"Le Journal" - La Traite des Blanches

"La Reine misère"

"Le Journal" publie "Paris" par Emile Zola

Lire dans

Lire dans "L'Éclair" "Zezette" par Oscar Métenier

"Le Journal" - La Traite des Blanches

Date représentée :

H. : 159 cm

L. : 122,5 cm

Lithographie au pinceau, crayon, crachis et grattoir sur papier.

Imprimeur : Charles Verneau 

© Musée de la Publicité, Paris - Tous droits réservés

Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons

Date de publication : Janvier 2004

Auteur : Anne-Marie THIESSE

A la Belle Epoque, « âge d’or » de la presse française, les quotidiens, régionaux ou nationaux, se comptent par centaines. Les « quatre grands », Le Matin, Le Journal, Le Petit Journal et Le Petit Parisien atteignent un tirage cumulé de 4,5 millions d’exemplaires en 1914. La plupart des quotidiens publient régulièrement un ou plusieurs romans en feuilleton. Le roman-feuilleton est une rubrique attractive, centrale dans la concurrence entre journaux. Leur lancement donne lieu à de grandes campagnes promotionnelles, avec affiches.

Longtemps vendu par abonnement annuel, à un prix élevé, le quotidien se démocratise dans la seconde moitié du XIXe siècle avec la généralisation de la vente au numéro, à un prix modique (5 centimes, c’est-à-dire 1 sou). De format in-folio, il ne compte longtemps que quatre pages. Le passage à six pages est encore un argument commercial dans les années 1900.

Les quotidiens populaires rivalisent aussi entre eux avec leurs romans-feuilletons, qui assouvissent l’appétit de lecture du public nouvellement alphabétisé, pour lequel le livre classique, acheté en librairie, reste onéreux. Toujours publiés dans le même format et numérotés, les feuilletons d’un même roman peuvent être découpés et reliés pour former un substitut de livre. Le feuilleton des quotidiens à grand tirage est généralement perçu comme une lecture féminine. De nombreux feuilletons de la Belle Epoque évoquent une victime, le héros, plus souvent l’héroïne, étant injustement accusé d’une faute et souffrant longuement avant d’être réhabilité.

Ces récits sont très souvent stéréotypés. Les feuilletons peuvent être des inédits ou des reprises de romans à succès, comme ceux de Zola ou d’Hugo. Pour lancer un feuilleton, les grands quotidiens font distribuer dans les rues des feuillets donnant le premier épisode et placarder des affiches. Elles sont généralement hautes en couleur et jouent souvent sur une esthétique de la violence et de l’horreur sanglante, à l’instar des affiches d’aujourd’hui pour les films à grand spectacle.

L’affiche réalisée pour le lancement de Chéri-Bibi dans Le Matin en 1913 représentait un corps supplicié ; la phrase qui l’accompagnait, « Oh non ! pas les mains ! », devint une « scie » de l’époque. Des affichistes célèbres de la Belle Epoque (Steinlein, Poulbot, Caran d’Ache, Géo Dorival) signèrent des affiches de feuilletons.

Le roman-feuilleton a fait entrer la littérature dans la culture de masse. Dans son sillage se développent, à partir des années 1900, les collections de romans populaires, avec leurs couvertures illustrées dans le style des affiches de romans-feuilletons. Les premiers films destinés au grand public s’inspireront fortement des thèmes du roman-feuilleton.

Concurrencé progressivement par le livre populaire, l’illustré ou le cinéma, le roman-feuilleton commence à décliner durant l’entre-deux-guerres. Mais le développement de la lecture romanesque populaire est longtemps perçu par une large fraction des élites de la IIIe République comme un danger social. Si la IIIe République ne les censure que rarement par voie légale, les romans populaires n’en sont pas moins stigmatisés et accusés de saper la conscience morale du peuple. L’Eglise catholique fonde d’ailleurs l’entreprise de la "Bonne Presse" (journaux et édition) pour diffuser dans le peuple des romans de haute moralité. Le discours sur les « mauvais livres » ne cessera en fait que dans les années 1970, cette rhétorique dénonciatrice étant désormais reportée sur le cinéma et la télévision.

Dominique KALIFA La Culture de masse en France, tome I « 1860-1930 » Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2001.

Jacques MIGOZZI (dir.) Littérature populaire : mutations génériques, mutations médiatiques Limoges, PULIM, 2000.

Anne-Marie THIESSE Le Roman du quotidien. Lecteurs et lectures populaires à la Belle Epoque Paris, Le Seuil, rééd.coll.« L’Univers historique », 2000.

Anne-Marie THIESSE, « Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 10/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/quatre-affiches-lancement-romans-feuilletons

Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Merci pour l'intérêt que vous portez à notre site.
Le site L’Histoire par l’image ne dispose pas des droits d’utilisation des images hormis pour ce site.
Si vous souhaitez utiliser une image du site, nous vous invitons à vous contacter l'organisme cité dans la partie contact du copyright.

Bonne continuation,

Anne-Lise

mar 08/04/2014 - 15:25 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Les premières compétitions automobiles

C’est dans les deux dernières décennies du XIXe siècle que débuta l’essor de l’automobile. Rendus audacieux par les prodigieux progrès…

Les premières compétitions automobiles
Les premières compétitions automobiles
Les premières compétitions automobiles

Un théâtre du Boulevard à la Belle Epoque

Le théâtre au cœur de la vie parisienne

Depuis la monarchie de Juillet, les « grands boulevards » sont le centre de la vie parisienne. Cet ensemble…

Emilienne d'Alençon

Splendeurs et misères d’une courtisane : Émilienne d’Alençon

La photographie au service d’une cocotte de haut vol

Contrairement aux hétaïres grecques, les courtisanes de la Belle Époque n’ont pas besoin d’…

Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet

La photographie et l'engouement pour les cultures orientales

Le goût pour l'exotisme, notamment pour l'Orient, est l'héritage de l'époque…

Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet
Exotisme et érotisme à la Belle Époque : Mata-Hari au Musée Guimet

Gaby Deslys, du music-hall au cinéma

La photographie au service de nouveaux arts du spectacle

L'essor de la photographie accompagne au XIXe siècle le succès de nouvelles…

Gaby Deslys, du music-hall au cinéma
Gaby Deslys, du music-hall au cinéma
La Traite des Blanches - Steinlen

Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons

A la Belle Epoque, « âge d’or » de la presse française, les quotidiens, régionaux ou nationaux, se comptent par centaines. Les « quatre grands »,…

Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons
Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons
Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons
Quatre affiches de lancement de romans-feuilletons

"La Force Noire"

La colonisation française en Afrique à son apogée

La France achève, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle, la conquête de…

La « divina » Eleonora Duse et la naissance du théâtre du XXe siècle

La photographie, forme artistique et outil commercial

Dès sa diffusion, à la fin du XIXe siècle, la photographie se révèle une…

La « divina »  Eleonora Duse et la naissance du théâtre du XX<sup>e</sup> siècle
La « divina »  Eleonora Duse et la naissance du théâtre du XX<sup>e</sup> siècle
Réjane - Reutlinger

Réjane, comédienne et interprète de la Belle Époque

Le Boulevard et sa reine

La diffusion, sous forme de cartes postales, des portraits photographiques des actrices est, à la Belle Époque, la…

Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque

De la notoriété internationale de Jean-Sully Mounet (1841-1916), dit Mounet-Sully, l’un des acteurs les plus célèbres de la Belle Époque, témoigne…

Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque
Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque