Barrière des Champs Elysées

Barrière des Champs Elysées

Bouquet

Bouquet

Barrière des Champs Elysées

Barrière des Champs Elysées

Date de création : 1791

Date représentée : mai 1791

H. : 31 cm

L. : 50,5 cm

Titre complet : Barriere des Champs Elisées : Premier May donné à la Ville de Paris par L'assemblé Nationale qui suprime tous les Droits d'entrées aux Barrieres

Bibliothèque Nationale de France - Domaine public © Gallica

Lien vers l'image

RESERVE QB-370 (23)-FT 4

Les barrières de Paris

Date de publication : Décembre 2018

Auteur : Stéphane BLOND

Les lois économiques de la Constituante

Au début de la Révolution française, les sites de prélèvement de l’octroi sont pris pour cible et incendiés, comme la barrière de la Conférence dès le 12 juillet 1789. Le 20 janvier 1791, l’Assemblée nationale constituante supprime cette taxe impopulaire à partir du 1er mai suivant.

La gravure de la barrière des Champs-Élysées suggère une commande provenant de l’Assemblée constituante offerte à la ville de Paris : « Premier May [1791] donné à la Ville de Paris par L’assemblé Nationale qui suprime tous les Droits d’entrées aux Barrieres. Voyez le Décret du 19 Fevrier 1791. »

Sur la gravure intitulée Bouquet, l’obélisque reprend la devise officielle La Nation, la Loi, le Roi, et sa base contient le texte suivant : « La Suppression de tous les Droits aux entrées des Villes conformément au décret de l’assemblée Nationale au 1er mai 1791. » La première partie de la légende patriotique rappelle les griefs formulés à l’encontre de cet impôt : « Célébrons à jamais ce beau jour premier Mai, où nos sages législateurs viennent d’abolir les droits d’entrée dans les ville, où la rapacité des fermiers-généraux et celle de leurs agens est atterrée ! »

Ces deux gravures allégoriques, rehaussées de couleurs, non datées et anonymes, célèbrent le même événement : la suppression du droit d’entrée (l’octroi) aux portes de Paris. Depuis le Moyen Âge, le prélèvement de cet impôt indirect en numéraire « octroyait » l’entrée de certaines marchandises en ville, comme le vin, les grains ou la viande. Pour la capitale, l’impôt est affermé par l’État à des financiers appelés fermiers généraux, qui versent par anticipation la recette de la taxe, puis se remboursent lors du recouvrement. Dans les cahiers de doléances, l’octroi suscite de nombreuses critiques, d’abord à cause de la dépendance de l’État aux milieux d’affaires, ensuite pour son caractère inégalitaire selon les produits et les villes.

La suppression des barrières d’octroi

Les deux gravures commémorent la disparition des entraves au commerce et les réjouissances qui suivirent pour deux barrières installées aux limites de la ville de Paris. Celle représentant la barrière des Champs-Élysées ou barrière de l’Étoile montre un important cortège de marchandises qui entre dans la capitale par l’ouest : tonneaux de vin, bétail, sacs… L’atmosphère est légère : les personnages assemblés conversent, s’amusent, dansent et boivent. Cette ambiance est renforcée par la présence d’un arbre de la Liberté sur la gauche, plus une banderole portant une autre devise à droite : Liberté. Vive la nation. Au second plan, des ouvriers détruisent les symboles de l’ancienne imposition, avec le mur de pierre, la grille de séparation dont ils récupèrent les barres de fer et les deux postes de garde des employés de la Ferme.

