Apothéose aux funérailles de Thiers.

Apothéose aux funérailles de Thiers.

Date de création : 1877

Date représentée : septembre 1877

H. : 395

L. : 545

Huile sur toile. œuvre réalisée en collaboration avec Jean-Baptiste Edouard DETAILLE

© Château de Versailles, Dist. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin

Lien vers l'image

MV 6998 - 21-514381

Funérailles et Apothèose de Thiers, La France pleurant devant son corps

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS

L’hommage au grand homme

A sa mort, en septembre 1877, Thiers présentait une figure ambivalente. Sa longue carrière avait été celle d’un libéral, mais il avait été l’une des figures fondatrices de la monarchie de Juillet avant d’instaurer, après 1870, un régime républicain et de régler le conflit franco-prussien. Aussi sa popularité était-elle grande, et elle se montra durable, dans l’ensemble de la France, à l’exception notable des faubourgs et des quartiers populaires de Paris, où il resta le « fusilleur de la Commune ». Il laissait également une œuvre considérable d’historien, avec son Histoire de la Révolution française (1827) et son Histoire du Consulat et de l’Empire(1845-1862). Sans conséquences politiques – son rôle actif était en fait terminé depuis1873 –, sa mort souleva cependant une forte émotion, ce que cherche à rendre la vaste composition de Vibert et Detaille.

Une composition allégorique

Pour cette toile de très grandes dimensions, les deux artistes emploient un langage allégorique qui accumule des éléments réalistes – employés pour leur portée symbolique – et purement imaginaires. Thiers gît sur sa couche mortuaire, avec toutes ses décorations, françaises (notamment le grand cordon de la Légion d’honneur) et étrangères, un crucifix sur la poitrine. Il est enveloppé dans les plis du drapeau tricolore que tient, à ses pieds, une femme figurant la France en deuil. A droite la figure de la Renommée étend sa main droite au-dessus du grand homme, alors que son bras gauche est levé vers le ciel. Au premier plan, un amas de couronnes mortuaires et de bouquets de fleurs. En contrebas, à gauche, les troupes défilent en hommage au défunt Président, au fond, la silhouette du panorama de Paris se détache sur un ciel assombri, mais dans lequel plane le fantôme des armées de la Révolution et de l’Empire, souvenir des travaux historiques de Thiers.
La toile reçut au Salon de 1878 un accueil mitigé, non pas pour sa signification (Thiers, avec Victor Hugo, Gambetta, Sadi Carnot, fut une des grandes figures magnifiées par l’imagerie républicaine), mais pour son style et sa composition : le réalisme tendait désormais à l’emporter sur l’allégorie, moins comprise, jugée vieillie et de peu d’effet.

On remarquera néanmoins la présence des armées révolutionnaires et napoléoniennes. D’un point de vue purement esthétique, Edouard Detaille en a repris plusieurs fois l’idée, avec plus de succès, en particulier avec Le Rêve exposé au Salon de 1888 (Paris, musée d’Orsay), qui, conçu en pleine période boulangiste, marqua aux yeux de tous le redressement de l’armée française, et sa grande peinture murale du Panthéon, La Chevauchée de la gloire (1905), où, selon l’artiste lui-même, « les cavaliers et les fantassins qui se ruent vers la gloire, apportant par brassées les trophées conquis, ce sont les gens de Jemmapes et ceux de Valmy, les grenadiers à cheval de Marengo, les chasseurs et mamelucks d’Austerlitz, dragons d’Espagne et fantassins d’Egypte, hussards d’Iéna ou cuirassiers de Montmirail et de Champaubert, tous chargés de leur glorieux butin ». L’assimilation était évidente entre les armées victorieuses de la Révolution et de l’Empire et celles de la IIIe République, qui préparaient la revanche.

Claire CONSTANS, Musée national du château de Versailles.Les Peintures 2 vol., Paris, RMN, 1995.Pierre GUIRAL Adolphe Thiers ou De la nécessité en politique Paris, Fayard, 1986.Jean-Marie MAYEUR Les Débuts de la Troisième république Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1973.

Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS, « Funérailles et Apothèose de Thiers, La France pleurant devant son corps », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 09/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/funerailles-apotheose-thiers-france-pleurant-devant-son-corps

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Une caricature d'Adolphe Thiers en 1871

Le gouvernement de la Défense nationale, mis en place après la chute du Second Empire, veut organiser au plus vite l’élection d’une Assemblée…

Thiers proclamé "Libérateur du Territoire" lors de la séance de l'Assemblée Nationale

Thiers proclamé « Libérateur du Territoire », le 16 juin 1877

La fin d’une longue carrière

Au début de la IIIe République, Adolphe Thiers achève une longue carrière politique commencée sous la Restauration.…

Louis-Adolphe Thiers (1797-1877), président de la République française

Au début de la IIIe République, régime qu’il a contribué à instaurer, Adolphe Thiers termine une longue carrière politique commencée sous la…

Louis Napoléon, Président de la République et futur empereur

Le 9 juin 1850, la Ville de Saint-Quentin recevait le prince Louis Napoléon Bonaparte, unique président de la IIe République.
Le 10 décembre…

La liberté d'enseignement et la loi Falloux

La question de l’enseignement en 1848

Sous la monarchie de Juillet, les défenseurs des prérogatives de l’État en matière d’enseignement s’opposent…

La liberté d'enseignement et la loi Falloux
La liberté d'enseignement et la loi Falloux
Le suffrage universel - Marie-Cécile Goldsmid

Le suffrage universel, estampe dédiée à Ledru-Rollin

La république selon la citoyenne Goldsmid

Avec la révolution de février 1848, la France connaît une ébullition éditoriale. Journaux et images…

Appel des dernières victimes de la Terreur à la prison Saint Lazare

A l’été 1794, la « Grande Terreur », mise en place par les

lois de prairial an II (mai 1794)[1], sévit impitoyablement. La guillotine…

4 septembre 1870 : la République est de retour

Les dernières heures du second Empire

Lorsque la nouvelle de la capture de Napoléon III suite à la défaite de Sedan arrive à Paris, un certain…

Funérailles et Apothèose de Thiers, La France pleurant devant son corps

L’hommage au grand homme

A sa mort, en septembre 1877, Thiers présentait une figure ambivalente. Sa longue carrière avait été celle d’un libéral,…

Un “ canard ” républicain (1833)

Adolphe Thiers, chargé des prisons en 1833, comme secrétaire d’état au Commerce et aux Travaux publics, décide de faire de la prison centrale du…

Un “ canard ” républicain (1833)
Un “ canard ” républicain (1833)
Un “ canard ” républicain (1833)