Fleurs, fruits et légumes du jour - La poire - M. Thiers.

Fleurs, fruits et légumes du jour - La poire - M. Thiers.

Date de création : 1871

Date représentée : 1871

H. : 28,2 cm

L. : 22,5 cm

Lithographie en couleurs. Légende : Vingt et un départements l'ont élu député. / Il n'est pas de succès pareil dans notre histoire. / Thiers voudrait rester froid ; mais radieux, enchanté, / Malgré lui-même, il fait sa poire.

© MuCEM, Dist. RMN - Grand Palais / image MuCEM

Lien vers l'image

1996.26.10 - 16-592857

Une caricature d'Adolphe Thiers en 1871

Date de publication : mai 2006

Auteur : Nathalie JANES

Le gouvernement de la Défense nationale, mis en place après la chute du Second Empire, veut organiser au plus vite l’élection d’une Assemblée nationale constituante afin d’asseoir sa légitimité. La guerre avec la Prusse rend impossible la tenue du scrutin. Ce n’est qu’en février 1871 que des élections se tiennent. L’enjeu essentiel est moins la forme du nouveau régime que la question du règlement du conflit. Opposés à la poursuite d’une guerre et d’une occupation très éprouvantes, les Français élisent une large majorité de députés favorables à la signature de la paix avec l’ennemi. Or ces 675 nouveaux élus sont pour la plupart monarchistes (220 orléanistes et 180 légitimistes ; seuls 250 députés étant républicains). Parmi ces derniers, la division règne entre radicaux, partisans de la poursuite du conflit, et modérés. Agé de 74 ans, Thiers a été l’un des principaux serviteurs de la monarchie de Juillet avant d’être le chef de l’opposition libérale sous le Second Empire en réclamant les « libertés nécessaires ». Il apparaît ainsi comme un homme de compromis, susceptible de recueillir la confiance d’une majorité de députés, au-delà des clivages politiques.

Le journal L’Eclipse édite le 14 février 1871 la caricature d’Adolphe Thiers présenté aux côtés de quelques grandes figures parmi les élus monarchistes, majoritaires à l’Assemblée nationale. Assimilé à la famille d’Orléans, Adolphe Thiers porte une grosse poire représentant Louis-Philippe tandis que les fils du souverain sont placés sur une étagère, allusion directe à une éventuelle succession au trône.
Thiers ayant contribué à l’établissement de la monarchie de Juillet, Alfred Le Petit rappelle les anciennes affinités du politicien en réutilisant l’iconographie de la célèbre caricature de Louis-Philippe parue dans Le Charivari du 17 janvier 1834. Le dessinateur décline ici cette image à succès, usant de sa très grande popularité.
Il reprend la métamorphose du visage de Louis-Philippe en forme de poire de Charles Philipon pour caractériser Adolphe Thiers, comme l’avaient aussi fait Faustin dans Thiers. La reine des poires cuites ! ainsi que le caricaturiste Fréville. La poire, métaphore d’une monarchie bourgeoise, a marqué les esprits au-delà de l’anecdote. Champfleury disait d’ailleurs de Philipon, fondateur du journal Le Charivari, qu’il « a personnifié en lui, j’allais dire a créé, la caricature politique, l’une des forces les plus vives de l’argumentation ».
Ayant lui-même collaboré au Charivari et au Journal Amusant (dont le directeur était le fils de Philipon), Le Petit manifeste dans cette caricature son adhésion aux idées et au style de son prédécesseur. Cette filiation dans l’histoire de la caricature politique témoigne d’une part de l’impact de la presse de l’époque sur la population et, d’autre part, sur ses acteurs eux-mêmes.

Ces deux journaux faisaient partie de la presse satirique sous le Second Empire. L’Eclipse et La Lune marquent les années suivantes. Mais la guerre de 1870 contre la Prusse affaiblit la presse : L’Eclipse tient en une feuille tandis que Le Charivari réduit son format. Certains caricaturistes tel Le Petit créent des journaux de résistance comme La Charge. Le combat se poursuivra après la défaite de Sedan et durant la Commune. Des feuilles volantes, imprimées clandestinement, déferleront sur Paris jusqu'à la semaine sanglante que fixeront Le Petit et Moloch.

