Assassinat d'henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610

Assassinat d'henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610

Date de création : 1859

Date représentée : 14 mai 1610

H. : 140 cm

L. : 118 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (château de Pau) / René-Gabriel Ojéda

lien vers l'image

95-012750 / P 12

L’assassinat d’Henri IV peint au XIXe siècle

Date de publication : Septembre 2018

Auteur : Jean HUBAC

Une peinture de circonstance

Charles-Gustave Housez s’inscrit dans la tradition de l’exaltation d’Henri IV (1553-1610) depuis le début du XIXe siècle. Cependant, il aura fallu attendre la fin de la Restauration pour envisager de représenter le régicide du fondateur de la dynastie des Bourbons. Deux artistes s’y essaient en 1836 et 1850, sans mettre en valeur la violence tragique de l’événement. Housez rompt donc avec ses prédécesseurs, puisqu’il choisit de peindre l’assassinat d’Henri IV dans toute sa violence.

Ancien élève de l’École des beaux-arts et actif depuis les années 1840, Housez expose sa toile intitulée Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610 au Salon de 1859. Estimé de ses contemporains sans être considéré comme un grand peintre, Housez donne à l’événement un tour dramatique en le saisissant sur le vif, en pleine rue de la Ferronnerie.

L’artiste répond ainsi à une commande passée par l’empereur Napoléon III lui-même, alors que ce dernier avait été victime d’un attentat perpétré par Orsini au début de l’année 1858. Peindre une autre – et glorieuse – victime d’un attentat dans ce contexte revenait à établir un lien évident de filiation entre la monarchie bourbonienne et la monarchie bonaparte en mal de légitimité.

Le tableau a gagné ensuite les appartements impériaux au château de Pau, où il est toujours suspendu.

La mise en scène d’un régicide

Housez fait du Paris de 1610 une ville sombre, sale et populeuse, selon une vision encore marquée par le style troubadour en vogue au premier XIXe siècle. La rue de la Ferronnerie, où le carrosse d’Henri IV s’était retrouvé bloqué le 14 mai 1610, sur le chemin du Louvre à l’Arsenal, prend les allures d’une scène bruyante et dramatique.

On y distingue deux épisodes au premier plan.

Le premier épisode est l’agonie d’Henri IV, entouré des grands seigneurs qui l’accompagnaient. Le roi, reconnaissable à sa barbe et à sa fraise, vient d’être poignardé à travers une des fenêtres du carrosse, par laquelle son corps doit être soutenu pour ne pas s’écrouler. Il capte l’attention du spectateur, au centre de la seule scène éclairée de la toile, et se détache sur un drap blanc, couleur symbolique des premiers Bourbons.

Le second épisode est l’arrestation de Ravaillac, à qui est promis le sort réservé au régicide, à savoir l’écartèlement en place publique. Pointé du bras par Henri IV, Ravaillac finit d’être appréhendé par trois hommes, dont un bourgeois et un hallebardier, après avoir projeté à terre un quatrième homme. La violence de la scène réside dans sa captation sur le vif. La roue sur laquelle est monté Ravaillac pour atteindre le roi fait également écho au supplice des condamnés. Le régicide tient encore l’instrument de son crime dans sa main droite ; il se contorsionne dans un accès de fureur non contenue. Housez souligne ainsi le caractère diabolique du crime de lèse-majesté, perpétré par un homme barbu et roux – donc forcément un traître, selon le code des couleurs – et inspiré par le mal.

L’événement est une vraie scène de crime, à laquelle assistent de conserve les passants attroupés dans la rue et les habitants massés aux fenêtres. L’effet dramatique est accentué par les bruits, les cris et les odeurs qu’on peut imaginer à la contemplation de la toile.

La politisation d’une scène traumatique

Le peintre joue sur la charge traumatique du régicide commis par Ravaillac. La mort d’Henri IV, survenue en pleine préparation de la guerre pour défendre les intérêts de la France en terre d’empire germanique, a sonné comme un cri d’alarme dans tout le royaume.

Héritier de la couronne de France à la mort d’Henri III, en pleine guerre civile de Religion, il avait fallu qu’Henri IV conquière son royaume à la pointe de son épée et à la force de ses armées (1589-1596). Après sa conversion au catholicisme, Henri IV avait réussi à pacifier la France en accordant l’édit de Nantes aux protestants (1598) et en achetant le ralliement des grands seigneurs catholiques les plus résistants. La reconstruction du royaume s’était accompagnée du développement d’une conception en partie déconfessionnalisée de la politique et de l’exercice du pouvoir, prélude à l’absolutisme du Grand Siècle.

En assassinant le roi, Ravaillac réalisait ce qu’une vingtaine de personnes avait vainement tenté avant lui ; il supprimait ainsi le garant de la paix intérieure du royaume – les motivations de ce régicide tiennent surtout à la détestation de la politique étrangère du roi, allié à des puissances protestantes, et sans doute à l’inspiration tyrannicide soutenue par les jésuites.

La jeunesse du roi Louis XIII, âgé d’à peine 10 ans, plongeait la France dans une période instable de régence, au cours de laquelle les grands seigneurs ne tarderaient pas à profiter de la faiblesse institutionnelle de Marie de Médicis pour provoquer désordres et rébellions. Peindre la mort d’Henri IV était donc à la fois rappeler la fragilité des jeunes dynasties et l’impuissance du régicide à empêcher leur enracinement, puisque la dynastie des Bourbons, fondée par Henri IV, régna en France jusqu’en 1792, puis de 1815 à 1848.

Napoléon III, qui vient d’échapper à l’attentat d’Orsini, est lui aussi dans la situation du monarque issu d’une jeune dynastie – il est le neveu de Napoléon Ier et fait l’objet de fortes contestations – dont l’héritage repose sur un enfant – son fils n’a que 2 ans. Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610 de Housez résonne dans ce contexte comme un rappel des funestes conséquences qu’engendrent les régicides et un appel à la fidélité des Français pour la figure providentielle du monarque, qu’il soit roi ou empereur. Contempler l’œuvre d’Housez revenait ainsi à se rallier à la dynastie régnante.

La vision noire du quartier des Halles, où se situe la rue de la Ferronnerie, légitime par ailleurs implicitement les opérations de restructuration de grande ampleur entreprises par le baron Haussmann au cœur de la capitale. Michel Cassan évoque même « une pièce à conviction et à charge dans le procès instruit contre le vieux Paris » en parlant de la toile de Housez.

CASSAN Michel, La grande peur de 1610 : les Français et l’assassinat d’Henri IV, Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », 2010.

CASSAN Michel, « L’Assassinat d’Henri IV et l’arrestation de Ravaillac par Charles-Gustave Housez (1859) », Parlement[s] : revue d’histoire politique, no 25 (« Oiseaux de malheur : annoncer les mauvaises nouvelles [XVIe-XXe siècle]), 2017, p. 163-168.

COTTRET Monique, Tuer le tyran ? Le tyrannicide dans l’Europe moderne, Paris, Fayard, 2009.

MOUSNIER Roland, L’assassinat d’Henri IV (14 mai 1610), Paris, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France » (no 13), 1964 (nouv. éd. 2008, préfacée par JOUANNA Arlette).

PETITFILS Jean-Christian, L’assassinat d’Henri IV : mystères d’un crime, Paris, Perrin, 2009.

Jean HUBAC, « L’assassinat d’Henri IV peint au XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/assassinat-henri-iv-peint-xixe-siecle

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