La Fédération faite le 14 juillet 1790, Almanach pour 1791.

La Fédération faite le 14 juillet 1790, Almanach pour 1791.

Date de création : 1790

Date représentée : 14 juillet 1790

H. : 73

L. : 52

AE/II/3699Eau-forte en couleur

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr

AE/II/3699

Fête de la Fédération, 14 juillet 1790

Date de publication : Juillet 2014

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS

Fête de la Fédération, 14 juillet 1790

Fête de la Fédération, 14 juillet 1790

Une fête militaire pour l’ensemble de la nation

En 1790, l’Assemblée constituante décide d’organiser une grande « Fédération des troupes de ligne et des gardes nationales » sur le modèle des fédérations qui se répandent en province depuis l’année précédente.

L’acteur central de cette fête est la garde nationale. Sous ce nouveau nom, la milice bourgeoise a été réorganisée par La Fayette, au lendemain du 14 juillet 1789, pour mettre fin à la situation insurrectionnelle créée par la prise de la Bastille tout en conservant contre les troupes royales les forces d’une armée civique. Pour contrôler les éléments armés susceptibles de déclencher des émeutes, à Paris comme en province, il est décidé de réunir en un serment commun les gardes nationaux, désignés au terme d’une élection à deux degrés, et les troupes de ligne, représentées par les soldats les plus anciens.

La fête est fixée à la date anniversaire de la prise de la Bastille, et minutieusement organisée pour éviter tout débordement. 50 000 hommes armés, venus de tous les points du territoire, défilent au Champ-de-Mars, devant 300 000 personnes. Sous une pluie battante se succèdent procession militaire, messe sur l’autel de la patrie célébrée par Talleyrand assisté de trois cents prêtres, serment du roi à la Constitution et serment de La Fayette au roi, à la nation et à la Constitution. Louis XVI, réticent aux évolutions en cours, ne tire pas parti de cet événement unique, laissant tout le triomphe à La Fayette.

Calendrier mural pour 1791

Rare exemple conservé d’almanach mural, cet « Almanach gravé pour 1791 » (70x50 cm) se situe dans une tradition vieille de deux siècles : la diffusion de grandes gravures reproduisant un événement d’importance et accompagnées, dans la partie basse, d’un calendrier. L’éditeur, Paul-André Basset, qui, appartient à une famille de marchands d’estampes et de papiers peints installés à Paris, rue Saint-Jacques, adapte ici une forme de propagande du pouvoir royal à l’esprit de 1790.

La mise en scène grandiose et le déroulement de la fête de la Fédération sont évoqués avec précision. L’immense enceinte de gradins élevée au Champ-de-Mars se referme au premier plan (du côté de la Seine) sur un gigantesque arc de triomphe. Au centre se dresse l’autel circulaire encadré de torchères à l’antique et entouré des drapeaux des soixante bataillons de la garde nationale de Paris. Sous l’estrade couverte adossée à l’Ecole militaire, le roi est entouré de la famille royale, de la municipalité et des ambassadeurs. Sous l’arc de triomphe passent au centre les députés de l’Assemblée nationale, encadrés par des détachements de troupe. Rien n’y manque, pas même les parapluies qui abritent du déluge les députés et l’assistance !

En haut de l’image figure symboliquement le bonnet phrygien posé sur la pointe de l’épée monarchique accompagnant la nouvelle devise : « la Nation, la Loi et le Roi ». Les députés en médaillon : La Fayette, commandant général de la garde nationale, Bailly, maire de Paris, Alexandre de Lameth, partisan de la suppression des privilèges et des parlements, Sieyès, théoricien des idées du tiers état, Thouret, rapporteur du projet de création des départements, et Camus, qui veille sur les archives de l’Assemblée, sont connus pour être des notables modérés, ceux qui ont suscité ce rassemblement national.

Sous l’image, de part et d’autre de l’emblème monarchique des fleurs de lis sur champ d’azur, surmonté de la couronne, deux drapeaux déploient les trois couleurs dans leur disposition originelle, qui était horizontale. Le décor d’ancres, de tridents et de ballots de marchandises symbolise le grand commerce, signe de prospérité et de fécondité, comme les cornes d’abondance où prennent racine des rameaux de chêne, signes de force durable.

Un moment d’union nationale et l’acte de naissance du patriotisme français

A travers son décorum naïf, cette gravure populaire met l’accent sur le caractère spectaculaire de la fête et sur l’unanimité des participants. Les contemporains l’ont perçue comme un événement majeur et extraordinaire. Certes, cette journée ne réunit que les citoyens actifs qui paient l’impôt, mais le patriotisme et le sentiment de former ensemble la nation sont particulièrement perceptibles.

La présence de la « Nation » auprès de la « Loi » et du « Roi » assure le consensus, loin de tout aspect révolutionnaire qui pourrait être lié aux fédérations ou à la prise de la Bastille. En juillet 1790, au contraire, une réelle ferveur pour les idées nouvelles cohabite avec l’attachement à la personne royale. Pour la première fois, la marche des provinces vers Paris illustre à la fois l’unité nationale, la convergence vers le centre du pays et le renoncement aux particularismes.

Mais ce consensus apparent recouvre beaucoup d’ambiguïtés et restera comme une parenthèse courte et précaire dans l’histoire de la période ; bientôt les fédérés pousseront à une radicalisation de la Révolution.

F. FURET, M.OZOUF Dictionnaire critique de la Révolution française. Article Fédération.Paris, 1988.

Archives de France La Révolution française à travers les archives. Des Etats généraux au 18 brumaire , ...Document 31Paris, 1988.

M.PREAUD Les effets du soleil, almanachs du règne de Louis XIV.Paris, RMN, 1995.

Luce-Marie ALBIGÈS, « Fête de la Fédération, 14 juillet 1790 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 02/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/fete-federation-14-juillet-1790

Anonyme (non vérifié)

je crois que j'ai compris cette fete est organisé un ans aprés la prise de la bastille pour en reparler avec de nombreux généraux voila cher madame j'espere que l'éclat de mes au fais vous sera utile

lun 13/02/2012 - 13:21 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Comme le rappelle le début du texte de l'étude : "En 1790, l’Assemblée constituante décide d’organiser une grande « Fédération des troupes de ligne et des gardes nationales » sur le modèle des fédérations qui se répandent en province depuis l’année précédente."

Le but est également de "contrôler les éléments armés susceptibles de déclencher des émeutes, à Paris comme en province, il est décidé de réunir en un serment commun les gardes nationaux, désignés au terme d’une élection à deux degrés, et les troupes de ligne, représentées par les soldats les plus anciens."

Durant cette fête, le roi prête serment à la Constitution et La Fayette prête serment au roi, à la nation et à la Constitution.

A bientôt,

Anne-Lise

lun 13/02/2012 - 14:48 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Comment sa mise en scène représente t'elle une révolution heureuse ? Merci pour vos réponces.

ven 28/12/2012 - 11:29 Permalien
Anonyme (non vérifié)

très belle mise en situation tant matérielle qu'humaine , ne laissant pas pressentir les violences et les troubles qui vont bien vite s'installer. Ni le Roi ni les organisateurs ne peuvent deviner la tournure des évènements qui vont faire basculer la révolution dans des révolutions dans la révolution.Et se terminer par la mise à mort "symbolique" d'un Roi innocent des crimes dont il sera accusé.

dim 28/02/2021 - 14:33 Permalien

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