Militaires pratiquant le sport.

Militaires pratiquant le sport.

Sauteur à la perche.

Sauteur à la perche.

Louis de Fleurac, coureur du Racing-Club.

Louis de Fleurac, coureur du Racing-Club.

Militaires pratiquant le sport.

Militaires pratiquant le sport.

Date de création : 1890

Date représentée :

H. : 13

L. : 18

Tirage d'une plaque de verre

© Collection Iconothèque de l'INSEP

http://www.insep.fr/Ui/index.html

Les premiers reportages photographiques sportifs

Date de publication : Mars 2007

Auteur : Laurent VÉRAY

Dès 1880, il n’est pas rare que, pour tester les possibilités des émulsions rapides au

La première photographie est une vue générale en plongée montrant différentes pratiques physiques réalisées par des militaires en plein air. Dans le fourmillement des activités encadrées par des moniteurs et des officiers, on distingue des gymnastes, des boxeurs, des escrimeurs, des artilleurs, et des hommes faisant des agrès, du cheval d’arçon, des exercices sur un portique, des échelles ou un octogone (à gauche sur l’image). A noter la présence, au fond à droite, d’une hune (constituée de deux mas de douze mètres de haut que relient des barres fixes successives). La deuxième photographie est une photographie prise avec un vélocigraphe (appareil automatique à répétition rapide) en 1893. Elle montre un saut à la perche en longueur sur la promenade du Gravier, le long de la Garonne, à Agen. Il s’agit d’un très bel instantané : le perchiste, saisi au vol, apparaît de façon très nette. La composition est remarquable : le photographe s’est placé dans l’axe du mouvement, prenant soin de cadrer de chaque côté une partie du public et les commissaires de l’épreuve. L’ensemble possède par ailleurs une bonne profondeur de champ. Le troisième cliché représente Louis de Fleurac, un coureur du Racing-Club de France champion du 4 000 m steeple et recordman de France du 3 000 m en 1904. Elle a été publiée dans la “ Galerie des célébrités sportives ” de la revue La Vie au Grand Air en avril 1906. On croirait, à première vue, qu’il s’agit d’un dessin. La posture de l’athlète, de profil, au contour si net, sa parfaite immobilité, son visage dépourvu de toute trace d’effort, son regard fixe, l’absence de décor et les quelques retouches visibles (sur le corps, les vêtements, le sol et l’ombre), tout cela donne l’impression qu’il évolue comme affranchi des lois de la gravité.

Le premier document est une étonnante mise en scène qui date des années 1890. Elle montre le “ gymnase de plein air ” de l’Ecole de Joinville (créée en 1852) où l’on enseigne, dans la tradition de Francisco Amoros (considéré comme le fondateur de l’éducation physique en France), la gymnastique et l’escrime afin de former des moniteurs qui seront ensuite répartis dans l’armée. Il s’agit d’une sorte de démonstration d’ensemble spécialement organisée pour le photographe : tous les protagonistes ont en effet posé durant le temps nécessaire à la prise de vue. Du coup, la composition rappelle l’imagerie d’Epinal, qui concentre un maximum d’informations dans un espace restreint. D’ailleurs il existe une gravure quasi identique à ce cliché. Cela prouve qu’à l’époque, bien souvent, la photographie prolonge une tradition représentative qui lui est antérieure. Le deuxième document est très différent. Il fait partie d’un album exceptionnel retraçant l’intégralité du Lendit d’Agen qui s’est tenu les 27 et 28 mai 1893. Les lendits étaient des concours sportifs interscolaires organisés par la Ligue girondine, regroupant les élèves des collèges et lycées de l’académie de Bordeaux. Destinées à promouvoir les jeux traditionnels de plein air, ces fêtes républicaines visaient surtout à développer les capacités physiques des jeunes jusqu’à leur incorporation militaire. Ces exercices athlétiques, hygiéniques et récréatifs, intégrés dans une conception globale de l’enseignement d’inspiration patriotique, étaient destinés à former de bons citoyens et de robustes soldats. Ce document démontre que les activités sportives intéressent les photographes amateurs. Le perfectionnement des appareils leur permet désormais de réaliser d’excellentes prises de vue capables de traduire le mouvement avec justesse. Contrairement à l’exemple précédent, la troisième photographie n’a pas été obtenue en situation réelle. C’est un trompe-l’œil étrange. En fait, le personnage a posé devant une toile peinte, simulant pour l’objectif de l’opérateur les gestes de sa course. Cela prouve que la pratique du studio, malgré les progrès techniques des appareils photographiques et l’augmentation de la sensibilité de la pellicule, est encore courante au début du siècle, car la prise de vue instantanée est encore difficile dans certaines circonstances. Les athlètes les plus connus se prêtent alors volontiers à ce genre d’exercice imposé par les revues illustrées, qui cherchent à populariser leur image auprès des lecteurs passionnés de sport.

Pierre ARNAUD (dir.) Les Athlètes de la République Paris, Privat, 1987.Georges VIGARELLO Une histoire culturelle du sport Paris, Robert Laffont, 1988.

1. Terme désignant une photographie qui capte en une fraction de seconde un objet ou un personnage en mouvement. 

Laurent VÉRAY, « Les premiers reportages photographiques sportifs », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 16/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/premiers-reportages-photographiques-sportifs

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