Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique

Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique

Christophe Colomb devant le conseil de Salamanque

Christophe Colomb devant le conseil de Salamanque

Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle

Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle

Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique

Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique

Date de création : 1862

Date représentée : 12 octobre 1492

H. : 330 cm

L. : 545 cm

Huile sur toile

Domaine Public © CC0 Museo Nacional del Prado

Lien vers l'image

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  • Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique
  • Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique

Christophe Colomb

Date de publication : Décembre 2022

Auteur : Lucie NICCOLI

La célébration de Christophe Colomb au XIXe siècle

12 octobre 1492 : le Génois Christophe Colomb, parti du port de Palos en Espagne dix semaines plus tôt, découvre un nouveau monde, qu’il croit être le continent asiatique, appelé à cette époque « les Indes » orientales. En réalité, c’est dans l’actuel archipel des Bahamas qu’il débarque alors, sur une île qu’il nomme San Salvador, poursuivant ensuite son exploration jusqu’à Cuba puis Haïti avant de regagner le Portugal en février 1493 puis l’Espagne (carte). Il effectue trois autres expéditions entre 1493 et 1504, financées par les rois catholiques Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, explorant les Antilles – la Dominique, la Guadeloupe, Porto Rico et la Jamaïque –, et meurt deux ans plus tard, toujours persuadé d’être parvenu à rejoindre le Japon (« Cipango ») et la Chine (« Cathay ») par l’ouest. À la fin du XVIIIe siècle et plus encore au XIXe siècle, avec la publication en 1828 d’une biographie fictive, A History of the Life and Voyages of Christopher Columbus par l’Américain Washington Irving, le navigateur est célébré par de nombreux artistes, en Europe et aux États-Unis, comme le découvreur de l’Amérique et précurseur de sa colonisation.

En 1892, le quatrième centenaire de son voyage inaugural est commémoré avec faste en Espagne et le 12 octobre devient même un jour férié dans de nombreux pays d’Amérique latine, aux États-Unis et en Espagne. Dès les années 1840, le peintre américain d’origine allemande Emanuel Leutze, parti étudier à Düsseldorf sous la direction de Karl Friedrich Lessing, exécute une série de tableaux glorifiant l’explorateur, accueillie favorablement par la critique : Christophe Colomb devant le grand Conseil de Salamanque (1841), puis Le Retour de Christophe Colomb enchaîné à Cadix (1842) et Christophe Colomb devant la reine (1843). Vingt ans plus tard, le peintre espagnol Dioscoro Puebla, pensionnaire de l’Académie royale des beaux-arts à Rome, envoie à Madrid une grande toile, Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique, récompensée à l’Exposition nationale des beaux-arts de 1862, qui devient rapidement une image de référence sur le sujet. Presque simultanément, le peintre français Eugène Devéria, membre de la génération romantique qui s’était illustré, au début de sa carrière, par sa monumentale Naissance d’Henri IV (Salon de 1827), livre une interprétation chatoyante du retour de l’explorateur, dans son Christophe Colomb à la cour de Ferdinand et Isabelle (1861).

Trois scènes emblématiques de son épopée

Ces œuvres illustrent trois étapes majeures de l’épopée de l’explorateur.

Après que le roi du Portugal a refusé de soutenir son projet, il part en Espagne le soumettre aux rois catholiques et doit le défendre devant une commission nommée à Salamanque en 1486. Dans une grande salle sombre du couvent San Esteban de Salamanque, Leutze figure Christophe Colomb au premier plan, à gauche, au bout d’une longue table couverte d’une draperie rouge, seul face à ses contradicteurs : assis de part et d’autre de la table, divers savants, géographes et théologiens et, à l’autre extrémité, des représentants de l’Église – notamment un cardinal portant la pourpre et un évêque coiffé d’une mitre richement ornée, trônant sur une estrade. La lumière qui vient de la droite n’éclaire que la scène principale et laisse dans l’ombre un grand nombre d’autres personnages qui écoutent le débat ou conversent au fond de la salle. Elle aboutit à Colomb, vêtu d’une chemise, d’une tunique et d’un manteau de couleurs claires, les cheveux déjà blancs avant quarante ans, qui tient d’une main et montre de l’autre une grande carte blanche sur laquelle est tracé le parcours de son expédition. La simplicité de ce document et de son geste contraste avec le fatras d’épais volumes, certains ouverts sur la table, d’autres entassés dessous, sur lesquels se fondent les sages. Colomb se tient bien droit, en équilibre sur ses jambes légèrement écartées, à la fois tranquille et déterminé, et fixe ses interlocuteurs d’un regard franc, tandis que ceux-ci présentent une gamme d’expressions allant du doute à la réprobation en passant par l’ennui. Alors qu’il s’expose, manteau ouvert et main tendue, à leurs critiques, leurs postures repliées témoignent de leur fermeture d’esprit.

