La République devant les élections. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.1.

La République devant les élections. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.1.

La monarchie et le comte de Paris. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.2.

La monarchie et le comte de Paris. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.2.

L'Empire et le prince Victor. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.3.

L'Empire et le prince Victor. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.3.

Le général Boulanger. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.4.

Le général Boulanger. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.4.

La République devant les élections. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.1.

La République devant les élections. Supplément du Figaro daté du 30 mars 1889, p.1.

Date de création : 1889

Date représentée : 30 mars 1889

H. : 64

L. : 44

Lithographie par GLUCQ (Gaston Lucq). Imprimerie Pellerin & Cie.

© Photo RMN - Grand Palais - T. Le Mage

http://www.photo.rmn.fr

05-526395 / 50.21.408D

Le boulangisme et les autres tendances politiques

Date de publication : Février 2007

Auteur : Alexandre SUMPF

Le général Boulanger, né du « désir des masses » ?

La courte période boulangiste a été marquée par quelques coups d’éclat publics qui étaient la marque de Boulanger, militaire à la prestance certaine. Entre sa première intervention à la Chambre, où il refuse la répression du mouvement de grève des mineurs de Decazeville, et sa fuite en Belgique après avoir failli emporter la République dans un coup d’État, deux épisodes se détachent : la revue du 14 juillet 1886 à Longchamp et le départ forcé pour Clermont le 8 juillet 1887. En ces deux occasions, l’attitude bravache et la démagogie de Boulanger n’ont eu d’égal que le délire collectif qu’il déclenchait : « C’est Boulanger qu’il nous faut », scandait alors le peuple de Paris.

Était-il un épigone bonapartiste, le possible successeur d’une monarchie exilée, le César dont avait besoin une République hésitante ? Était-il le garant d’une véritable souveraineté populaire, plébiscitaire plutôt que parlementaire, ou un sauveur providentiel comme la France en avait souvent connu dans son histoire ?

« Les images et la politique »



Le 30 mars 1889, deux jours avant la fuite de Boulanger à Bruxelles et une semaine avant son procès devant la Haute Cour de justice du Sénat, la rédaction du journal Le Figaro décide d’offrir à ses lecteurs un supplément intitulé « Les images et la politique ». Par souci d’« impartialité », les quatre principales tendances politiques de l’époque (républicains, monarchistes, bonapartistes et boulangistes) se voient accorder chacune une page où sont reproduites leurs « images populaires » respectives. L’ordre suivi par Le Figaro paraît logique du point de vue politique.

La première page donne la « parole » à la république, le régime instauré dix-neuf ans plus tôt. La IIIe République est ici personnifiée par une femme drapée à l’antique et ceinte d’une couronne qui rappelle la statue de la Liberté de Bartholdi (1884). Dans l’image centrale comme dans les quatorze vignettes qui vantent les œuvres républicaines, la République n’est pas la Marianne au bonnet phrygien. C’est pour mieux laisser la parole aux trois autres « prétendants » au gouvernement de la France.

La deuxième page concerne ainsi la monarchie, régime « naturel » de la France pendant des siècles, au moins jusqu’en 1848. Le potentiel monarque, Philippe, comte de Paris, apparaît à cheval sur la moitié de la page, en regard de douze vignettes qui pointent les promesses manquées de la république.

La troisième page fait écho à la deuxième par le portrait de Victor Napoléon en cavalier. Le parallèle entre Napoléon Bonaparte et le fils du prince Jérôme, condamné à l’exil depuis 1886, fait office de programme : un régime fort et plébiscitaire.

Enfin, la quatrième page met en scène de manière complexe le boulangisme. Glücq mêle un portrait à cheval, deux vignettes, un kaléidoscope de personnalités boulangistes et un incongru « jeu de l’oie du général » illustré. Par rapport aux trois autres pages, le texte est ici le lieu d’un amusement, et non un discours sérieux ou même mobilisateur. De plus, les images sont très variées, comme si l’on insistait sur l’impossible cohérence du camp boulangiste. Le trait se fait imprécis, presque bâclé, et contraste avec la minutie des scènes dessinées dans les vignettes en faveur des républicains ou des monarchistes.

Presse et pédagogie de masse dans la France républicaine


Un supplément illustré de la qualité de celui du Figaro n’était pas monnaie courante à l’époque, pas plus que le recours à une imprimerie comme Pellerin. Cette maison était l’éditeur de référence des images d’Épinal, un genre d’images populaires révolutionné au milieu du XIXe siècle par le dessinateur Charles Pinot. Il avait imposé un nouveau style de dessin très précis et un thème qui permettait de faire valoir la qualité des détails et des coloris : les uniformes militaires.

Embauché au début des années 1880, Gaston Lucq, dit Glücq, a lui-même profité de l’installation d’un atelier de chromolithographie dans l’usine pour étendre encore l’éventail des productions de Pellerin. Glücq aurait ainsi inventé « l’image-réclame », qui pouvait se décliner aussi bien pour la propagande politique que pour la publicité commerciale. La mention sur le côté : « Publicité industrielle & propagande politique par l’image populaire » en dit long sur le mélange des genres qui règne alors.

Le fait qu’une seule et même personne ait illustré le supplément est assez troublant. On ne comprend pas bien le rapport entre ces lithographies de commande et les images qui auraient été diffusées entre 1881 et 1889. Surtout, le traitement des différentes figures militaires provoque une confusion qui relativise le pouvoir de l’image et impose finalement le recours au texte.
Enfin, en dépit de l’impartialité revendiquée par l’éditorial, le général Boulanger est traité de manière ironique, son image est peu soignée, comme saturée d’elle-même. Le Figaro, journal antimilitariste, indique ainsi clairement qu’il ne croit pas à l’homme providentiel, mais se range à l’alternative plus traditionnelle, au moins depuis le XVIIIe siècle, entre monarchie et république. Il y avait donc des images qui ne traduisaient ni n’alimentaient la fascination populaire, au contraire. Mais ce discours à contre-courant pesait-il vraiment au regard de la production iconographique (almanach de 1886, portraits, chansons, etc.) dont a largement bénéficié Boulanger ?

Adrien DANSETTE, Le Boulangisme, Paris, Fayard, 1946.Raoul GIRARDET, Mythes et mythologies politiques, Paris, Le Seuil, 1986.Nicole GARNIER-PELLE, L’Imagerie populaire française, tome II, « Images d’Épinal gravées sur bois », Paris, R.M.N.-B.N.F., 1996.Jean MISTLER, Épinal et l’imagerie populaire, Paris, Hachette, 1961.Jacques NÉRÉ, Le Boulangisme et la presse, Paris, Armand Colin, 1964 (rééd.2005).Jean-François SIRINELLI (dir.), Les Droites françaises, de la Révolution à nos jours, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992.Michel WINOCK, La Fièvre hexagonale, Paris, Le Seuil, 1987.

Alexandre SUMPF, « Le boulangisme et les autres tendances politiques », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/boulangisme-autres-tendances-politiques

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