Louis XIV vêtu à la romaine, couronné par la Victoire devant une vue de la ville de Maestricht en 1673.

Louis XIV vêtu à la romaine, couronné par la Victoire devant une vue de la ville de Maestricht en 1673.

Date de création : 1673

Date représentée :

H. : 311

L. : 304

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet

http://www.photo.rmn.fr

85-002073 / MV2156

Louis XIV couronné par la Victoire

Date de publication : mai 2014

Auteur : Pascal DUPUY

La guerre de Hollande (1672-1678) menée par Louis XIV contre les Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels) relève de plusieurs causes, mais la principale est économique. Devenu au fil du XVIIe siècle une puissance commerciale de premier plan, le pays concurrence, abusivement selon le roi absolu français et ses ministres, la France sur les principaux marchés européens. En outre, cette république calviniste où règne une grande liberté d’expression représente une sorte de « négation de l’absolutisme monarchique français » (R. Mandrou). Enfin, irrité par quelques pamphlets et gravures moqueuses à son endroit et publiés à Amsterdam, Louis XIV ne supporte plus l’outrecuidance de ce minuscule État qui ose faire de l’ombre à son soleil.

La guerre qui débute en 1672 va être préparée dans les esprits par une intense campagne de propagande gravée (tout particulièrement par le burin de Jean Lepautre), tandis que les premières victoires françaises (le passage du Rhin, la prise d’Utrecht) feront l’objet d’innombrables célébrations figurées (médailles, estampes, tapisseries, peintures…). Mais après ces succès initiaux largement magnifiés par le verbe et les images, la guerre se révèle plus difficile que prévu avec la défense inattendue du pays qui ouvre ses digues et transforme ainsi ses villes en îles difficilement accessibles par les troupes françaises.

En juin 1673 le siège puis la prise de Maestricht, dont les opérations militaires se sont déroulées en présence de Louis XIV, célébrés par ce tableau comme par de nombreuses représentations commandées par la propagande monarchique française, ne changent cependant pas la physionomie d’ensemble des rapports de forces militaires, et il faudra attendre 1678 pour que le traité de Nimègue, qui met un terme à la guerre, soit enfin signé. La guerre qui ne devait pas durer s’est enlisée et a en outre irrité une grande partie des têtes couronnées européennes.

Louis XIV, au centre et au premier plan du tableau, sur un cheval bai cabré, est vêtu à la romaine. Au-dessus de lui, dans les cieux, la Victoire va le couronner de deux rameaux de laurier, symbole de sa gloire militaire. La divinité ailée tient dans sa main gauche, flottant au-dessus du monarque, un étendard au soleil rayonnant, attribut symbolique largement associé au roi français. Ce dernier, le port souple et naturel, monte un cheval fougueux, une peau de léopard en guise de selle.

De sa main droite, Louis XIV tient le bâton de commandement entièrement fleurdelisé, tandis que dans sa main gauche est glissé un harnais avec chaînons en or. Le rouge du harnais prolonge la cape du monarque volant au vent et rappelle les couleurs royales. Derrière le roi apparaissent ses troupes et la ville fortifiée de Maestricht, capitale du Limbourg, qu’il vient de prendre en à peine treize jours, à la stupéfaction de l’Europe entière. Baigné d’une vive lumière, Louis XIV majestueux se détache sur un fond sombre qui met parfaitement en valeur le roi de guerre, sa puissance et sa gloire.

Le cheval est alors depuis de très nombreux siècles un moyen pour les hommes d’afficher leur puissance et leur domination. Louis XIV poussera encore un peu plus loin cette association et, au travers d’un riche programme de statues équestres à son effigie, imposera l’image d’un roi cavalier, victorieux et absolu.
Le tableau de Pierre Mignard participe de cette politique d’affirmation de l’origine divine du pouvoir et du principe de sa domination sur les peuples. L’œuvre de très grand format joue de la même monumentalité que les statues équestres en bronze ou en pierre qui, dans la seconde partie du règne du Roi-Soleil, fleuriront au centre des places royales des grandes villes françaises.

Le tableau mélange adroitement les images du chef de guerre, de l’empereur romain et du prince souverain que Louis XIV incarne en dominant naturellement sa monture, comme il terrasse ses ennemis. Seul, le port altier regardant ses sujets sans arrogance, le fougueux monarque se veut l’unique artisan d’une victoire pourtant largement obtenue grâce aux innovations stratégiques de Vauban. La propagande royale s’affiche sans fard dans ce tableau lumineux et d’un adroit réalisme, et contribue à donner de Louis XIV, d’ailleurs excellent cavalier, l’image d’un monarque au sommet de sa puissance et de sa gloire.

· Daniel ROCHE, La Puissance et la gloire. Histoire de la culture équestre, XVIe-XIXe siècle, Paris, Fayard, 2011.

· Joël CORNETTE, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993.

· Nicolas CHAUDUN et alii, Le Cheval dans l’art, Paris, Citadelles & Mazenod, 2008.

Pascal DUPUY, « Louis XIV couronné par la Victoire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/louis-xiv-couronne-victoire

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