Visite du Ku Klux Klan

Visite du Ku Klux Klan

Initiation - Ku Klux Klan

Initiation - Ku Klux Klan

Croix enflammée - Ku Klux Klan

Croix enflammée - Ku Klux Klan

Carte des États-Unis

Carte des États-Unis

Visite du Ku Klux Klan

Visite du Ku Klux Klan

Date de création : 1872

Date représentée : 1870-1888

H. : 40 cm

L. : 27 cm

Illustration du Harper's weekly, v. 16, no. 791 (24 février 1872), p. 160.

Gravure sur bois

Domaine Public © CC0 Library of Congress

Lien vers l'image

Illus. in AP2.H32 1872 (Case Y) [P&P]

  • Visite du Ku Klux Klan

Ku Klux Klan

Date de publication : Décembre 2022

Auteur : Alexandre SUMPF

De la ségrégation en Amérique

Lorsque Franck Bellew (1828-1888) publie sa gravure dans Harper’s Weekly, magazine illustré fondé à New York en 1867, le Ku Klux Klan est une toute jeune société secrète. Le phénomène né de la défaite des États confédérés (1) esclavagistes lors de la guerre civile américaine commence à frapper l’opinion du nord abolitionniste et, sans nul doute, le dessinateur anglais qui a émigré aux États-Unis en 1850 et collaboré très tôt au magazine. Souvent donné pour moribond, le mouvement raciste et suprémaciste blanc renaît toujours de ses cendres. Dans l’entre-deux-guerres, malgré la participation d’Africains-Américains à la guerre en Europe, le Klan mobilise les foules à visage (presque) découvert. Ses réunions publiques sont autorisées et les sympathisants se sentent suffisamment sûrs de leur bon droit pour qu’ils acceptent qu’un photographe anonyme du petit studio de photographie Hammond, installé dans deux cités du Mississipi, fixe l’événement sur pellicule. À mi-chemin entre les meetings haineux et les lynchages rageurs, les cérémonies nocturnes sont la marque de fabrique du Klan. Tout naturellement, le studio Harris & Ewing, ayant pignon sur rue à Washington depuis 1904 jusqu’à sa fermeture en 1977 cherche à en capter une image. George W. Harris en est le principal photographe, mais l’agence a recours à de nombreux freelance pour couvrir les événements à travers le pays – comme cette assemblée, que personne n’a réussi à situer jusqu’à présent.

Eux contre nous

La Visite du Ku Klux Klan est une gravure trompeuse. Une grande partie du dessin narre la banale soirée d’une famille afro-américaine : la mère cuisine dans l’âtre, son mari est assis à sa droite, sa fille l’observe à sa gauche, pendant qu’un garçon se penche sur son bol et que la benjamine ouvre grand ses yeux au milieu de la pièce. Les rideaux, la plante en pot, les trois images bon marché clouées au mur, les chaises dépareillées et l’unique bougie allumée suggèrent la pauvreté, la probité et la dignité. Seulement, la porte est ouverte sur la nuit et une silhouette masquée se détache, pointant son fusil sur l’homme assis. À bien y regarder, un deuxième masque se tient accroupi près de la porte tandis qu’un troisième surgit comme un spectre à la fenêtre. La scène de Ku Klux Klan Initiation n°2, cinquante ans plus tard, se déroule encore la nuit. La société secrète incorpore de nouveaux adeptes au cours d’une cérémonie qui prend place dans un stade, à en juger par les panneaux publicitaires qui bordent le terrain. Une bonne centaine de personnes ayant revêtu la casaque blanche à pointe font cercle autour d’un groupe central formé d’une vingtaine de civils et d’autres membres du Klan officiant. Tout autour, dans la lumière d’un projecteur puissant, se détachent des pancartes proclamant les valeurs (conservatrices) du Klan – au premier plan, « Chastity of Womanhood » (2). Des individus isolés, assis à intervalles réguliers, ponctuent l’obscurité de taches blanches : ce sont probablement ceux qui assurent la sécurité de la réunion en plein air. La (désormais) traditionnelle croix enflammée scintille à l’arrière-plan. Cette dernière sert aussi de marqueur à l’image réalisée pour le compte de Harris & Ewing en 1925. Seulement cette fois, personne n’est masqué. L’espace traduit une fois encore une hiérarchie visible : sur la tribune décorée de six drapeaux américains se tiennent des hommes en civil, une femme et au moins un membre du Klan en uniforme d’apparat. Assis en rangs serrés tout autour, en carré, les adeptes en costume blanc et cagoule (relevée) tiennent une multitude de bannières étoilées. Enfin, un troisième cercle accueille hommes, femmes et enfants du cru venus assister à cet événement au cœur d’une chaude nuit d’été.

Les cagoulés en pleine lumière

La Visite du Ku Klux Klan place le lecteur de Harper’s Weekly dans une tension insoutenable, une seconde avant que la scène vespérale paisible d’un intérieur modeste soit dévastée par la violence. Nous les voyons, nous pressentons ce qui va arriver, mais les victimes innocentes, elles, tournent le dos en toute confiance. Ces victimes ne sont pas seulement les anciens esclaves affranchis, mais les familles américaines, la propriété, la sécurité – tout l’édifice national. Malgré ce type de mise en garde précoce, la société agit au vu et au su de la police et des représentants du peuple, au sein d’États qui cultivent leur différence et arborent le drapeau confédéré. Les deux photographies nocturnes ont pour pendant les clichés pris lors de la grande marche du Klan à Washington le 13 septembre 1926. C’est qu’à la période du terrorisme dans les États du sud a succédé en 1915 un mouvement plus large, populaire dans l’ouest et le sud-ouest tout au long des années 1920. Les adhérents, souvent protestants, s’inspirent du film choc de D. W. Griffith, Naissance d’une nation (1915), et affirment lutter contre l’influence juive et catholique. Il s’agit alors de fraternités usant de mots en K et ajoutant au costume du premier Klan les croix en feu. Avec les défilés, ils cherchent à intimider leurs opposants et parviennent à faire élire au poste de gouverneur de l’Alabama l’un des leurs, Bibb Graves, en 1926. Mais l’année suivante, les excès de la vague de terreur dans l’État ruinent le mouvement. Les militants ont confondu cérémonial symbolique et action violente, dévoilant l’ampleur de la menace sur la démocratie américaine.

"Naissance d'une nation", une vidéo de France Culture

Farid Ameur, Le Ku Klux Klan, Paris, Larousse, 2009.

Pap Ndiaye, Les Noirs américains : De l’esclavage à Black Lives Matter, Paris, Tallandier, 2021.

Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Marseille, Agone, 2016.

1 - Guerre de Sécession : onze états du sud des États-Unis font sécession lors de l'élection à la présidence d'Abraham Lincoln, antiesclavagiste et qui proclama son abolition le 1er janvier 1863. Ils se regroupent en États confédérés et déclarent la guerre au nord en 1861, la guerre de Sécession se termine par la défaite des États confédérés en avril 1865.

2 - Chastity of Womanhood : chasteté de la féminité

Alexandre SUMPF, « Ku Klux Klan », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08/02/2023. URL : histoire-image.org/etudes/ku-klux-klan

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