La bataille de Valmy.

La bataille de Valmy.

Le duc de Chartres à Valmy.

Le duc de Chartres à Valmy.

La bataille de Valmy.

La bataille de Valmy.

Date de création : 1826

Date représentée : 20 septembre 1792

H. : 175

L. : 287

Huile sur toile.

© The National Gallery, Londres, Dist. RMN - Grand Palais / National Gallery Photographic Department

http://www.photo.rmn.fr

09-503514 / NG2964

La bataille de Valmy - 20 septembre 1792

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Alain GALOIN

La fuite du roi en juin 1791 est significative de son refus d’une monarchie constitutionnelle et met en évidence sa collusion avec les puissances étrangères. Le 27 août 1791, la déclaration de Pillnitz, signée par l’Autriche et par la Prusse, marque la volonté des monarques européens d’agir pour le maintien de l’ordre monarchique en France et d’enrayer la contagion révolutionnaire en Europe. La guerre semble dès lors inévitable. Les Girondins veulent répandre les principes de 1789 au-delà des frontières et prônent une guerre de propagande, tandis que le roi voit dans un conflit le seul moyen de rétablir l’absolutisme en France.

Malgré une rude opposition – celle de Robespierre notamment au Club des jacobins –, l’Assemblée législative déclare la guerre au « Roi de Bohême et de Hongrie » le 20 avril 1792. Cependant, l’armée française n’est pas prête à entrer en campagne. Elle compte 133 000 hommes, artilleurs non compris. En son sein coexistent l’ancienne armée royale – les « culs blancs » – et la garde nationale renforcée par l’arrivée de sans-culottes volontaires – les « bluets » –, qui ne sont pas amalgamés à l’armée régulière. Le commandement est désorganisé par l’émigration de nombreux cadres issus de la noblesse : 3 864 officiers n’ont pas pu être remplacés. Le 18 août 1792, une armée de 150 000 Prussiens et Autrichiens placés sous le commandement du duc de Brunswick entre en France, et le début des opérations militaires se révèle rapidement catastrophique : l’ennemi prend Longwy le 20 août, Verdun le 29, et s’ouvre ainsi la route de Paris. Les troupes de Dumouriez, accourues de Sedan, et celles de Kellermann, venues de Metz, opèrent leur jonction à Sainte-Menehould, en Champagne, le 19 septembre 1792 et arrêtent l’invasion étrangère sur le plateau de Valmy. Parmi les jeunes officiers qui accompagnent Kellermann se trouvent deux princes de sang royal : Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, et son frère cadet le duc de Montpensier.

Les victoires de Valmy et de Jemmapes, dont Louis-Philippe s’enorgueillit d’avoir été l’un des artisans, tiendront une place privilégiée dans l’idéologie orléaniste. Devenu roi-citoyen en 1830, Louis-Philippe Ier commandera à des artistes tels Horace Vernet, Éloi Firmin Feron ou Henry Scheffer des œuvres où il pose parmi les grandes figures militaires de l’an Ier. Il entend ainsi inscrire son règne dans la continuité de la Révolution et de l’Empire.

Ces deux œuvres appartiennent à l’abondante iconographie que l’épopée révolutionnaire a suscitée pendant et après la Révolution française.

La Bataille de Valmy a été peinte en 1826 par Horace Vernet (1789-1863). Fils de Carle Vernet et petit-fils de Claude Joseph Vernet, il a suivi les traces de ces deux artistes dans la peinture militaire dont il s’est fait une spécialité. Patriote, bonapartiste, puis orléaniste, il a dirigé l’Académie de France à Rome de 1829 à 1834. Au premier plan du tableau sont figurés des chevaux tués, des morts et des blessés dont, à gauche, le général de Valence, touché à la cuisse, soutenu par des soldats. Au centre, parmi les commandants des corps d’armée, apparaissent le capitaine Sénarmont, Kellermann, son cheval abattu sous lui, le duc de Chartres, jeune général de la Révolution, et son frère cadet le duc de Montpensier. Au deuxième plan se dresse le célèbre moulin de Saint-Sauve ; on aperçoit les volontaires et les vétérans de l’armée royale, les duels d’artillerie et les lignes prussiennes. À l’arrière-plan apparaît le champ de bataille où évoluent les troupes.

