Mademoiselle de Montpensier tenant le portrait de son père

Mademoiselle de Montpensier tenant le portrait de son père

Date de création : vers 1672

H. : 175 cm

L. : 148 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot / Christian Jean

lien vers l'image

84-001222 / MV 3504

La Grande Mademoiselle

Date de publication : Mars 2018

Auteur : Jean HUBAC

Un portrait allégorique

Les portraits d’Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, sont nombreux et les peintres qui se livrèrent à l’exercice sont parmi les portraitistes les plus en vogue à la cour (Jean Nocret, Louis Elle l’Ancien, Pierre Mignard, atelier des frères Beaubrun).

Actif à Paris de 1671 jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes en 1685, Pierre Bourguignon réalise de la princesse un portrait en divinité antique au début des années 1670 pour saisir les traits saillants de son modèle, cédant ainsi à la mode du portrait allégorique si bien illustré par la toile de Jean Nocret représentant en 1670 la famille royale en « travestis mythologiques ». Campée en Diane-Lune, la Grande Mademoiselle occupait d’ailleurs au sein de cette vaste composition une place de choix auprès du roi-Apollon-Soleil.

Pierre Bourguignon recentre l’attention sur la Grande Mademoiselle et sur sa filiation, utilisant des motifs récurrents dans l’iconologie propre à la princesse, à savoir l’adjonction du portrait ovale de son père, Gaston d’Orléans, au cœur de la toile et le port d’armes. Son œuvre lui sert de morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1672. De facture classique, l’œuvre fait la part belle aux drapés et au travestissement allégorique.

La princesse Minerve, protectrice des arts

La figure de la Grande Mademoiselle se détache sur fond de lourde tenture bleue fleurdelisée galonnée d’or. Anne-Marie-Louise d’Orléans est ici travestie en Minerve, déesse de la guerre mais aussi de la ruse, de la sagesse et des arts. Elle porte un casque empanaché, complété par une cuirasse recouverte d’une cape orange qui vient l’enrober jusqu’aux pieds. Assise avec majesté, elle regarde au-delà du champ de la composition, dans un ailleurs peuplé de rêves de grandeur inassouvis.

Le bouclier aux armes de Méduse et la lance font le pendant guerrier des accessoires liés aux arts négligemment posés au sol : à gauche, des instruments de musique (c’est la Grande Mademoiselle qui a introduit Lully à la cour), à droite, des livres et un instrument de mesure géométrique devant un bas-relief antiquisant, L’Union de la Peinture et de la Sculpture, réalisé par Jacques Buirette en 1663 pour sa réception à l’Académie.

De sa main droite, la Grande Mademoiselle soutient un portrait ovale de son père, Gaston d’Orléans, fils d’Henri IV et turbulent frère cadet de Louis XIII. Le prince est peint dans la fleur de l’âge, à une époque où il se faisait une spécialité de participer aux complots ourdis contre le cardinal de Richelieu (années 1620 et 1630 en particulier). Sa représentation en armure en fait un double des vertus guerrières de la Grande Mademoiselle. Il s’agit d’inscrire la princesse de Montpensier dans une filiation par le sang et par les valeurs défendues – la folle liberté des baroques décrite par Jean-Marie Constant, et que la Fronde a donné l’occasion de vivre à la Grande Mademoiselle.

Une petite-fille de France

Née en 1627, Anne-Marie-Louise d’Orléans est consciente et imbue de sa naissance. Petite-fille d’Henri IV, fille de Monsieur (Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII) et cousine germaine de Louis XIV, héritière immensément riche et titrée (la plus fortunée du royaume, voire d’Europe, disait-on), elle jouit d’une liberté peu commune dans la France du Grand Siècle. Femme forte et indépendante au destin romanesque, elle affirme son autorité tout en ne parvenant pas à ancrer sa propre existence dans une continuité dynastique, puisqu’elle mourra en 1693 sans postérité.

Le portrait de Pierre Bourguignon dit tout cela à la fois : l’attachement au sang de France tourné vers le passé, et les attributs d’une majesté inaccessible (la guerre et le mécénat). La vie de Mademoiselle de Montpensier relève par bien des aspects de l’exception, ainsi que le révèlent les titres spécialement créés à son intention (petite-fille de France, Grande Mademoiselle), et d’une geste héroïque rendue obsolète par la captation royale de la gloire sous le règne de son cousin Louis XIV. Minerve armée dans ses portraits des années 1660 et du début des années 1670, elle est Diane tournée vers le roi et dépendante de la lumière irradiée par le souverain dans la toile de Nocret déjà évoquée.

