Louis XIV écrasant la Fronde

Louis XIV écrasant la Fronde

Auteur : GUÉRIN Gilles

Lieu de conservation : musée du Louvre (Paris)
site web

Date de création : 1653

Date représentée : 21 octobre 1652

H. : 53,5 cm

L. : 33 cm

terre cuite

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda

lien vers l'image

07-503361 / R.F. 4742

Louis XIV et la Fronde

Date de publication : Septembre 2015

Auteur : Jean HUBAC

Sortir de la Fronde

Le 27 mars 1653, la ville de Paris conclut avec le sculpteur Gilles Guérin un contrat pour l’édification d’une statue en pied du jeune Louis XIV destinée à illustrer en marbre blanc sa victoire sur la Fronde. Un modèle préparatoire est réalisé en miniature et en terre cuite par l’artiste, avant la sculpture de la statue elle-même. Celle-ci est inaugurée le 23 juin 1654 dans la cour d’un Hôtel de Ville restauré après les dégradations de la Fronde.

Gilles Guérin est à cette époque un artiste parisien confirmé qui bénéficie du statut de sculpteur ordinaire du roi. Il a travaillé sur le perpétuel chantier du Louvre et participera à la grotte de Téthys au château de Versailles. Son style conventionnel mais précis et très technique en fait un sculpteur apprécié.

L’année de l’inauguration de la statue est aussi celle du sacre du roi. La cérémonie n’eut effectivement lieu qu’en 1654, en raison de l’impossibilité de l’organiser durant les troubles de la Fronde. Refondation symbolique de la monarchie de droit divin, le sacre est l’occasion de célébrer la légitimité royale transmise par le sang dynastique. La statue pédestre de Louis XIV s’inscrit donc dans un contexte de célébration monarchique, à laquelle participe aussi le ballet Pelée et Thétis d’Isaac de Benserade, donné à la cour cette même année 1654 et mettant en scène Apollon (le roi) terrassant un Python (le désordre, la discorde).

Le triomphe royal sur la discorde

Le contrat du 27 mars 1653 prévoyait que le roi serait « habillé à l’antique en Caesar victorieux avec un manteau à la romaine semé de fleurs de lys, sa teste couronnée de laurier, tenant en sa main droite un spectre de mesme marbre avec lequel il montre avoir reduict la Mutinerie, foulant aux pieds une figure représentant la Rébellion de grandeur convenable et au naturel d’un fort jeune homme renfrogné de visage, armé d’un javelot et un cimier en teste auquel il y a une figure de chat, foulant un joug rompu ». Gilles Guérin a donc suivi de très près cette commande, se permettant de remplacer le chat du cimier, symbole de la trahison et du désaccord, par un rat, symbole du mal et de la division diabolique. Le sceptre est par ailleurs remplacé par une main de justice dans le modèle préparatoire, alors que la statue de marbre respecte sur ce plan la commande. Pour le reste, la fidélité confère au scrupule.

La statue pédestre représente donc un adolescent de quinze ans charismatique campé à la romaine, avec cuirasse à lambrequins et couronne de laurier. La chevelure lâchée et au naturel, le roi tient dans sa main droite une main de justice, tandis que sa main gauche maintient la garde de son épée rangée au fourreau – la lutte est achevée mais le roi reste vigilant, son devoir étant de protéger le royaume. L’allégorie de la Rébellion est à terre, la tête maintenue baissée par le pied royal. Sa défaite est en même temps une incontestable soumission qui rend vaine toute lutte. La symbolique royale s’entremêle avec l’héritage antique (les fleurs de lys sont présentes sur les festons de la cuirasse comme sur la longue cape), renvoyant ainsi simultanément à la légitimité (lys), à la souveraineté (sceptre-main de justice) et à la victoire (laurier-épée).
Gilles Guérin inscrit son œuvre dans une tradition : les emprunts artistiques sont en effet nombreux, depuis la statue d’Henri IV due à Nicolas Cordier (Saint-Jean de Latran) jusqu’à celle de Louis XIII au château de Richelieu.

Une œuvre de circonstance

En commandant cette œuvre, les échevins de Paris participent au programme de propagande monarchique statuaire. Ils cherchent aussi sans doute à se construire une image de fidélité au lendemain des troubles de la Fronde qui ont profondément divisé la scène politique parisienne de 1648 à 1652. Quelle meilleure preuve de loyauté que cette offrande érigée au cœur de la principale ville du royaume, qui s’est ouverte au roi le 21 octobre 1652 ?

Les œuvres iconographiques célébrant la victoire de Louis XIV sur la Fronde ne sont d’ailleurs pas nombreuses, comme si le roi avait voulu plonger dans l’oubli cette « maladie infantile de l’absolutisme » (D. Richet) qui a pour lui force d’expérience traumatique.

En 1687, accueilli à l’Hôtel de Ville, Louis XIV demande le retrait de la statue, considérant que sa thématique ne concorde plus avec l’apaisement politique de Paris. Le roi se serait exclamé : « Ôtez cette figure, elle n’est plus de saison ». Ce geste témoigne bien de la dimension politique de la statuaire royale, et donc de sa possible discordance avec une volonté royale qui a pu évoluer. S’il était nécessaire de rappeler en 1654 le venin de la discorde et le triomphe du roi sur les forces de la rébellion, ce message n’est plus de mise en 1687, alors que la France est engagée dans une politique de grandeur en Europe qui suscite le mécontentement de nombreux pays (la ligue d’Augsbourg se forme en 1686) et qui nécessite de s’allier les Parisiens, principaux pourvoyeurs de fonds dont la monarchie de guerre est toujours avide. Une statue pédestre réalisée par Antoine Coysevox vient donc remplacer celle de 1654, insistant sur les vertus pacificatrices du roi.

L’ironie veut que la famille Condé, dont les plus illustres représentants avaient frondé avant d’être venus à résipiscence, ait récupéré la statue de l’Hôtel de Ville de Paris et l’ait placée dans son château de Chantilly où elle est encore visible aujourd’hui.

BURKE Peter, Louis XIV : les stratégies de la gloire, Paris, Le Seuil, 1995.

CORNETTE Joël, Le roi de guerre : essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique », 1993.

MARIN Louis, Le portrait du roi, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1981.

MILOVANOVIC Nicolas, MARAL Alexandre (dir.), Louis XIV : l’homme et le roi, cat. exp. (Versailles, 2009-2010), Paris, Skira-Flammarion / Versailles, château de Versailles, 2009.

Jean HUBAC, « Louis XIV et la Fronde », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/louis-xiv-fronde

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