Honoré de Balzac (1799-1850)

Honoré de Balzac (1799-1850)

Date de création : 1886

Date représentée :

H. : 61, 5 cm

L. : 50, 2 cm

Huile sur toile. D'après un original par Louis Boulanger exposé au Salon de 1837, aujourd'hui détruit)

© RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Lien vers l'image

MV 6394 - 98-007472

Honoré de Balzac (1799-1850)

Date de publication : Octobre 2003

Auteur : Jérémie BENOÎT

Lorsqu’en 1837 Louis Boulanger exposa au Salon le portrait de Balzac, l’écrivain était déjà reconnu, même s’il n’avait pas, loin de là, achevé son œuvre. Il avait cependant commencé sa Comédie humaine, ayant déjà publié Les Chouans (1829), La Peau de chagrin (1831), Le Colonel Chabert (1832), Eugénie Grandet (1833), Le Lys dans la vallée et La Fille aux yeux d’or (1835). A cette époque, peindre un écrivain de la génération de 1830 était une manière de consacrer le romantisme. Boulanger fréquentait d’ailleurs le cénacle des écrivains romantiques et fut l’ami de Balzac, de Hugo, de Dumas, qu’il représenta.

Le photographe Nadar avait de son côté tiré un portrait de Balzac, mais la toile de Dastugue révélait véritablement le romantique dans cette représentation un peu conventionnelle d’un artiste, une main posée sur le cœur, la chemise grande ouverte. Quant à Boulanger, qui connaissait bien Balzac, il ne pensait certainement pas donner le prototype de la représentation de l’écrivain, lorsqu’il réalisa ce portrait. En fait, il savait comment travaillait Balzac, emmitouflé dans sa robe de chambre, buvant café sur café pour soutenir son inspiration, écrivant la nuit. Alors que Balzac avait jusque-là écrit des romans de tendance romantique, illuministe quelquefois (Maître Cornelius, 1831), Boulanger montra cependant ici l’homme solide, réaliste, qu’il devait rapidement devenir, un homme gros aussi, complexé, attiré par le dandysme, politiquement fasciné par le légitimisme et le catholicisme, mais trop lucide pour se laisser embrigader par une quelconque faction. En publiant en 1827 César Birotteau, Balzac se tourna vers le réalisme, abandonnant toute allégorie, toute référence au mystique Emmanuel Swedenborg comme dans Seraphita (1833). Désormais attaché à décrire la société bourgeoise, Balzac n’hésita pas à montrer les réseaux de relations politiques ou les travers de ses contemporains. A la recherche du type social plus que du personnage, il se posait en monument de l’écriture. Sans doute est-ce cet aspect de l’œuvre que Boulanger voulut traduire dans ce portrait de l’écrivain, précisément arrivé à un tournant de sa carrière.

Rodin eut-il connaissance de ce portrait quand il commença à concevoir la statue de Balzac, qui allait l’amener à de longues recherches et qui, bien qu’inachevée, fut cependant fondue en bronze et orne aujourd’hui le boulevard Raspail à Paris ? C’est très possible : de 1891 à 1898, le sculpteur travailla sans cesse à donner toujours plus de puissance et d’ampleur à son personnage, dont le prototype semble bien avoir été le tableau de Boulanger. L’évolution de Rodin l’amena à toujours plus synthétiser les formes simples que lui fournissait la robe de chambre, résumant ainsi Balzac à une sorte de pilier de matière, véritable menhir, véritable monument symbolique et indestructible. C’est en transcendant la matière que Rodin parvint à montrer la puissance descriptive de Balzac. Dépassant l’homme, il en a extrait l’essence pour en faire le symbole de la société du XIXe siècle. Il semble bien que Boulanger ait suivi la même démarche que le sculpteur, mais face à un modèle bien vivant, dont il traduisit toute l’ardeur créatrice et qu’il connaissait trop, il ne paraît pas être parvenu à dépasser la seule vision du personnage, tant il est vrai que Balzac, en 1837, ne s’était pas encore autant accompli dans son œuvre que lorsque Rodin le représenta. En ce sens, la tâche était presque plus facile pour le sculpteur que pour le peintre.

Georges BLINStendhal et les problèmes du romanParis, Corti, 1953 Michel CROUZETStendhal ou Monsieur moi-mêmeParis, Flammarion, 1990.Jean GOLDZINKStendhal, l’Italie au coeurParis, Gallimard, coll.«  Découvertes », 1992.

Jérémie BENOÎT, « Honoré de Balzac (1799-1850) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/honore-balzac-1799-1850

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