En 1491, en dépit de la décision finalement défavorable du conseil, Colomb obtient enfin de la reine Isabelle – sans doute grâce à la fin du siège de Grenade, dernier bastion des Maures en Espagne – les financements pour mettre en place, avec les frères Pinzon, une petite escadre de trois navires, les caravelles Pinta et Nina et le vaisseau amiral, la Santa Maria. C’est son premier débarquement sur l’île de San Salvador, le 12 octobre 1492, que peint Dioscoro Puebla. Fidèle au flatteur Journal de bord de Christophe Colomb transcrit par Bartolomé de Las Casas, le peintre représente le moment où l’amiral et les capitaines Pinzon, ainsi qu’un petit groupe de marins et de soldats venus en barque, accostent au petit matin. Colomb déploie la « bannière royale », dans les plis de laquelle on devine les armes d’Isabelle de Castille, et les deux capitaines deux bannières portant une croix verte et des lettres couronnées. Des hommes nus – les indigènes Taïnos – émergent d’une végétation dense. Un frère franciscain, extatique, brandit une croix, allusion probable au séjour que fit Colomb au monastère franciscain Santa Maria de la Rabida en 1485. Comme sur une scène de théâtre, Colomb est figuré au centre, tout de rouge vêtu ; levant au ciel des yeux baignés de larmes et un genou à terre, il touche de son épée cette terre nouvelle et semble planter dans le sol la bannière royale, tel un soldat de Dieu. Les attitudes et expressions des protagonistes sont très variées : intense soulagement, espoir, crainte, épuisement, tandis que les indigènes hésitent entre peur et curiosité.

Rentré en Europe, Colomb se présente au printemps 1493 à Barcelone, où il est reçu par les rois catholiques en leur palais. Pour rendre la magnificence de ce retour triomphal, Devéria reprend la composition théâtrale et la palette de couleurs vives qui avaient fait son succès dans sa Naissance d’Henri IV : la scène principale se joue sous un dais drapé de tentures rouges autour duquel gravitent de nombreux personnages. L’amiral est au centre du tableau, cette fois les cheveux noirs et une barbe en pointe, vêtu d’un riche manteau noir, agenouillé devant la reine dont il baise humblement la blanche main. Resplendissante dans sa somptueuse robe dorée, elle semble être la véritable héroïne de cette cérémonie. A ses côtés, le roi et un cardinal sont, comme elle, en grande tenue d’apparat. A gauche de Colomb, dans l’ombre, devant les frères Pinzon, un homme barbu porte une couronne et des bijoux sur un coussin, peut-être pour évoquer le titre de vice-roi des Indes qui lui avait été promis avant son départ. Assistent à cette scène des courtisans, des soldats en armes, des pages, ainsi que, au premier plan, à gauche, des indigènes ramenés des « Indes » – les hommes, debout, fièrement parés de plumes et de peaux de bêtes, les femmes assises languissantes, leurs enfants nus à leurs pieds. A droite, la présence d’un serviteur noir rappelle que la traite négrière avait été initiée par les Portugais dès les années 1440. Le butin de l’expédition évoque un cabinet de curiosités : coiffes à plumes, vaisselle et bijoux en or et perles, coraux, coquillages (une grosse conque nacrée au premier plan), un ananas – fruit alors inconnu – et même une étrange idole en or. A l’arrière-plan, une architecture mauresque avec arcs outrepassés et ogives crénelées offre une ouverture sur l’extérieur et laisse deviner la foule qui se presse aux portes du palais.

