La Toussaint.

La Toussaint.

Le pain bénit

Le pain bénit

La Toussaint.

La Toussaint.

Auteur : FRIANT Emile

Lieu de conservation : musée des Beaux-Arts (Nancy)
site web

Date de création : 1888

Date représentée : 1er novembre

H. : 254 cm

L. : 334 cm

huile sur toile. La scène se situe à l'entrée au cimetière de Pré ville à Nancy, le jour de la Toussaint.

© Musée des Beaux-Arts de Nancy - Photo C. Philippot

Lien vers l'image

Être catholique à la fin du XIXe siècle

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Ivan JABLONKA

Au XIXe siècle, on observe une désaffection à l’égard de l’Église, un détachement qu’ont préparé l’essoufflement de la pratique religieuse dès les années 1760 (surtout dans les villes), la crise du clergé et la déchristianisation forcée de l’an II. « Le travail industriel, l’usine ou la manufacture, la ville ont eu sur la fidélité religieuse des populations urbaines des effets négatifs » (R. RÉMOND, Le XIXe siècle, 1815-1914, Seuil, 1974, p. 203).

Une fois au pouvoir, les républicains, contre lesquels l’Église a lutté avant et après le Syllabus, s’efforcent de laïciser l’État. En 1880, les congrégations non autorisées sont interdites et l’obligation du repos dominical est supprimée. Deux ans plus tard, l’école primaire devient laïque. En 1886, le personnel des écoles primaires publiques est laïcisé à son tour. Certes, la majorité des Français restent attachés à l’Église, mais, dans un tel contexte, la question de la manifestation de l’identité religieuse devient problématique.

Ces deux tableaux nous renseignent sur la pratique des catholiques dans les années 1880.

Émile Friant (1863-1932), qui commence sa carrière dans l’atelier de Cabanel, se réclame d’Ingres tout en étant influencé par Bastien-Lepage ; La Toussaint, présenté au Salon de 1889, représente une famille qui se dirige d’un pas assuré vers l’entrée d’un cimetière. La Toussaint, fête de « tous les saints » célébrée le 1er novembre, est liée à la commémoration des défunts qui a lieu le lendemain. À l’occasion de cette fête populaire, la famille bourgeoise d’Émile Friant, tout de noir vêtue, va fleurir la tombe de ses proches ; la petite fille en tête du cortège s’apprête à faire l’aumône à un mendiant.

On retrouve la même précision naturaliste et le goût du détail dans le tableau de Dagnan-Bouveret (1852-1929), un élève de Gérôme et de Cabanel qui expose dans les Salons à partir de 1875. L’usage du pain bénit a lieu à la fin de la messe, après la communion, lorsqu’on distribue aux fidèles une petite collation, morceau de pain ou de gâteau. L’enfant de chœur passe dans les rangs, occupés par des femmes habillées en noir et plutôt âgées. La scène se situe dans une petite église rurale qui, à voir le mauvais état du mur, est peu entretenue. Elle semble donc à l’écart des évolutions à l’œuvre : un grand mouvement d’embellissement des lieux de culte se produit dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au même moment, de vastes édifices néogothiques voient le jour et de nouveaux matériaux sont utilisés, comme le ciment armé à Saint-Jean-l’Évangéliste de Montmartre.

Dans ces tableaux, l’attention est portée non pas sur le clergé ou la pompe de l’office, mais sur les fidèles dont la pratique ordinaire est figurée avec réalisme. Les femmes qui mangent le pain bénit et la famille endimanchée en route vers le cimetière sacrifient sans honte à la tradition.

Cependant, on doit remarquer que, dans ces scènes, les hommes sont peu présents. En France, les taux de pratique des femmes sont beaucoup plus importants. Comme fidèles, religieuses ou enseignantes, elles participent à une « féminisation du catholicisme » au XIXe siècle : l’historien G. Cholvy va jusqu’à écrire que « c’est par l’Église et ses œuvres que de nombreuses femmes exercent une influence hors du cercle familial » (G. CHOLVY, Être chrétien en France au XIXe siècle, 1790-1914, Seuil, 1997, p. 48), surtout après la laïcisation du personnel des écoles primaires en 1886.

Les enfants jouent aussi un rôle notable. L’enfant de chœur et les deux fillettes viennent rappeler que les jeunes sont bien catéchisés dans les campagnes (mieux que les petits citadins et mieux que les générations nées au milieu du siècle). À partir de 1882, le catéchisme doit être appris en dehors de l’école, ce qui explique le développement des catéchismes volontaires.

Ces deux tableaux tempèrent l’idée d’une déchristianisation radicale. On doit plutôt considérer que la foi a été soumise à des cycles : reflux pendant la Révolution, réveil aux temps romantiques, décrue à l’époque républicaine positiviste, renouveau spiritualiste après la séparation de l’Église et de l’État en 1905.

Gérard CHOLVY, Yves-Marie HILAIRE, Histoire religieuse de la France contemporaine, 1880-1930, t. 2, Privat, 1985.

Gérard CHOLVY, Être chrétien en France au XIXe siècle, 1790-1914, Paris, Le Seuil, 1997.

François LEBRUN (dir.), Histoire des catholiques en France du XVe siècle à nos jours, Toulouse, Privat, 1980.

Jacques LE GOFF, René RÉMOND (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 3.

Philippe JOUTARD, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, Le Seuil, 1991.

Jean-Marie MAYEUR (dir.), Histoire religieuse de la France, XIXe-XXe siècle. Problèmes et méthodes, Paris, Beauchesne, coll. « Bibliothèque Beauchesne », 1975.

Claude SAVART, Les Catholiques en France au XIXe siècle. Le témoignage du livre religieux, Paris, Beauchesne, coll. « Théologie historique », 1985.

Ivan JABLONKA, « Être catholique à la fin du XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/etre-catholique-fin-xixe-siecle

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