Portrait du général Marceau.

Portrait du général Marceau.

Honneurs rendus au brave général Marceau.

Honneurs rendus au brave général Marceau.

Testament du général Marceau.

Testament du général Marceau.

Projet du tombeau de Marceau, offert par l'armée de Sambre-et-Meuse, dessiné par Antoine Sergent.

Projet du tombeau de Marceau, offert par l'armée de Sambre-et-Meuse, dessiné par Antoine Sergent.

Portrait du général Marceau.

Portrait du général Marceau.

Date de création : 1798

Date représentée :

H. : 42

L. : 32

Eau-forte en couleur " Se vend A Paris chez l'Auteur, Rue des Poitevins Sect[i]on du Théâtre Français N° 16   A Bâle chez Decker Libraire   A Francfort chez Guilhauman Libr.   Publiée le 26 Germinal An VI sous la garantie de la Loi du 19 Juil. An II de la Répub[liqu]e "

© Archives départementales d'Eure-et-Loir - Phot.J.Y.Populu

AD028/ Collection Jusselin, n°231

Le général Marceau, héros de l'armée révolutionnaire

Date de publication : Novembre 2004

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS et Michel THIBAULT

Le général Marceau, héros de l'armée révolutionnaire

Le général Marceau, héros de l'armée révolutionnaire

Un jeune général mort au combat

François Séverin Marceau-Desgraviers est né à Chartres le 1er mars 1769. Engagé à 16 ans dans un régiment d’infanterie, il assiste en 1789, à Paris, aux débuts de la Révolution. Officier en 1791 du bataillon des volontaires d’Eure-et-Loir, il obtient, le 7 novembre 1792, sa réintégration dans l’armée régulière, avec le grade de lieutenant de cavalerie.

En 1793, la guerre de Vendée lui vaut une série de promotions rapides et exceptionnelles : simple capitaine le 1er mai, général de brigade le 16 octobre, général de division le 10 novembre, il devient général en chef par intérim de l’armée de l’Ouest le 5 décembre 1793. Les jours suivants, il remporte deux victoires décisives au Mans, puis à Savenay ; il n’a pas encore 25 ans.

Nommé à l’armée des Ardennes, future armée de Sambre-et-Meuse, il participe aux principales batailles de la campagne de 1794, dont la victoire de Fleurus (26 juin) et reçoit le 23 octobre la reddition de Coblence, qui permet la jonction avec l’armée de Rhin-et-Moselle.

Chargé de garder les passages du Rhin, tandis que les deux armées s’emploient à des campagnes infructueuses contre les Autrichiens, il est mortellement blessé près d’Altenkirchen en septembre 1796, alors qu’il protégeait la retraite des troupes françaises.

Le graveur Antoine Sergent (Chartres, 1751-Nice, 1847), qui a épousé la sœur aînée de Marceau, graveuse elle-même, se consacre à la gloire posthume du jeune héros.

Portrait de Marceau

Marceau, debout dans le fort Petersberg à Coblence, en 1794, la jambe droite repliée sur la gauche, la main gauche levée, porte un shako à plumet tricolore, un dolman à brandebourgs et le pantalon du 11e chasseurs. À ses pieds, son aide de camp Souhait, qui l’accompagnera dans ses derniers moments. L’image des soldats en haillons de l’an II n’est plus de mise sous le Directoire ; on préfère les uniformes flatteurs de l’armée républicaine bien que la réalité des campagnes militaires soit loin d’être brillante. De son propre aveu, Sergent a ajouté l’écharpe rouge des généraux de division, Marceau ne la portait pas lors de la reddition de Coblence et son panache avait été coupé par une balle lors de l’affaire de Limbourg !
L’artiste affiche sa parenté avec le jeune héros en signant Sergent Marceau. Cette gravure en couleur, peut-être son chef-d’œuvre, reproduit un portrait peint par lui d’après nature, « ad vivum ». Sergent en lance la publication peu après l’exposition de la peinture au Salon de l’an VI. Vendue à Bâle et à Francfort comme à Paris, elle fait l’objet d’une large publicité dans les journaux, qui donnent son prix : 48 francs avant la lettre (soit sans le texte) et 24 francs avec la lettre, comme cet exemplaire[1]. La gravure, dont la diffusion s’appuie sur une campagne commerciale bien orchestrée, s’adresse à une large clientèle européenne notamment en associant aux deux vers français que Lesur a consacrés à la gloire de Marceau dans le chant VIII des Francs à une citation en allemand d’un Übersicht des Feldzuges - que l'on peut raduire par Revue de campagne - publié à Vienne.

