Fabriques à Argenteuil.

Fabriques à Argenteuil.

Le canal à Saint-Denis.

Le canal à Saint-Denis.

Les dix-huit cheminées de Saint-Denis.

Les dix-huit cheminées de Saint-Denis.

Gare et usines à Saint-Denis.

Gare et usines à Saint-Denis.

Fabriques à Argenteuil.

Fabriques à Argenteuil.

Lieu de conservation : collection particulière

Date de création : 1887

Date représentée :

H. : 65

L. : 82

peinture à l'huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - H. Lewandowski

http://www.photo.rmn.fr

94DE18103

L'évolution du paysage industriel

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Louis BERGERON

Les dates qui encadrent ces quatre œuvres correspondent très exactement à la période d’intense industrialisation de la plaine Saint-Denis, situé entre l’actuel boulevard périphérique parisien et la limite de la ville de Saint-Denis. Un demi-siècle suffit à transformer cette zone géographique (à laquelle seule la vue d’Argenteuil ne se rattache pas) en un paysage industriel d’une exceptionnelle densité ; la concentration usinière a atteint ici un degré unique en France – il s’agit, bien sûr, de l’excroissance directe d’une grande agglomération au nord-nord-ouest de Paris – et non d’un bassin d’industrie minière et sidérurgique liée à la présence aléatoire de ressources naturelles. De cette proche banlieue l’usine a progressivement expulsé toute activité rurale (disparition du maraîchage – et comment s’empêcher d’évoquer celle des asperges d’Argenteuil !) ou résidentielle (châteaux, demeures bourgeoises ou villages).

Ces quatre toiles qui sont l’œuvres de créateurs au tempérament et à la culture certainement très différents témoignent ensemble de l’impact du phénomène industriel, dans les dimensions qu’il atteint depuis la fin du XIXe siècle, sur la sensibilité des artistes contemporains. Les quatre tableaux identifient parfaitement les facteurs qui, outre la proximité immédiate du marché parisien et de son réservoir de main-d’œuvre, déterminent cette localisation industrielle : les voies d’eau (la Seine elle-même, et le canal Saint-Denis court-circuitant les méandres de la Seine, avec son prolongement dans le canal Saint-Martin) ; et la voie ferrée, l’artère centrale du réseau du Nord, qui ouvre sur le charbon du nord de la France, de la Belgique, de l’Allemagne et sur tous les marchés de l’Europe septentrionale.

La plus ancienne de ces quatre représentations donne à voir deux ateliers de forme allongée, le bâtiment de la chaudière et de la machine à vapeur se trouvant sans nul doute à leur tête (à gauche) ; l’architecture en est traditionnelle (halles basses, couvertures de tuiles, baies en plein cintre sur les flancs – probablement un atelier de construction mécanique).

Les deux vues de Lugnier et de Signac soulignent la fonction de la voie d’eau : transport de pondéreux (charbon, matériaux de construction) par des péniches et des remorqueurs ; quais de déchargement avec leurs grues. Celle de Falliès privilégie la voie ferrée ; mais ce n’est pas celle des liaisons à grande distance, des voyageurs pour l’étranger : c’est celle de la desserte ouvrière et industrielle de banlieue – les usines sont au bord des rails comme ailleurs au bord de l’eau. Il manque cependant l’évocation du réseau intérieur du « chemin de fer industriel » qui raccordait la grande ligne aux entreprises.

Un contraste frappant oppose Caillebotte et Falliès d’une part, Signac et Lugnier de l’autre : pour les premiers, le recours à une palette très sombre ; pour les seconds, une vision beaucoup plus lumineuse de l’alliance du ciel et de l’eau. Lugnier a bien saisi l’imbrication, en beaucoup d’endroits, de l’usine et de l’habitat (au centre de l’arrière-plan, un immeuble ouvrier à trois ou quatre étages). Tous ont été séduits par le jeu des verticales : cheminées et leurs reflets dans l’eau, notamment celles de la centrale électrique choisie par Signac ; cheminées, signaux mécaniques de la voie ferrée et sans doute installations d’usine à gaz chez Falliès.

Falliès, Lugnier et Signac sont particulièrement précieux dans leur témoignage sur cette « vision d’un autre continent » que pouvait s’offrir le Parisien d’avant 1950, à quelques kilomètres de chez lui, avant que ne se développe le puissant mouvement de désindustrialisation de la zone dépeinte, c’est-à-dire du département de la Seine-Saint-Denis. Le paysage peu engageant de la gare conserve aujourd’hui une valeur évocatrice de la sujétion des salariés au « train de banlieue », en dépit de la récente modernisation des transports franciliens ; la notion est née précisément, au tournant du XXe siècle, des premiers tarifs réduits de chemin de fer destinés à faciliter la « commutation » journalière entre résidence et travail. Les efforts des services d’inventaire des sites industriels, arrivés parfois après les démolisseurs, trouvent dans ces tableaux des compléments utiles et parfois impressionnants.

Jean BASTIÉ La croissance de la banlieue parisienne Paris, PUF, 1964.

Louis BERGERON L’industrialisation de la France au XIXe siècle Paris, Hatier coll. « Profil-dossier », 1979.

Marie BERTHAUD Gustave Caillebotte : catalogue raisonné des peintures et pastels Paris, Wildenstein Institute, 1994.

Anne DISTEL Signac.Au temps d’harmonie Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », 2001.

Georges DUBY (dir.) Histoire de la France urbaine , t .4, La Ville de l’âge industriel , par Maurice AGULHON, Françoise CHOAY, Maurice CRUBELLIER, Yves LEQUIN, Marcel RONCAYOLO Paris, Seuil, 1983, réed coll. « Points Histoire », 1998.

Alain FAURE (dir.) Les premiers banlieusards : aux origines des banlieues de Paris (1860-1940) Paris, Créaphis, 1991.

Gérard NOIRIEL Les ouvriers dans la société française Paris, Seuil coll. « Points Seuil », 1986.

Louis BERGERON, « L'évolution du paysage industriel », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/evolution-paysage-industriel

Anonyme (non vérifié)

Lugnier dont un tableau superbe etait en vente ce matin porte de vanves a 500 euros

dim 08/05/2011 - 00:10 Permalien
Anonyme (non vérifié)

comment se fait il qu'il n'y es pas la date de creetion de"gare et usines a saint denis" de maurice fallies

jeu 19/04/2012 - 09:54 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Ce site ne donne pas l'année précise mais le siècle.
Je ne trouve pas la gare d'Argenteuil mais pourtant elle existe et il me faut vraiment des informations sur elle...

lun 07/05/2012 - 21:28 Permalien

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