Impuissante à obtenir la main du roi, elle s’était investie en effet à corps perdu dans la Fronde, jusqu’à soutenir par l’épreuve du feu le prince de Condé dans sa prise d’armes contre le pouvoir royal. Son engagement provoque son exil, imposé par Louis XIV, jusqu’en 1657. À partir de cette date, elle mène une active vie curiale et montre une forte attirance pour les arts. Ses portraits peuvent être appréhendés comme autant d’entreprise de relégitimation de sa place à la cour. Elle entreprend par ailleurs de rédiger ses mémoires, qui restent un témoignage appréciable de la vie de cour au XVIIe siècle.

Sa malheureuse liaison tardive (à plus de 40 ans) avec le duc de Lauzun aboutit à sa conversion : la Grande Mademoiselle passe ses dernières années confite en dévotion. Sophie Vergnes résume ainsi sa vie : « La fille de Monsieur a donc payé du prix de la solitude ses richesses et son esprit d’insubordination. Elle n’a pas su concilier ses ambitions avec les réalités de sa condition féminine mais elle a toujours refusé que d’autres lui dictent son destin et su préserver jusque dans l’humiliation de la défaite son esprit d’indépendance, demeurant ainsi une frondeuse jusqu’après la Fronde. »

CONSTANT Jean-Marie, La folle liberté des baroques (1600-1661), Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2007.

ORLÉANS Anne-Marie-Louise d’, Mémoires de la Grande Mademoiselle, éd. présentée et annotée par QUILLIET Bernard, Paris, Mercure de France, coll. « Le temps retrouvé », 2005.

VERGNES Sophie, Les frondeuses : une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », 2013.

Jean HUBAC, « La Grande Mademoiselle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/grande-mademoiselle-0

Anonyme (non vérifié)

Merci pour cet article sur la Grande Mademoiselle qui malgré son impossibilité de devenir chef d'état a tenu tête au roi (refus de mariages), femme d'affaires, femme à la forte tête, elle a eu un destin assez atypique pour une femme de son rang.

sam 23/02/2019 - 14:00 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Eugène Labiche

Le grand retour du comique théâtral

Au cours du XIXe siècle, l’essor de la bourgeoisie et l’influence de ses mœurs sur le reste de la société suscitent la dérision de…

Le Lever de l'ouvrière - Robert-Fleury

L’ouvrière au début du XXe siècle

Peindre l’ouvrière au début du XXe siècle: du militantisme à l’académisme ?

En 1905, la population ouvrière est estimée à plus de…

L’ouvrière au début du XX<sup>e</sup> siècle
L’ouvrière au début du XX<sup>e</sup> siècle

Julius Meier-Graefe

La vie intellectuelle à Berlin au tournant du XXe siècle

Nés respectivement en 1858 et 1867, Lovis Corinth et Julius Meier-Graefe sont deux…

Victor Hugo de trois quarts

Hommage à un auteur du panthéon républicain

Contrairement à Baudelaire ou à Balzac qu’il n’a pas connus, Rodin désira rencontrer Hugo dont il fit…

Portrait de Stendhal - Henri Lehmann

Stendhal

Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, naît à Grenoble en 1783 dans une famille conservatrice. Confié à la mort de sa mère aux bons soins de l’…

Stendhal
Stendhal

Madame de Montespan

Un portrait de cour

La date de cette peinture est incertaine. On peut proposer un intervalle grâce aux dates de naissance des enfants :…

Madame de Montespan
Madame de Montespan

Le surintendant de la Musique de Louis XIV : Lully

Un portrait d’artiste

Frère du peintre Pierre Mignard, Nicolas Mignard (1606-1668) s’est fait une de ses spécialités de portraiturer des hommes et…

Jean Broc, L'Ecole d'Apelle

Le Salon de 1800 est le dernier du XVIIIe siècle et il est pourtant celui qui présente le plus de nouveautés artistiques. En 1800, après…

Marie-Antoinette, la mal-aimée

Née en 1755, Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg, archiduchesse d’Autriche, devint reine de France en 1774 lorsque Louis XVI accéda au trône.…

Marie-Antoinette, la mal-aimée
Marie-Antoinette, la mal-aimée
Marie-Antoinette, la mal-aimée
Hitler combatif -Heinrich Hoffmann

Le charisme de Hitler

La conquête du pouvoir par Hitler

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, rien ne semblait prédestiner Adolf Hitler (1889-1945) à devenir le…

Le charisme de Hitler
Le charisme de Hitler
Le charisme de Hitler
Le charisme de Hitler