Aller au contenu principal
Le dôme central de la galerie des machines à l'exposition universelle de 1889

Le dôme central de la galerie des machines à l'exposition universelle de 1889

Date de création : 1890

Date représentée : 1889

H. : 198 cm

L. : 164,5

Huile sur toile

Domaine : Peintures

© CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Lien vers l'image

P 2314

Le Dôme central à l'exposition universelle de 1889

Date de publication : Septembre 2004

Auteur : Nicolas COURTIN

L’Exposition universelle internationale de 1889 à Paris

La quatrième Exposition universelle organisée en France célébra le centenaire de la Révolution française. 1889 fut une année décisive, selon l’expression de Maurice Agulhon, pour une France républicaine qui retrouvait sa place parmi les grandes puissances. Cette manifestation peut être considérée comme une campagne massive du gouvernement et de la Ville de Paris pour l’exaltation des valeurs républicaines. Avant de devenir « conservatrice », la nouvelle république montra le résultat de ses années fondatrices : ayant bâti un empire colonial conséquent, elle a fait oublier l’invasion prussienne et la Commune, a surmonté une crise économique profonde et se montre toujours capable d’offrir au monde les fruits de ses multiples talents artistiques.
L’architecture, placée sous la direction technique de Jean-Charles Alphand, fut le moyen d’illustrer ce discours officiel. Le résultat fut – comme à chaque exposition – tout à la fois, féerique, populaire, moderne et controversé.

Le dôme central

Sur des projets de Joseph Bouvard (architecte de la Ville, collaborateur régulier d’Alphand), le « dôme central » fut édifié sur l’axe majeur du Champ-de-Mars, ponctuant le fond du jardin en vis-à-vis de la tour Eiffel. Il donnait accès aux galeries des « Industries diverses » mais surtout à la « galerie de 30 mètres » qui menait au spectaculaire palais des Machines. Le dôme devint l’articulation principale entre les divers bâtiments de l’Exposition ; ne servant pas à la présentation d’œuvres, il était destiné, selon Alphand, « à frapper l’imagination du visiteur, à servir, en quelque sorte, de frontispice aux splendeurs qui allaient se dérouler sous ses yeux[1] ».

Béroud montre ce vestibule vu depuis la « galerie de 30 mètres ». Le premier plan laisse deviner quelques-unes des pièces présentées dans cette « grande avenue de l’industrie nationale[2] ». La monumentale arcade qui la sépare du dôme comporte une coursive qui permet aux visiteurs de faire tout le tour du pavillon et forme un balcon d’où ils ont une vue d’ensemble sur la galerie comme, à l’opposé, sur la perspective du Champ-de-Mars visible à travers le mur de verre qui ferme le dôme du côté de la tour Eiffel – que le peintre laisse deviner au fond de sa composition.
Au tambour du dôme, les peintres Lavastre et Carpezat ont représenté le défilé des nations qui ont répondu à l’invitation de la France, conseillée par la Paix, le Progrès, le Travail et la Science.
Les couleurs chaudes du tableau de Béroud évoquent le somptueux décor du dôme, très marqué par l’orientalisme, qui eut abondamment recours à la dorure (verrières de la coupole, fond de la frise du tambour, ornements divers…).

Le rendez-vous avec la modernité ?

L’exposition de 1889 consacra le triomphe de l’architecture métallique, « proclamant la modernité de la France industrielle parvenue au faîte de sa puissance[3] ». Aux côtés de l’exceptionnelle salle des Machines, le dôme central participa à ce succès et connut les faveurs du public par son « luxe lourd et voyant[4] ».
Mais, si la structure relevait d’une maîtrise remarquable de l’art de la charpenterie métallique, le décor appartenait au répertoire conventionnel, généreusement imprégné du style de Charles Garnier. « C’est le triomphe de la mosaïque, de la faïence, de la brique émaillée, du fer peint en chocolat beurré et en bleu ; c’est l’affirmation de la polychromie la plus ardente ; c’est lourd et criard, emphatique et mesquin[5] »
À la différence de Formigé pour les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, Bouvard n’a pas su donner au dôme un décor qui allât avec la modernité de sa structure. En ne considérant pas le métal comme l’élément constitutif et déterminant de son architecture, en le traitant comme la pierre, il ne s’est pas ouvert à la modernité que ses confrères dévoilaient à ses côtés. À l’image d’une IIIe République trop sûre d’elle ?
Cependant, ce carrefour de l’Exposition était devenu l’endroit mondain que Béroud choisit pour montrer, grâce à des figures types – dames, militaires, Français des colonies… – une France élégante et sûre d’elle, internationale et raffinée.

 

Jean-Charles Adolphe Alphand Exposition universelle de 1889 à Paris. Monographie Paris, Mengès-Éditions du Patrimoine, 1892-1895.

Pascal Ory L’expo universelle Bruxelles, Complexe, 1989.

Catalogue de l’exposition 1889. La tour Eiffel et l’exposition universelle Paris, musée d’Orsay, 1989

[1] Jean-Charles Adolphe Alphand, Exposition universelle de 1889 à Paris. Monographie, p. 383.

[2]. Jean-Charles Adolphe Alphand, Exposition universelle de 1889 à Paris. Monographie, p. 383.

[3] François Loyer, Histoire de l'architecture française de la Révolution à nos jours, p. 179.

[4] Eugène Melchior de Vogüé, Remarques sur l'exposition du centenaire, Paris, 1889.

[5] Joris-Karl Huysmans, " Le fer ", in Certains, p. 345.

Nicolas COURTIN, « Le Dôme central à l'exposition universelle de 1889 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/05/2024. URL : histoire-image.org/etudes/dome-central-exposition-universelle-1889

Anonyme (non vérifié)

Très bon article mais plus axé sur le dôme central que sur la peinture en elle même...

ven 07/03/2014 - 11:41 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Le port militaire d’Etretat

Le port militaire d’Etretat

Protection de l’estuaire de la Seine

Les projets d’aménagement sont nombreux pour des ports le long non des côtes ou le long de sur la Seine. Le…

Le vieux Paris - la photographie documentaire

Le vieux Paris - la photographie documentaire

Mutations urbaines

« Dehors, des thèmes populaires finement écrits pour des instruments variés, depuis la corne du raccommodeur de porcelaine ou…

Le vieux Paris - la photographie documentaire
Le vieux Paris - la photographie documentaire
Le vieux Paris - la photographie documentaire
Les Halles de Paris à travers l'histoire

Les Halles de Paris à travers l'histoire

Origine des halles de Paris

Les origines des halles de Paris remontent à 1135, date à laquelle Louis VI le Gros décide de créer un marché sur le…

Les Halles de Paris à travers l'histoire
Les Halles de Paris à travers l'histoire
La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale

La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale

La notion de patrimoine

L’acharnement des sans-culottes révolutionnaires contre les monuments de l’Ancien Régime qui abritaient les emblèmes de…

La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale
La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale
La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale
Un passé recréé : Pierrefonds

Un passé recréé : Pierrefonds

D’une forteresse à une folie architecturale

Construit à la fin du XIVe siècle pour Louis de Valois, frère de Charles VI, Pierrefonds…

Un passé recréé : Pierrefonds
Un passé recréé : Pierrefonds
Un passé recréé : Pierrefonds
Versailles

Versailles

La seule vision de ces bâtiments évoque l’absolutisme et le classicisme. Versailles est aujourd’hui un élément constitutif, inamovible et…

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe

Une « maison de rapport » édifiée sous le Directoire

Une sanglante « bavure », dénoncée par Daumier, a rendu tristement célèbre la maison du 12…

Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Rue Transnonain, une maison à Paris sous Louis-Philippe
Le Pont au Change

Le Pont au Change

Les ruines de la ville

Ce tableau illustre l’une des grandes facettes de la vie d’artiste d’Hubert Robert, celle du peintre de la réalité urbaine…

Visions de la Tour Eiffel

Visions de la Tour Eiffel

La tour Eiffel, symbole de Paris et de la France, paraît intemporelle. Mais l’unanimité que suscitent aujourd’hui ses 321 mètres donnent lieu ne…

Visions de la Tour Eiffel
Visions de la Tour Eiffel
Visions de la Tour Eiffel
Visions de la Tour Eiffel
La prise de Constantinople par les croisés

La prise de Constantinople par les croisés

Louis-Philippe, intronisé « roi des Français » le 9 août 1830 après les Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830), était féru d’histoire comme tout…