Derniers honneurs rendus par l’ennemi

Marceau succombe le 21 septembre 1796 à Altenkirchen, après avoir été touché le 19 par un tireur autrichien isolé, membre d’une unité d’élite spécialement entraînée pour abattre les officiers français. Le général en chef autrichien, l’archiduc Charles, frère cadet de l’empereur François II (et neveu de la reine Marie-Antoinette) décide de lui rendre les honneurs militaires et de restituer sa dépouille aux Français. Il est inhumé le 24 septembre à Coblence.
Cette épreuve avant la lettre de la gravure de Sergent publiée en juillet 1797 atteste la reconnaissance des mérites de Marceau, par ses ennemis[2], sur les lieux mêmes du combat : à droite, l’archiduc Charles, à l’arrière-plan l’escorte d’honneur composée de hussards autrichiens et, sur la hauteur, quelques habitants de la région qui rendirent hommage à son administration. Le décor purement imaginaire – Altenkirchen est une petite ville, non une clairière dans la forêt – contribue à l’intensité dramatique de la scène.

Testament de Marceau

Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1796, Marceau agonisant dicte ce testament au capitaine du génie Jean-Baptiste Souhait et le signe de sa main. Il partage entre sa sœur aînée, épouse de Sergent, et son plus jeune frère, Auguste, une somme de 14 400 livres. L’importance du pécule de Marceau a pu surprendre, mais le train de vie des généraux de cette époque se révèle souvent sans rapport avec leur solde. Celle d’un général de division s’élève en numéraire à 45 livres (une livre vaut alors à peine plus qu’un franc) par mois depuis les arrêtés des 16 et 23 germinal an IV (5 et 12 avril 1796), cette somme étant complétée par d’importantes fournitures en nature : vivres, fourrage et chevaux.

Projet de tombeau

En 1796, peu après la mort de Marceau, Sergent dessine à la plume un projet de tombeau à sa mémoire et cherche à en réunir le financement. La mention portée sur le dessin, en haut à droite, par les généraux Kléber, Bernadotte et Championnet, concerne la souscription ouverte pour sa réalisation : les trois compagnons de Marceau confirment qu’ils veilleront à sa bonne exécution.
Le projet voulu par Sergent ne sera jamais exécuté. Trop coûteux, sans doute… C’est finalement dans un monument plus sobre, une simple pyramide élevée sur les plans de Kléber, que l’urne contenant les cendres de Marceau est placée le 24 septembre 1797, un an jour pour jour après son inhumation. Cette cérémonie funèbre, exceptionnelle sous le Directoire, consacre la gloire d’un héros.

Un symbole

Général révolutionnaire issu de la petite-bourgeoisie, mort jeune, au combat, Marceau est pleuré de l’armée et honoré par ses ennemis, laissant l’image, peut-être un peu idéalisée, du héros de la génération juvénile et brave de 1793. L’émotion suscitée par sa mort colore d’héroïsme la retraite de Jourdan vers le Rhin en 1796.

Plus encore que Hoche, il restera longtemps dans les campagnes patriotes le symbole de la fidélité républicaine, même si la gloire naissante de Bonaparte a vite surpassé celle de ces jeunes héros.

La célébrité de Marceau doit aussi beaucoup à Sergent. Jacobin, conventionnel, régicide, le graveur devient suspect après Thermidor et doit se réfugier à Bâle pendant deux ans. Sa qualité de beau-frère du général Marceau le protège de son passé : on l’a accusé de malversations et aussi de provocation aux massacres de Septembre, ce qui paraît moins fondé. Il déploie de grands efforts pour faire connaître par ses gravures la gloire et la mort du jeune Marceau, retirant aussi un profit de la vente. Proscrit comme jacobin « exclusif » après l’attentat de la rue Saint-Nicaise contre Bonaparte, il vit à Venise et à Milan, puis, à partir de 1824, à Nice, alors ville sarde, où il meurt en 1847.

Anne-Marie JOLY, La Légende de Marceau.Documents fondateurs, catalogue de l’exposition présentée aux Archives départementales d’Eure-et-Loir du 30 septembre au 23 novembre 1996, Chartres, Conseil général d’Eure-et-Loir, 1996.Auguste KUSCINSKI, Dictionnaire des Conventionnels, Paris, Société de l’histoire de la Révolution française, 1916, réimpression Éd.du Vexin français, Brueil-en-Vexin, 1973.Georges SIX, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l’Empire (1792-1814), 2 tomes, Paris, Éd. Georges Saffroy, 1934.

Luce-Marie ALBIGÈS et Michel THIBAULT, « Le général Marceau, héros de l'armée révolutionnaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/general-marceau-heros-armee-revolutionnaire

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