La fabrique d’un héros

Ces trois peintres concourent à créer l’image d’un personnage mythique, champion à la fois de la science, de la foi catholique et de la civilisation.

Leutze le présente comme un pionnier de l’esprit scientifique : en confrontant une simple carte de la Terre à toutes les connaissances accumulées par les pères de l’Église dans de poussiéreux volumes, il oppose l’intuition géniale de Colomb, supposé seul à savoir que la Terre était sphérique et que l’on pouvait en faire le tour, au conservatisme des théologiens. Pourtant, la sphéricité de la Terre était admise au Moyen Âge et les sages doutaient à raison de la pertinence du projet de Colomb, puisqu’il avait sous-estimé la distance séparant, à l’ouest, l’Europe de l’Asie.

La composition de Puebla fait de l’amiral un instrument de Dieu et des rois catholiques espagnols pour civiliser et évangéliser ce nouveau monde, dont il prend littéralement possession en leur nom. Le groupe des Espagnols occupe les quatre cinquièmes de la toile, reléguant les indigènes, plus petits et plus sommairement peints, dissimulés telles des bêtes sauvages craintives, dans le coin gauche du tableau.

Si Puebla reproduit les détails du récit de Las Casas, le traitement par Devéria de la réception du navigateur à Barcelone est totalement fantaisiste et teinté d’orientalisme. Le palais royal de Barcelone dans lequel il a été reçu n’est pas de style mauresque, mais gothique catalan. Les portraits des hommes amenés des Antilles sont inspirés du « musée indien » de George Catlin, ouvert à Paris en 1845, tandis que les femmes indigènes, curieusement vêtues de draperies à l’antique, évoquent plutôt des esclaves orientales. Colomb apparaît dans cette mise en scène fastueuse comme un héros romantique, chevalier servant de sa reine, aux pieds de laquelle il dépose les infinies richesses du nouveau monde. La glorification de Colomb en Europe et aux États-Unis à partir des années 1830 coïncide avec l’essor de l’idéologie colonialiste, les prémisses de la révolution industrielle et le renouveau de la foi catholique. Après la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation, une autre lecture de son histoire émerge, considérant le sort des amérindiens et les violences qu’ils ont subies.

Depuis les années 2000, le personnage et son épopée font l’objet de critiques de plus en plus nombreuses et virulentes en Amérique, où leur commémoration est désormais controversée.

Stephen BANN, Stéphane PACOUD, L’Invention du passé, tome II, Histoires de cœur et d’épée en Europe, 1802-1850, catalogue de l’exposition présentée au musée des Beaux-Arts de Lyon en 2014, Hazan, 2014

Karsten FITZ, The Düsseldorf Academy of Art, Emanuel Leutze and German-American Transatlantic Exchange in the Mid-Nineteenth Century, in Amerikastudien / American Studies, 2007, Vol. 52, No. 1, « Transatlantic Perspectives on American Visual Culture », pp. 15-34, Universitätsverlag WINTER Gmbh

Collectif, Eugène Devéria (1805-1865), catalogue des expositions présentées sous les titres Eugène Devéria, la peinture et l'histoire et Eugène Devéria, variations sur les genres artistiques au musée des Beaux-Arts de Pau en 2005-2006, éditions Rmn-Grand Palais, Paris, 2005

Giorgio PERRINI (texte établi par), Le Journal de bord de Christophe Colomb, amiral de la flotte océane au service de leurs majestés catholiques, dans le texte transcrit par Monseigneur Bartolomé de Las Casas à partir de 1552 et publié dans son Historia de las Indias en 1875, éditions Jean de Bonnot, Paris, 2002

Juan Carlos ELORZA GUINEA, Dióscoro Puebla (1831-1901), édité par Junta de Castilla y León − Consejería de Cultura y Turismo, Burgos, 1993

Renaissance : Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c’est l’homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.

Lucie NICCOLI, « Christophe Colomb », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08/02/2023. URL : histoire-image.org/etudes/christophe-colomb

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