La gravure Bouquet figure une autre barrière qui pourrait être celle d’Enfer, au sud de Paris. La grille vole en éclats au passage du convoi de marchandises. L’image puise ici dans le registre de la mythologie pour symboliser les bienfaits de la suppression de l’octroi. Quatre saynètes mêlent les dieux du panthéon gréco-romain aux citadins en costumes d’époque. À gauche de la pointe de l’obélisque, installé dans son char, on aperçoit « Apollon commençant sa carriere » [no 1]. Sur la gauche, une épée dans la main gauche et un bonnet phrygien dans la main droite, figure « La Liberté brisant les barières » [no 2]. À gauche de la coupole, un groupe incarne « L’Abondance Bachus et Cérès entrant dans la capitale » [no 3]. Enfin, pieds à terre et muni de son caducée, apparaît « Mercure favorisant le commerce » [no 4].

Liberté du commerce et égalité devant l’impôt

Ces gravures illustrent la politique d’institutionnalisation de l’image mise en œuvre par la Constituante. Elles abordent deux principes qui se diffusent tout au long du XVIIIe siècle et trouvent désormais un écho dans la loi : la liberté et l’égalité.

En supprimant les contraintes commerciales, l’Assemblée constituante consacre les préceptes des théories économiques libérales, comme celles de Turgot (1727-1781), qui militait déjà pour la disparition des douanes et un accès libre au marché des grains. En 1791, la Constituante supprime par étapes les entraves à la liberté du commerce et de l’industrie : en janvier, l’octroi est supprimé ; en mars, les droits prélevés sur les activités commerciales sont liquidés ; en juin, la loi Le Chapelier supprime les corporations de métiers. La légende moralisatrice de la gravure Bouquet vante les mérites de ce climat libéral : « Les peuples jouiront aisément des précieux trésors de la nature ; le pauvre comme le riche s’en procureront avec d’autant plus de facilité, que la crainte éffrayante des barrieres est anéantie ; la race des loups cerviers est détruite, la prospérité renaîtra des mains industrieuses du cultivateur et de l’artiste. »

Diffusées grâce au développement de l’imprimerie, ces gravures évènementielles érigées au rang d’outil politique évoquent le principe d’égalité devant l’impôt qui s’applique aux individus et aux collectivités. Construit à Paris à la fin de l’Ancien Régime, le mur des Fermiers généraux incarnait la volonté de différencier les sujets. Il doit son nom à ceux qui prennent en charge son prélèvement et engagent l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) pour la construction de cinquante-cinq barrières, selon une architecture néoclassique constituée de propylées monumentaux.

Dans son Tableau de Paris, Louis Sébastien Mercier condamne vertement la construction de ces édifices et la ségrégation qui en découle : « Ce qui est révoltant pour tous les regards, c’est de voir les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes, qui sont de véritables forteresses. Des figures colossales accompagnent ces monuments. On en voit une du côté de Passy qui tient en main des chaînes, qu’elle offre à ceux qui arrivent ; c’est le génie fiscal personnifié sous ses véritables attributs. Ah ! Monsieur Ledoux, vous êtes un terrible architecte ! »

Malgré la décision de la Constituante, le mur n’est pas entièrement détruit, et l’octroi est rétabli en 1798 par le Directoire.

BOURGUINAT Élisabeth, Les rues de Paris au XVIIIe siècle : le regard de Louis Sébastien Mercier, cat. exp. (Paris, 1999), Paris, Paris Musées, coll. « Musée Carnavalet », 1999.

CHAGNIOT Jean, Nouvelle histoire de Paris. VIII : Paris au XVIIIe siècle, Paris, Association pour la publication d’une histoire de Paris, 1988.

CONCHON Anne, NOIZET Hélène, OLLION Michel (dir.), Les limites de Paris (XIIe-XVIIIe siècle), actes de journée d’étude (Paris, 2015), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », (no 1 706), 2017.

DELPORTE Christian, DUPRAT Annie (dir.), L’événement : images, représentation, mémoire, Paris, Créaphis, 2003.

LYONNET Jean-Pierre, Les propylées de Paris (1785-1788) : Claude-Nicolas Ledoux, une promenade savante au clair de lune, Arles, Éditions Honoré Clair, 2013.

Stéphane BLOND, « Les barrières de Paris », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/barrieres-paris

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