique est saisi à différents moments de sa vie : maître d’œuvre d’une cour brillante (les éléments du costume mondain, sous le manteau du sacre, contribuent à créer une distance entre les symboles de la royauté et la personne du roi), en perpétuelle représentation ; grand amateur de ballets ; souverain absolu durant un règne déjà long de quarante-sept ans.

Cet emblème de la monarchie absolue de droit divin fut réalisé l’année même où le château de Versailles parvenait à sa perfection cérémonielle et symbolique quand le roi installe sa chambre au cœur du palais de Versailles, tout à côté de la salle du Conseil où il réunit les ministres et les secrétaires d’État, donnant ainsi à voir les « deux corps du roi ». Louis XIV affectionnait ce tableau à un point tel qu’il ordonna d’en multiplier les copies. Saint-Simon n’hésita pas à appeler Rigaud « le premier peintre de l’Europe, pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable ».

À partir de 1702, nombre d’artistes, peintres ou graveurs, reproduiront cette même figure et sa pose, presque à l’identique. Et l’atelier de Rigaud réalisa, jusqu’en 1715, un très grand nombre de « Louis XIV », de dimensions variées, en armure ou en manteau de sacre, en pied ou en buste, qui furent immédiatement répandus en France et dans les cours d’Europe.

Ce tableau est devenu l’archétype des portraits officiels au-delà même des ruptures historiques : depuis la IIIe République, les présidents sont représentés dans une posture proche de celle du roi tel que peint par Hyacinthe Rigaud.

 

· Ernst KANTOROWICZ, The King’s Two Bodies : a Study in Mediaeval Political Theology, Princeton, Princeton University Press, 1957.

· Ernst KANTOROWICZ, Les Deux Corps du roi : essai sur la théologie politique au Moyen Âge, traduit de l’anglais par Jean-Philippe Genet et Nicole Genet, Paris, Gallimard, 1989.

· Philippe de DANGEAU, Mémoires.

· Mémoires inédits des membres de l’ancienne Académie royale de peinture.

· Myriam TSIKOUNAS, « De la gloire à l’émotion, Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud », in Sociétés & Représentations, 2008, n° 26. 

Joël CORNETTE, « Portrait officiel de Louis XIV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 11/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/portrait-officiel-louis-xiv

La notice de l’œuvre sur le site du château de Versailleshttp://collections.chateauversailles.fr/#c4b2ca62-1fcf-450d-9ae8-fc0904e741d2Une étude de l’œuvre sur le site Panorama de l’arthttp://panoramadelart.com/RigaudlouisXIVUne biographie et quelques œuvres de Hyacinthe Rigaud sur le site de l’Agence photographique de la Réunion des musées nationaux – Grand Palaishttp://www.photo.rmn.fr/Package/2C6NU09T089Y« De la gloire à l’émotion, Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud », un article de Myriam Tsikounas, professeur à l’université Paris I – Panthéon-Sorbonne, publié dans la revue Société & Représentationshttp://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2008-2-page-57.htmÉmissions consacrées au règne de Louis XIV dans La Fabrique de l’histoire sur France Culture1/4 : http://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/louis-xiv-14-romain-bertrand-et-gregory-quenet2/4 : http://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/louis-xiv-24-1715-la-mort-du-roi3/4 : http://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/louis-xiv-34-1715-leducation-des-enfants-au-xviie4/4 : http://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/louis-xiv-44-louis-xiv-vu-par-lhistorien-pierre-goubert-ou-la

Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Chaque fois que je scrute ce portrait officiel, je ne peux m'empêcher de le comparer à celui de Louis XVI: soixante ans après, les temps ont changé avec une rapidité effarante et les sensibilités aussi. Louis XVI est indéniablement un monarque des Lumières, un humaniste obsédé par "le bonheur de ses peuples", lesquels lui ont bien rendu mais de façon très... "populaire".
Rien de tel chez le Roi Soleil; c'est sans doute pour cela que son règne se confond avec "le Grand Siècle"...

LOUIS

jeu 06/09/2012 - 21:28 Permalien
Anonyme (non vérifié)

bonjour, je suis a la recherche de la biographie de hyacinthe Rigaud. Pourriez vous me procurer quelques liens utiles pour pouvoir compléter ma recherche s'il vous plait ?
Merci d'avance

dim 27/01/2013 - 11:38 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Louis XIV, le Roi "soleil" est certainement un modèle de la monarchie absolue comme cela est dit dans l'interprétation, un archétype.

mar 20/05/2014 - 18:45 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour, en doit faire l'histoire des arts sur Louis XIV et on doit parler de la composition de l'image: son organisation, ses couleurs...

mar 25/11/2014 - 11:58 Permalien

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