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Etude de tête pour le monument du Titanic.

Etude de tête pour le monument du Titanic.

Date représentée :

H. : 31,5 cm

L. : 20,5 cm

Marbre noir. En dépôt au musée national de la Coopération Franco-américaine de Blérancourt.

Domaine : Sculptures

© Photo CNAC/MNAM Dist. RMN - Grand Palais - © Droits réservés

http://www.photo.rmn.fr

23-004260 / JP59S

Gertrude Vanderbilt Whitney

Date de publication : Avril 2007

Auteur : Alain GALOIN

Née à New York en 1875 dans un milieu fortuné - elle était la fille du richissime Cornélius Vanderbildt II, et une héritière convoitée -, Gertrude Vanderbildt épousa en 1896 le séduisant Harry Payne Whitney, financier et joueur de polo. Mal à l’aise dans la haute société new-yorkaise, qui était pourtant son milieu d’origine, elle ambitionnait de devenir sculpteur, encouragée dans cette voie par un ami, le peintre Howard Cushing (1869-1916). Elle aurait aimé travailler sous la direction d’Augustus Saint-Gaudens (1848-1907) ou de Daniel Chester French (1850-1931), mais elle acquit finalement la maîtrise de son art en suivant l’enseignement de Hendrick Christian Andersen (1872-1940) et de Andrew O’Connor (1846-1924), qui l’incita à se tourner vers la sculpture monumentale. En 1907, elle installa son atelier dans Greenwich Village, à New York. Elle effectua plusieurs voyages en Europe, en Grèce, à Rome et surtout à Paris. Elle ouvrit un atelier à Passy et elle fréquenta assidûment les milieux artistiques de Montmartre et de Montparnasse. Elle y rencontra Auguste Rodin (1840-1917) qu’elle admirait et dont elle avait subi l’influence dès ses premières œuvres.
Outre son activité créatrice, Gertrude Vanderbildt Whitney était également - comme Peggy Guggenheim (1898-1993) - un mécène. Elle employa sa fortune considérable à aider et à encourager les jeunes artistes américains. En 1918, elle créa à New York, à proximité immédiate de son propre atelier, le Whitney Studio Club, une galerie d’exposition qui était également un lieu de rencontres et d’échanges. Elle réunit une collection de quelque six cents œuvres d’art, tant peintures que sculptures, et voulut en faire don au Metropolitan Museum, qui la refusa. Elle décida alors de fonder son propre musée : en 1931, le Whitney Museum of American Art ouvrit ses portes dans la 8e rue de New York. Par son action en faveur des jeunes artistes, elle favorisa l’émergence d’une esthétique américaine originale, dégagée des influences artistiques européennes.

La sculpture monumentale occupe une place importante dans l’œuvre de Gertrude Vanderbildt Whitney et ses réalisations sont nombreuses. Citons, entre autres : la fontaine Aztèque (1910, patio du Pan American Building de Washington), la fontaine Arlington (1910, Whitney Museum), la fontaine El Dorado (Lima, Pérou), la statue équestre de Buffalo Bill (1924, Parc national de Yellowstone), le mémorial de Christophe Colomb (port de Palos, en Espagne), la statue de Peter Stuyvesant (1939, Stuyvesant Square, New York)…
Gertrude Vanderbildt Whitney a réalisé cette étude de tête pour un monument dédié aux victimes du naufrage du Titanic survenu dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large des côtes de Terre-Neuve. Le célèbre transatlantique, le plus grand et le plus luxueux jamais construit, effectuait alors sa première traversée, des côtes anglaises vers New York. Il y eut 1 500 victimes sur les 2 200 passagers. De nombreux hommes périrent en laissant leurs places aux femmes et aux enfants dans les canots de sauvetage et le monument commémore particulièrement leur geste généreux. Le mémorial dans son ensemble est simplement constitué d’un haut socle quadrangulaire, surmonté de la statue colossale d’un homme debout, les bras en croix, et dont la face levée vers le ciel, orientée vers l’Est, symbolise la Résurrection. Il est communément admis que le sculpteur s’est inspiré du visage de son frère, Alfred Vanderbildt, lui-même tragiquement disparu dans le naufrage du Lusitania, paquebot anglais torpillé par un sous-marin allemand, le 7 mai 1915, au large des côtes de l’Irlande. Erigé le 26 mai 1931, le Mémorial du Titanic se trouve aujourd’hui dans Channel Park, à Washington.

Pendant de longues décennies, les grands collectionneurs et les musées américains n’eurent d’yeux que pour l’art européen. Ainsi, dans les années vingt et trente, le célèbre amateur d’art Earl Horter amassa un véritable trésor constitué d’œuvres signées Picasso, Braque, Duchamp ou Brancusi. On pourrait multiplier à l’infini les noms de ces esthètes avisés d’outre-atlantique qui ont su donner à l’art européen une dimension tout à la fois marchande et universelle.
Gertrude Vanderbildt Whitney est, semble-t-il, la première collectionneuse à s’être intéressée à l’art américain proprement dit. Tout en apportant son aide à des artistes européens d’avant-garde comme le sculpteur Constantin Brancusi (1876-1957), elle considère que l’art américain ne doit plus être une annexe provinciale de son grand frère européen et qu’il doit acquérir sa propre autonomie. Elle crée une véritable communauté d’artistes qu’elle aide financièrement, qu’elle encourage et qu’elle expose dans son Whitney Studio Club. Des artistes comme John Sloan, Robert Henri, Edward Hopper, Peggy Bacon, Marguerite Zorach, Stuart Davis - qui sont maintenant considérés comme de vieux maîtres américains - lui doivent incontestablement leur notoriété. Ce premier art véritablement américain demeure attaché à un réalisme de bon aloi. Alors que l’Europe a déjà vu défiler les vagues de l’Impressionnisme, du Fauvisme et du Cubisme, les peintres américains brossent de jolis portraits ou des scènes de la vie mondaine. Le même conservatisme marque la sculpture qui reste néanmoins influencée par la manière de Rodin : The Promenade, de Maurice Prendergast, n’est que la version longiligne du célèbre Baiser. L’art américain passe par une phase isolationniste avant que ne se produise, pendant les années vingt et trente, une véritable explosion dans tous les domaines d’une création enfin ouverte à l’étranger. Ces années-là voient la naissance de la culture américaine telle que nous la connaissons aujourd’hui.

B.H.FRIEDMANGertrude Vanderbildt Whitney : A BiographyNew York, 1978.Bernard GENIES « Comment un nain culturel est devenu un géant - Art : des petits maîtres aux grands marchands »in Le Nouvel Observateur, n° 1804, 3 juin 1999.Charlotte Streifer RUBINSTEINAmerican Women Sculptors, A History of Women Working in Three DimensionsBoston, 1990.

Alain GALOIN, « Gertrude Vanderbilt Whitney », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17/06/2024. URL : histoire-image.org/etudes/gertrude-vanderbilt-whitney

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