Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

L'Atelier de Bazille, 9 rue de la Condamine à Paris.

L'Atelier de Bazille, 9 rue de la Condamine à Paris.

Mucha dans son atelier de lithographie.

Mucha dans son atelier de lithographie.

Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

Lieu de conservation : musée du Louvre (Paris)
site web

Date de création : 1799

Date représentée :

H. : 71

L. : 110

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais

http://www.photo.rmn.fr

89EE1595/INV 1290 bis

L'atelier, carrefour de la société des artistes

Date de publication : Février 2008

Auteur : Claire MAINGON

L’atelier de l’artiste au XIXe siècle

Les ateliers d’artistes ont beaucoup proliféré dans l’Europe du XIXe siècle, en réponse à l’augmentation importante de cette catégorie sociale et professionnelle. Autrefois réservé à une élite intellectuelle, le statut de l’artiste s’est démocratisé et s’est progressivement confondu avec les arts décoratifs et les arts graphiques tels que la lithographie. Dans les années 1860, Paris comptait ainsi plusieurs milliers de peintres jouissant d’une certaine notoriété. Des locaux réservés aux artistes fleurirent à cette époque dans les quartiers neufs tels que la Nouvelle Athènes, en complément des logements occupés par les peintres officiels et académiques dans le cœur de la capitale. On voit aussi se multiplier à cette époque des cités d’artistes où se recréent des espaces communautaires et proche de l’esprit de la bohême. Pour tous ces artistes, l’atelier représentait l’espace de la gestation des œuvres. Lieu réel, il est aussi celui dans lequel se construit l’identité fantasmée de l’artiste, philanthrope et prométhéen. Enfin, l’atelier est l’espace de la sociabilité artistique. Sa fréquentation, généralement ouverte aux intimes, aux élèves et aux amateurs, était l’occasion des rencontres et des débats esthétiques entre les peintres et les sculpteurs. Il pouvait également servir de lieu d’exposition privé, avant l’envoi des œuvres au Salon et dans les grandes manifestations de groupe. Les documents étudiés ici représentent les ateliers de trois artistes européens ayant vécu dans des contextes différents du XIXe siècle : Isabey, Bazille et Mucha. Mais ils révèlent de la même façon l’enjeu sociologique et artistique qui se dessine derrière le thème de l’atelier. Autour de l’artiste maître des lieux, tout un cénacle se regroupe pour admirer, discuter ou apprendre.

Le lieu du discours sur l’art

La toile peinte par Léopold Boilly (1761-1845) nous fait pénétrer dans l’atelier d’Isabey, peintre de la première moitié du XIXe siècle logé dans le Palais du Louvre. Le peintre montre ici l’atelier comme un lieu de réunion très couru, presque mondain. De nombreux artistes, musiciens et architectes semblent discourir comme s’ils se trouvaient dans un cercle politique, un Salon littéraire ou un café philosophique. Tout, depuis les vêtements des personnages, les ornements décoratifs et le piano, révèle un univers de raffinement bien loin des labeurs et de la concentration nécessaire à l’activité picturale. Celle-ci est seulement évoquée par la leçon de peinture que Jean-Baptiste Isabey donne à Gérard, un autre élève de David. C’est également de discours théorique sur l’art dont il semble question dans l’atelier feutré de Frédéric Bazille (1841-1870), un impressionniste de la génération de Renoir et de Monet. Il s’agit ici d’un atelier typique du quartier des Batignolles dans les années 1870, avec ses grands volumes spacieux éclairés par des baies vitrées orientées vers le nord, de façon à conserver une lumière constante tout au long de la journée. Bazille et ses deux amis sont réunis autour de sa toile, déjà encadrée et comme prête à quitter l’atelier pour rejoindre les cimaises du Salon ou l’intérieur d’un collectionneur. L’un des personnages joue du piano, indiquant que l’atelier était un lieu de convivialité ouvert au divertissement. Une nouvelle fois, rien n’est montré du processus créatif du peintre qui demeure un mystère puisque la palette, parfaitement propre, est remisée au mur près du poêle comme un simple élément décoratif. La photographie montrant Alfons Mucha (1860-1939) au travail, fer de lance de l’art nouveau viennois, évoque une nouvelle fois l’atelier comme le lieu historique de la théorie de la peinture et de sa mise en pratique. Dans son intérieur décoré de lourdes tentures, le peintre est affairé à la réalisation d’un dessin pour une affiche. Il est entouré d’attentifs spectateurs qui semblent écouter religieusement la leçon du maître.

La société interne des artistes

Ces trois images insistent sur la dimension sociale de l’atelier de l’artiste comme espace de réunion, de discussion, de mise en perspective de l’activité picturale. Elles permettent de dresser un parallèle intéressant entre l’histoire de l’art et l’histoire socioculturelle. Nous y voyions que la création artistique n’est pas totalement indépendante du microcosme social, économique et culturel de son temps. L’artiste a besoin d’un entourage et d’un public pour mettre en perspective, discuter et recevoir ce qu’il crée. L’atelier est ce lieu dans lequel sont reçus les élèves, les admirateurs voire les collectionneurs. Fortement symbolique, l’atelier est l’espace de l’émergence physique de l’œuvre d’art, celui où elle est pensée puis exécutée par le peintre ou le sculpteur. Il précède par exemple le Salon ou le musée, qui sont des lieux d’exposition et de conservation. Lieu du discours sur l’art, du partage des techniques et des opinions, lieu de divertissement des sens, l’atelier est un carrefour dans le monde des artistes. Ce thème si fréquent dans la peinture du XIXe siècle apparaît donc comme un révélateur de la dimension à la fois esthétique et sociologique de l’œuvre d’art. Il participe à l’ancrage de la figure de l’artiste, autant que le Salon de peinture et que les institutions officielles lui donne une place dans le paysage historique et social de son temps.

L’atelier du peintre et l’art de la peinture, dictionnaire des termes techniques, préface d’André ChastelParis, éd. Larousse, 1990.Gérard GEFEN, Paris des artistes, 1840-1940, Paris, éd. du Chêne, 1998.Anne MARTIN-FUGIER, La Vie d’artiste au XIXe siècle, Paris, Audibert, 2007.John MILNER, Ateliers d’artistes, Paris, Capitale des arts à la fin du XIXe siècle, Paris, éd. Du May, 1990.Harrisson et Cynthia WHITE, La carrière des peintres au XIXe siècle, Paris, éd. Flammarion, 1991 (édition anglaise originale parue en 1965).

Claire MAINGON, « L'atelier, carrefour de la société des artistes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 15/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/atelier-carrefour-societe-artistes

Anonyme (non vérifié)

Cher Monsieur/Madame,

veuillez svp, avant tout, excuser mon français.

J'aime ce tableau de Bazille, et c'est la deuxième fois que je lis dans un essai, à propos du même, que la palette du peintre est remisée au mur comme un simple élément décoratif. Bien sur, il y a une palette accrochée au mur, mais, á mon avis, Bazille en tiens une autre - celle-ci en plein usage, avec des couleurs - dans sa main gauche!

Merci pour votre attention et veuillez agréer mes meilleures salutations.

jeu 06/09/2012 - 19:30 Permalien

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