Une avenue, forêt de l'Isle-Adam.

Une avenue, forêt de l'Isle-Adam.

La Clairière, souvenir de Ville d'Avray.

La Clairière, souvenir de Ville d'Avray.

Entrée du village de Voisins.

Entrée du village de Voisins.

Une avenue, forêt de l'Isle-Adam.

Une avenue, forêt de l'Isle-Adam.

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1849

Date représentée :

H. : 101 cm

L. : 81,8 cm

huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - R. G. Ojeda

http://www.photo.rmn.fr

93DE163/RF 1882

Le paysage français

Date de publication : Octobre 2014

Auteur : Ivan JABLONKA

On peut opposer avec Françoise Cachin le paysage français du XVIIe siècle, rationnel, idéalisé, « romain », cadre de scènes historiques ou mythologiques, à celui du XIXe, plus réaliste et plus modeste, miroir du quotidien, inspiré d’un modèle « nordique » qu’il soit flamand ou anglais, comme sous la Restauration où les artistes français s’inspirent librement des Constable, Bonington et Fielding qu’ils ont admirés au Salon de 1824.

Alors que Poussin et Claude peignaient des pays imaginaires, empreints d’une grandeur biblique ou royale, les peintres du XIXe siècle, avant tout ceux de l’école de Barbizon et les impressionnistes, s’attachent à représenter des lieux déterminés et ordinaires, qu’ils connaissent. Leur esthétique est plus conforme au goût d’une société bourgeoise et démocratique. Cette dernière, de plus en plus urbaine, s’engoue pour la nature et les paysages.

Il n’est pas rare en effet que les paysagistes français du XIXe siècle, qui peignent pour une clientèle citadine, représentent l’image d’une nature préservée et harmonieuse, témoin d’un âge d’or enfui.

C’est de manière emblématique le cas pour l’école de Barbizon et son chef de file Rousseau, dont est reproduite ici une vue de la Forêt de L’Isle-Adam. Dans une clairière inondée de soleil, deux jeunes paysannes ont laissé s’égailler leurs vaches. Le soleil jette des taches blanches sur les troncs et les feuillages, nuançant l’unité de couleurs vertes de l’ensemble. Les arbres qui encadrent la clairière de leurs hauts troncs et de la voûte qu’ils forment semblent protéger les jeunes filles, comme inaccessibles dans leur écrin de verdure.

Dans son Souvenir de Ville-d’Avray, Corot représente de même une jeune fille assise à l’orée d’une clairière, sous une immense arche de verdure. Les tons verts et bruns de la toile, le frémissement du feuillage, l’atmosphère mélancolique de cette scène, confèrent à ces sous-bois une froideur automnale. La petitesse des figures fait de ces solitudes boisées le théâtre d’un mythe, comme chez Poussin ; le spectateur, introduit dans l’intimité de jeunes filles au repos, pénètre dans un sanctuaire de fraîcheur et de sérénité ; enfin, comme Corot, Rousseau guide le regard vers le fond du tableau, par un effet de perspective et par un contraste entre la profusion ombreuse de la nature et le vide de la clairière.

Une paix comparable environne L’Entrée du village de Voisins de Pissarro. Le temps semble s’être arrêté. Humble chemin de terre, bâtisses sans prestige, arbres maigres, murets, chaque chose est à sa place dans ce village qui somnole, loin des transformations du monde. On retrouve, comme chez Corot, la modestie, le sens de l’équilibre et de la mesure qui caractérisent cette France des campagnes chère au cœur des dirigeants de la IIIe République.

Alors que l’industrialisation et l’urbanisation progressent, alors que de 1849 à la Commune le prolétariat des villes semble à la bourgeoisie de plus en plus menaçant, alors qu’à partir des années 1870 l’exode rural commence à vider certaines régions, les paysagistes français, de l’école de Barbizon et de Rosa Bonheur jusqu’à Corot en passant par certains impressionnistes, se plaisent à immerger leur clientèle citadine dans des forêts, des sous-bois idylliques, joyaux d’un monde encore préindustriel.

Les paysages et les villages de ces peintres offrent l’image d’une France préservée, menant dans un cadre à la fois « éternel et familier » une douce existence, loin de la ville-ordure et des dangers de l’industrialisation. Ici, on se sent protégé, « chez soi », et cet enracinement s’inscrit en faux contre une mobilité inquiétante, celle des ouvriers, des vagabonds, des errants.

L’idéal qui s’exprime dans les paysages français de la seconde moitié du XIXe siècle est celui d’un agrarisme tempéré et humble, appelé à une longue fortune, tant il est vrai que ces tableaux offrent l’image de la France dont les républicains rêvent – une France de petits propriétaires, de plein air et de « coteaux modérés ».

Françoise CACHIN, « Le paysage du peintre », in Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire, tome II, La Nation, Paris, Gallimard, 1986.

Michael CLARKE, Corot and the Art of Landscape, Londres, British Museum Press, 1991.

Prosper DORBEC, L’Art du paysage en France. Essai sur son évolution de la fin du XVIIIe siècle à la fin du Second Empire, Paris, Laurens, 1925.

Georges DUBY, André WALLON (dir.), Histoire de la France rurale, t. 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne, 1789-1914, Paris, Seuil, 1976.

Martin RIED, Pissarro, Londres, Studio Editions, 1993.

École de Barbizon : Groupe de peintres installés à Barbizon, en forêt de Fontainebleau, dans les années 1840-50. Ils se consacrent surtout à la peinture de paysage et annoncent l’impressionnisme. Les plus célèbres sont Camille Corot, Charles-François Daubigny, Jean-François Millet et Théodore Rousseau.

Ivan JABLONKA, « Le paysage français », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/paysage-francais

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