La scène qu’a peinte Éloi Firmin Feron (1802-1876) a eu lieu après la victoire de Valmy, à l’arrière du moulin de Saint-Sauve. Debout au centre, le duc de Chartres, accompagné du duc de Montpensier, à cheval, vient rendre compte de la bataille au maréchal de Rochambeau, commandant en chef des armées du Nord, entouré des membres de son état-major. À l’arrière-plan, se détachant sur la plaine champenoise, apparaissent, à droite, les troupes françaises en bon ordre et, à gauche, le village de Valmy.

Ces deux œuvres revêtaient une importance particulière aux yeux du roi Louis-Philippe, dans la mesure où elles le présentaient comme un patriote et justifiaient son adhésion forte à l’idéal révolutionnaire.

Les débuts lamentables de la guerre avaient rempli de joie les contre-révolutionnaires, notamment les émigrés de Coblence et les amis de la cour à Paris. Tous rêvaient de ce jour proche où le duc de Brunswick se présenterait en libérateur aux portes de Paris. Malheureusement pour eux, après la prise de Longwy et de Verdun, au lieu de marcher sur Châlons, le duc s’attarde à investir Thionville le 4 septembre. Ce retard permet à Dumouriez de prendre le contrôle des cinq défilés de l’Argonne, « les Thermopyles » de la France menacée par les Austro-Prussiens. Sur le plateau de Valmy où s’était déjà brisée l’invasion d’Attila en 411, il rejoint Kellermann qui a, à ses côtés, le duc de Chartres, qui commande un régiment de cavalerie, et son jeune frère le duc de Montpensier. L’artillerie française est supérieure à celle de l’ennemi, et l’amalgame entre « culs blancs » et « bluets » s’est opéré avec succès. La canonnade ne dure que quelques heures, faisant peu de victimes : 300 morts côté français, 184 dans le camp ennemi. Le courage et le patriotisme enthousiaste des jeunes volontaires de Kellermann surprennent les troupes austro-prussiennes, qui n’ont plus aucune volonté de reprendre le combat. Ainsi Valmy est-il moins une victoire stratégique qu’une victoire morale et politique. Découvrant soudain l’univers révolutionnaire, Goethe, présent sur le théâtre des opérations, constate de façon prémonitoire : « De ce lieu, de ce jour, date une ère nouvelle de l’histoire du monde. » Nonobstant la complaisance de Dumouriez, qui favorise la retraite des troupes de Frédéric-Guillaume II, la victoire de Valmy consacre la chute de la royauté. La Convention proclame la république le 21 septembre 1792.

Jean-Paul BERTAUD, Atlas de la Révolution française, tome III, « L’armée et la guerre », Paris, Éditions de l’E.H.E.S.S., 1989.Jean-Paul BERTAUD, Les Soldats-citoyens de la Révolution française, Paris, Robert Laffont, 1979.Jean-Paul BERTAUD, Valmy.La démocratie en armes, Paris, Julliard, coll. « Archives » n° 39, 1970.Jean-Pierre BOIS, Dumouriez, héros et proscrit, Paris, Perrin, 2005.Bernard L.BOISANTAIS, La bataille de Valmy n’a pas eu lieu, Paris, Éditions France-Empire, 1967.François FURET et Mona OZOUF, Dictionnaire critique de la Révolution française (entrée « Armée »), Paris, Flammarion, coll. « Champs Flammarion », 1992.Emmanuel HUBLOT, Valmy ou la Défense de la Nation par les armes, Paris, Institut de stratégie comparée, coll. « Fondations », 1987.La Révolution française et l’Europe (1789-1799), catalogue de l’exposition du Grand Palais, Paris, 16 mars-26 juin 1989, Paris, R.M.N., 1989.

Alain GALOIN, « La bataille de Valmy - 20 septembre 1792 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/bataille-valmy-20-septembre-1792

Anonyme (non vérifié)

Mais pourquoi le Prusse a t-elle attaquée la France ? Et comment c'est déroulée la bataille sur le plateau de Valmy ?

dim 06/03/2011 - 21:01 Permalien
Anonyme (non vérifié)

C'est d'abord l'Assemblée législative qui, sur proposition de Louis XVI, a déclaré en avril 1792 la guerre au « Roi de Bohême et de Hongrie » c'est-à-dire à l'empereur d'Autriche auquel se rallie en juillet le royaume de Prusse, selon un accord d'alliance datant du 16 février de la même année.

D'un point de vue militaire, comme il est écrit dans l'étude, la bataille a essentiellement consisté en des échanges d'artillerie.

lun 07/03/2011 - 09:18 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour je voudrais savoir qui et le commanditaire de cette oeuvre et le destinataire car je ne trouve dans aucun document concernant La bataille de Valmy.Merci d'avance.

jeu 23/01/2014 - 09:38 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Marignan par Alexandre Évariste Fragonard : le genre historique revisité par l’art troubadour

Une bataille de la Renaissance par un peintre troubadour pour servir la monarchie de Juillet

Dans le but de concilier les héritages…

Marignan par Alexandre Évariste Fragonard : le genre historique revisité par l’art troubadour
Marignan par Alexandre Évariste Fragonard : le genre historique revisité par l’art troubadour

La bataille de Reichshoffen, 6 août 1870

Dès le début de la guerre franco-prussienne, en août 1870, les armées françaises subirent de graves revers en Alsace. Ayant dû évacuer Wissembourg…

Artillerie et artilleurs dans la bataille du chemin des Dames

16 avril 1917 : l’offensive Nivelle

Le lieu choisi par le général Nivelle pour sa tentative de rupture du front au printemps 1917 est, si l’on peut…

La reprise de Mondement

La reprise de Mondement

La guerre commence le 3 août 1914. Assez rapidement, les Britanniques sont battus à Mons, et les Français sur la Sambre et…

La reprise de Mondement
La reprise de Mondement

La campagne de Russie, 1812

Au printemps 1812 Napoléon rassemble une armée de 600 000 hommes, dont la moitié provient des pays vassaux, appelée l’armée des vingt nations par…

La campagne de Russie, 1812
La campagne de Russie, 1812

La bataille de Valmy

La bataille de Valmy fut remportée le 20 septembre 1792 par l’armée française commandée par Dumouriez et Kellermann sur l’armée coalisée commandée…

La bataille de Valmy - 20 septembre 1792

La fuite du roi en juin 1791 est significative de son refus d’une monarchie constitutionnelle et met en évidence sa collusion avec les puissances…

La bataille de Valmy - 20 septembre 1792
La bataille de Valmy - 20 septembre 1792

L'enterrement insolite du Second Empire

De l’empereur plébiscité au vieillard impuissant

Charles Louis Napoléon Bonaparte, dit Napoléon III (1808-1873) est un neveu de Napoléon Ier…

Prise de la smalah d'Abd-el-Kader

L’émir Abd el-Kader avait été l’âme de la résistance à la colonisation française de l’Algérie, dont la conquête avait été entreprise en 1830. D’…

Lord Horatio Nelson (1758-1805), amiral mort à la bataille navale de Trafalgar

La bataille de Trafalgar

De la paix à la guerre

Instigatrice de la plupart des ligues contre la France révolutionnaire puis napoléonienne, l’Angleterre signe le 25 mars…

La bataille de Trafalgar
La bataille de Trafalgar