Elections législatives du 2 février 1879. Arrondissement de Pontivy

Elections législatives du 2 février 1879. Arrondissement de Pontivy

Le suffrage universel à deux tours vaincra la réaction.

Le suffrage universel à deux tours vaincra la réaction.

Elections législatives du 2 février 1879. Arrondissement de Pontivy

Elections législatives du 2 février 1879. Arrondissement de Pontivy

Date de création : 1879

Date représentée : 02 février 1879

H. : 0

L. : 0

© Collections La Contemporaine

Le suffrage universel

Date de publication : Avril 2007

Auteur : Alexandre SUMPF

Les progrès du suffrage universel

Le suffrage universel est le fils aîné de la République : héritage des scrutins à deux degrés de 1789 et 1792, il est imposé pour tous les hommes âgés de vingt et un ans au moins par la IIe République, le 23 avril 1848 ; la IIIe République l’instaure définitivement. Tout au long du XIXe siècle sont périodiquement (1814, 1830, 1849, 1852) restaurées les limitations de l’accès aux urnes et au statut de représentant, notamment par l’impôt. Le scrutin de 1879 octroie pour la première fois une confortable majorité aux républicains et marque l’entrée décisive dans le nouveau régime. Mais, outre l’éviction des femmes (jusqu’aux municipales de 1946), le suffrage dit universel ne satisfait pas tous les partis et toutes les couches sociales : un long débat s’engage autour de sa représentativité. Scrutins à un ou deux tours, de liste (par arrondissement) ou uninominal, à la majorité absolue ou à la proportionnelle, sont tour à tour expérimentés, au gré des pressions exercées et des stratégies électorales des différents partis politiques. Sur cette ligne de front, les groupes les mieux structurés s’opposent aux petites structures politiques. La démocratie impose le compromis politique et les alliances électorales (blocs, cartels, unions), et le jeu individuel s’en trouve reconfiguré.

République contre réaction

La première affiche plaide la cause républicaine en général et défend le cas particulier du docteur Maguet (1833-1894). Les couleurs du drapeau tricolore servent de cadre à une composition en miroir qui oppose nettement les deux candidats dessinés. Le bleu et le rouge, repris dans la vignette de l’« Ami de la République », à gauche (où siègent les républicains à l’Assemblée, depuis 1790), contrastent violemment avec le jaune d’or et le blanc de la redingote de l’« Ami du Roi » et du drapeau royal fleurdelisé. Le docteur porte une blouse et de solides bottes, il tient une casquette qui le rapproche de l’ouvrier ou du quarante-huitard au foulard rouge ; il tient son drapeau fièrement et, la tête bien droite, le regard franc, semble prêt à se battre pour ses convictions. Le comte Albert de Mun (1841-1914) fait pâle figure en comparaison. En réalité plus jeune que son adversaire, il apparaît en vieillard ridé et chenu, aux jambes grêles et arquées, chaussé d’antiques souliers à boucle. Son étendard est quasiment en berne, comme s’il était déjà battu.

La seconde affiche souligne la permanence et la vigueur, même après soixante ans de république, de la fracture entre progressistes et conservateurs, entre « révolution » et « réaction ». Josué Gaboriaud livre une composition tout en mouvement, aérienne, inspirée du tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple. Toutefois, le drapeau tricolore, quoique brandi et rappelé par le parterre de fleur bleues et rouges, s’efface au second plan. Bien plus crucial est le contraste entre les deux faces de l’allégorie, obscure à droite et lumineuse à gauche, rehaussé du rouge des lettres et du bonnet phrygien qui s’impose aux différents tons de gris du dessin. À gauche de l’égérie républicaine dressée pour réclamer la nouvelle liberté d’expression par le scrutin à deux tours se tient un homme dans la force de l’âge, un travailleur. À droite, tapis dans l’ombre de bulletins de vote qui proviennent du « scrutin à un tour », on reconnaît les leaders de la droite républicaine André Tardieu et Louis Marin, dirigeant de l’Union républicaine démocratique.

La vision de la République, à l’origine du clivage entre gauche et droite


Si l’annonce de l’échéance électorale, dans la partie rouge en haut de la première affiche, respecte une certaine neutralité, le slogan incisif « Choisissez » et les commentaires dans la partie bleue ne laissent guère de doute sur le choix suggéré. Pendant la décennie qui suit la Commune de Paris, une majorité monarchiste gouverne la France. Mais dès le 5 juillet 1871, le comte de Chambord, héritier du trône, a indiqué qu’il refusait le drapeau tricolore. Or le comte de Mun, fondateur de cercles ouvriers catholiques, est un légitimiste soutenant le comte de Chambord. Il ne se rallie à la république qu’en 1891, suite aux encycliques sociales du pape Léon XIII. Son nom entre guillemets, son ombre grisée qui va en s’effilochant, typique du soir, suggèrent qu’il est un ci-devant appelé à disparaître. En revanche, la petite ombre ramassée du candidat républicain – qui sera d’ailleurs élu et même réélu en 1881 – indique qu’il appartient au soleil radieux de midi, c’est-à-dire au présent et à l’avenir : celui de la république, du suffrage universel et de la souveraineté du peuple dénoncés par le candidat royaliste.

Le scrutin uninominal à un seul tour favorise les candidats sortants et les groupes politiques prêts à nouer des alliances électorales. En février 1932, la Chambre élue en 1928 rétablit ce type de scrutin, sans doute dans le but de rompre avec l’alternance politique depuis la fin de la Grande Guerre : au Bloc national de 1919 a succédé le Cartel des gauches en 1924, puis la droite républicaine groupée autour de Poincaré. Mais le Sénat y est hostile et fait chuter le gouvernement Laval tout juste formé. Quand la campagne électorale débute en avril, les radicaux-socialistes, dont certains (Franklin-Bouillon) avaient soutenu la majorité de droite en 1928, refusent par Édouard Herriot l’alliance proposée par Tardieu et se rapprochent au contraire des socialistes emmenés par Léon Blum. L’oscillation des radicaux incarne la crise du système de représentation nationale et alimente la défiance populaire contre la démocratie, précipitant sans doute le pays vers les émeutes du 6 février 1934.

 

Maurice AGULHON, La République, tome II, « 1932 à nos jours », Paris, Hachette, coll. « Pluriel », nouvelle édition augmentée, 1990.Dominique BORNE et Henri DUBIEF, La Crise des années 1930 (1929-1938), Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1989. Raymond HUARD, Le Suffrage universel en France (1848-1946), Paris, Aubier, 1990.Jean-Marie MAYEUR, Les Débuts de la IIIe République (1871-1898), Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1973.

Alexandre SUMPF, « Le suffrage universel », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/02/2023. URL : histoire-image.org/etudes/suffrage-universel

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