La presse écrite de cette époque joua un rôle non négligeable dans les événements qui marquèrent l’avènement de la IIIe République. Les lois plus libérales de 1866 avaient favorisé un nouvel essor politique. La fin de l’Empire connut une recrudescence de l’opposition et une restructuration du parti républicain qui entraîna une nouvelle liberté d’expression de la presse étouffée sous le Second Empire par la censure. A ses côtés, la caricature est une « arme politique » qui produit son effet au premier regard. En février 1871, les Parisiens, ulcérés par la défaite, subissent encore très durement les conséquences du siège prussien. Isolés par rapport à une majorité de Français qui se sont prononcés en faveur de la paix, les Parisiens, très largement républicains, souhaitent la poursuite des combats. Parallèlement, en réaction contre l’Empire, la capitale pratique une liberté de la presse et de réunion à peu près totale. D’où ce rejet très vif qui se manifeste sans retenue à l’égard d’un homme qui incarne la prudence et l’esprit de compromis de cette monarchie de Juillet dont il a été l’un des principaux serviteurs.

Annie DUPRAT Histoire de France par la caricature Paris, Larousse, 1999.

Pierre GUIRAL Adolphe Thiers ou De la nécessité en politique Paris, Fayard, 1986.

Jean-Marie MAYEUR Les Débuts de la IIIe République 1871-1898 Paris, Seuil coll. « Points Histoire », 1973.

Marcus OSTERWALDER Dictionnaire des illustrateurs tome II « 1800-1914 » Neuchâtel, Ides et Calendes, 2000.

Bertrand TILLIER La Républicature, la caricature politique en France 1870-1914 Paris, Editions du CNRS, 1997.

Nathalie JANES, « Une caricature d'Adolphe Thiers en 1871 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/caricature-adolphe-thiers-1871

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Louis Napoléon, Président de la République et futur empereur

Le 9 juin 1850, la Ville de Saint-Quentin recevait le prince Louis Napoléon Bonaparte, unique président de la IIe République.
Le 10 décembre…

Appel des dernières victimes de la Terreur à la prison Saint Lazare

A l’été 1794, la « Grande Terreur », mise en place par les

lois de prairial an II (mai 1794)[1], sévit impitoyablement. La guillotine…

Le salon de la princesse Mathilde

Régime décrié depuis la défaite de Sedan qui l’a mis à l’index de l’Histoire, le Second Empire n’en reste pas moins une période de profondes…

Une caricature d'Adolphe Thiers en 1871

Le gouvernement de la Défense nationale, mis en place après la chute du Second Empire, veut organiser au plus vite l’élection d’une Assemblée…

Mac Mahon, maréchal et duc d'Empire

Maréchal et duc d’Empire

Issu d’une famille d’origine irlandaise, Mac-Mahon est sorti de Saint-Cyr en 1827 avant d’acquérir une brillante…

Portraits-charges des célébrités du juste milieu

Les bustes-charges des “ Célébrités du juste milieu ” et les lithographies qui en découlent remontent aux débuts de la monarchie de Juillet. Leur…

Portraits-charges des célébrités du juste milieu
Portraits-charges des célébrités du juste milieu
Portraits-charges des célébrités du juste milieu
Portraits-charges des célébrités du juste milieu

Le chemin de fer, symbole d’une nouvelle révolution industrielle

Symbole de la révolution industrielle naissante, le chemin de fer se développe en France à partir des années 1820. Longtemps considéré comme une…

Le procès des communards

La répression judiciaire de la Commune

Dès la « Semaine sanglante », avec l’entrée des troupes versaillaises dans Paris, les soldats des généraux…

Le procès des communards
Le procès des communards
 4 septembre 1870

4 septembre 1870 : la République est de retour

Les dernières heures du Second Empire

Lorsque la nouvelle de la capture de Napoléon III suite à la défaite de Sedan arrive à Paris, un certain…

Victor Hugo (1802-1885), une légende dans le siècle

La révolution de 1848 marqua un tournant dans la vie de Victor Hugo, qui commença alors une carrière politique. Le 2 décembre 1851, le poète tenta…