La Ronde de nuit

La Ronde de nuit

Date de création : 1642

Date représentée : 1638 ?

H. : 363 cm

L. : 438 cm

huile sur toile. Titre complet : Les officiers de la garde de nuit et autres hommes armés du district II à Amsterdam, dirigés par le capitaine Frans Banninck Cocq et le lieutenant Willem van Ruytenburch

Domaine Public © CC0 Rijksmuseum

Lien vers l'image

SK-C-5

La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch dite La Ronde de nuit

Date de publication : Septembre 2021

Auteur : Paul BERNARD-NOURAUD

Des Provinces-Unies en quête d’indépendance

En 1642, les sept Provinces-Unies qui ont fait sécession des Pays-Bas espagnols plus d’un demi-siècle auparavant (en 1581), n’ont toujours pas obtenu la reconnaissance formelle de leur indépendance. Cette dernière n’est finalement actée par le Traité de Münster qu’en 1648, dans le cadre plus large des traités de Westphalie. En dépit des victoires militaires qu’ils remportent contre l’Espagne au cours des années 1630, les dirigeants hollandais sont en quête de soutiens diplomatiques. La visite de la reine-mère de France Marie de Médicis à Amsterdam au début du mois de septembre 1638 constitue indéniablement une opportunité en ce sens, et peut-être l’occasion pour l’une des compagnies de gardes civiques de la ville de s’associer à l’événement.

C’est en effet à cette date que celle des mousquetaires que dirigent à l’époque Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch passe commande au peintre Rembrandt van Rijn (1606-1669), originaire de Leyde et installé à Amsterdam depuis une dizaine d’années. Il s’y est marié à Saskia van Uylenburgh, la nièce d’un marchand de tableaux, et sa réputation croît à mesure que les demandes de portraits affluent. Sa manière emprunte au clair-obscur baroque importé d’Italie dont il reprend aussi la composition en croix de saint André. C’est ce schéma qui structure celle de la Ronde de nuit, un titre attribué au tableau de 1642 a posteriori, peut-être en raison de l’obscurcissement des zones sombres sous l’effet du temps.

Une troupe en désordre

Des copies anciennes permettent cependant de confirmer la position des figures : en avant d’une arcade en plein-cintre évoquant un arc de triomphe, et pour les plus proches sur un petit pont. Ces éléments architecturaux corroborent l’hypothèse selon laquelle la garde s’est groupée à l’une des portes de la ville d’Amsterdam décorée pour l’occasion, et qu’elle s’apprête à y accueillir un hôte de marque. Les différents protagonistes sont vêtus avec soin, voire avec ostentation. Rembrandt en a minutieusement restitué le détail, allant jusqu’à reproduire par exemple dans la passementerie du pourpoint jaune du lieutenant les armes d’Amsterdam (détail 1) : un lion surmontant un cartouche orné de trois croix décussées. Le rendu précis des habits et des types d’armement fait à ce titre de La Ronde de nuit un document historique.

Un certain désordre règne pourtant parmi la troupe. Ses membres discutent entre eux, à l’image du capitaine en noir dont le geste semble moins commander le mouvement qu’illustrer un propos à l’attention de son lieutenant (détail 2). Entre eux, un coup de feu à peine visible est tiré sans que personne ne semble s’en émouvoir. Alentour, un vieux mousquetaire fronce les sourcils en examinant le mécanisme de son arme (détail 3), un autre remplit la sienne de poudre (détail 4), des lances s’entrechoquent et deux figures féminines de petite taille passent parmi les hommes. La seule des deux qui soit vraiment visible forme une trouée lumineuse dans l’assemblée, sans que la raison exacte de sa présence n’ait pu être à ce jour élucidée (détail 5).

Un portrait de groupe d’un genre nouveau

Le genre du portrait de groupe apparu un siècle plus tôt aux Pays-Bas s’est considérablement développé au XVIIe siècle, en particulier à Amsterdam. En terre protestante, défiante à l’égard des idoles, il y remplit une fonction de monument civique louant l’esprit collectif et commémorant l’engagement individuel. Avant d’être exposé au cœur du Rijksmuseum d’Amsterdam dès son ouverture en 1885, le tableau le fut d’abord dans le hall de la compagnie des mousquetaires qui en avait passé commande, preuve que ses membres en étaient satisfaits. Preuve peut-être aussi que ce corps d’armée souhaitait affirmer là une certaine modernité en recourant aux services d’un peintre qui s’éloignait régulièrement des attentes de ses commanditaires.

Le portrait de groupe que propose Rembrandt en 1642 diffère en effet de tous les tableaux comparables en offrant pour sa part la vision d’une société en formation non parvenue encore à se rassembler pour ne faire qu’un seul homme. Quant à la jeune femme, elle ressemble étrangement à Saskia van Uylenburgh (détail 5), l’épouse du peintre justement décédée cette année 1642, comme si Rembrandt, dont l’œil passe au-dessus de l’épaule du porte-étendard, avait lui aussi profité de l’occasion pour introduire dans cette commémoration celle de son histoire personnelle.

Svetlana ALPERS, L’Atelier de Rembrandt. La liberté, la peinture et l’argent, Gallimard, Paris, 1991.

Eugène FROMENTIN, Les Maîtres d’autrefois. Belgique-Hollande, Le Livre de Poche, Paris, 1965.

Aloïs RIEGL, Le Portrait de groupe hollandais, Hazan, Paris, 2008.

Gary SCHWARTZ, The Night Watch, Rijksmuseum, Waanders Publishers, Amsterdam, 2002.

Christian TÜMPEL, Rembrandt, Fonds Mercator, Anvers, 1986.

Traités de Wesphalie : pour mettre fin à la guerre de Trente ans, l’ensemble des belligérants européens se réunissent en congrès à partir de en 1644. Délégations protestantes et catholiques participent à ce congrès. Plusieurs traités sont ratifiés en février 1849 mettant fin aux guerres religieuses et protégeant notamment les protestants allemands. La paix de Westphalie instaure un nouvel équilibre politique européen.

Baroque : Mouvement artistique qui se développe au XVIIe siècle en Italie, puis dans de nombreux pays européens. Parlant plus aux sentiments qu’à la raison, il privilégie l’exubérance des formes, la représentation du mouvement et les effets de surprise. Il fait appel à tous les arts dans leur ensemble.

Paul BERNARD-NOURAUD, « La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch dite La Ronde de nuit », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/compagnie-frans-banning-cocq-willem-van-ruytenburch-dite-ronde-nuit

Lire une autre étude d'un tableau de Rembrandt : la fiche de Panorama de l'art : Bethsabée au bain - Rembrandt, musée du Louvre.

Comprendre comment la Ronde de nuit a été coupée : les parties disparues de la Ronde de nuit

Tout savoir sur La Ronde de nuit sur le site du Rijksmuseum (en anglais).

En savoir plus sur l'art baroque.

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