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Listes des déportés rescapés des camps de concentration affichées à l'Hôtel Lutétia

Listes des déportés rescapés des camps de concentration affichées à l'Hôtel Lutétia

On recherche. Le bureau de «renseignements aux familles»

On recherche. Le bureau de «renseignements aux familles»

Listes des déportés rescapés des camps de concentration affichées à l'Hôtel Lutétia

Listes des déportés rescapés des camps de concentration affichées à l'Hôtel Lutétia

Lieu de conservation : Mémorial de la Shoah (Paris)
site web

Date de création : 1945

Date représentée : 1945

Domaine : Photographies

© Mémorial de la Shoah

Lien vers l'image

  • Listes des déportés rescapés des camps de concentration affichées à l'Hôtel Lutétia

Le Lutétia en 1945

Date de publication : Avril 2024

Auteur : Paul BERNARD-NOURAUD

Paris face au retour des survivants

Lorsque les troupes nazies entrent le 14 juin 1940 dans Paris déclarée « ville ouverte » quelques jours auparavant, leurs états-majors investissent aussitôt les plus beaux hôtels de la capitale. Celui de la Luftwaffe s’établit au Ritz, le commandement militaire de la Zone occupée au Meurice et l’Abwehr, le service de renseignement de l’armée allemande, au Lutetia, le dernier-né des hôtels de luxe parisiens, inauguré Rive gauche en 1910 dans un style Art déco.

Compte tenu de ses antécédents, après la Libération de Paris, le Gouvernement provisoire de la République française (G.P.R.F.) décide fin avril 1945 de transformer le Lutetia en centre d’accueil pour un certain nombre des rescapés du système concentrationnaire et génocidaire nazi. Jusqu’en août de la même année, le Lutetia devient ainsi « un palace pour revenants », selon l’expression du journaliste de l’époque Henri Calet. Les centaines de milliers de prisonniers de guerre et de Français contraints au Service du travail obligatoire (S.T.O.) qui sont alors rapatriés ne transitent pas par le Lutetia. Seuls y sont dirigés plusieurs milliers de déportés pour faits de résistance ainsi que quelques centaines de Juifs de France ayant survécu au génocide (on compte en 1945 2566 survivants sur les plus de 75 000 Juifs de France déportés entre mars 1942 et le mois d’août 1944).

Trois femmes résistantes, Marcelle Bidault (1), Denise Mantoux (2) et Sabine Zlatin (3), assurent la direction des opérations sur place. Elles coordonnent l’accueil des rescapés qui arrivent essentiellement en bus et en train depuis la gare d’Orsay toute proche, ou de l’aéroport du Bourget. Le bâtiment abrite pour les accueillir un centre de sélection, un centre de formalités ainsi qu’un centre d’hébergement provisoire occupant la plupart des 350 chambres de l’hôtel, qui est également pourvu d’une infirmerie elle aussi temporaire. Rapidement, des proches de déportés convergent vers le Lutetia dans l’espoir d’y obtenir de leurs nouvelles, parfois aidés en cela par les survivants eux-mêmes, qui apportent avec eux de précieuses informations sur leurs camarades survivants ou morts en déportation. Durant la période de la Libération, un très grand nombre de photographies ont paru dans la presse afin de documenter la réalité de la déportation. Certaines d’entre elles ont également servi à identifier les personnes déportées en question. Les deux photographies, qui appartiennent au fonds de l’Agence France Presse et que conserve aujourd’hui le Mémorial de la Shoah de Paris, montrent comment ces deux types de population ont alors été liés par une même recherche.

Déportés survivants et proches de déportés liés par une même recherche

Sur le parvis de l’hôtel, des panneaux d’affichage couverts ont été dressés. Y sont épinglées des fiches signalétiques comprenant une photographie de la personne recherchée (homme, femme et quelquefois enfant) ainsi qu’une description d’elle et des circonstances dans lesquelles elle a été déportée. Le cliché qui documente ce dispositif montre qu’il était visible de tous et précisément conçu pour l’être.

La photographie qui a manifestement été prise à l’intérieur du bâtiment rassemble cette fois plusieurs déportés (trois ou quatre), reconnaissables à leurs uniformes rayés, qui parcourent du regard les mêmes fiches d’information. Sans doute s’enquièrent-ils du sort de leurs camarades, ou bien cherchent-ils à leur sujet des informations qu’ils seraient susceptibles de compléter afin de les faire connaître aux familles concernées. Le nombre des fiches visibles sur chacune des deux photographies traduit indirectement celui des déportés, estimé à un total de 48 000 rapatriés, dont environ un tiers est finalement passé par le Lutetia, sans que l’on puisse établir avec certitude le chiffre de ceux qui y ont effectivement retrouvé leurs proches.

Le système concentrationnaire et génocidaire nazi à l’échelle d’un lieu

La centralisation des informations en un lieu aussi emblématique et familier aux Parisiens que l’était alors l’hôtel Lutetia a certainement contribué à la prise de conscience de l’étendue du système concentrationnaire et génocidaire mis en œuvre par les nazis. D’après les témoignages de ceux qui y passèrent ou qui y travaillèrent à cette période, il a également constitué l’un des premiers espaces de témoignage sur l’horreur dudit système. C’est là, par exemple, que le peintre Léon Delarbre remet pour la première fois les dessins qu’il a réalisés pendant son calvaire. Il est d’ailleurs à noter que son ouverture coïncide avec la diffusion en France des premières photographies de l’ouverture des camps.

Jusqu’au mois d’avril, en effet, les autorités du G.P.R.F. avaient freiné la publication de telles images de crainte, précisément, que des proches ne reconnaissent sur elles des personnes déportées dont ils restaient sans nouvelles, y compris parmi les cadavres. Au Lutetia, l’ampleur du drame se mesure donc tout à coup à l’échelle d’un lieu, non seulement en raison des miracles des retrouvailles et des drames de la disparition qui s’y déroulent, mais parce que la figure du déporté y apparaît physiquement.

La présence qu’atteste la photographie (comme du reste les actualités cinématographiques de l’époque) de déportés dans leurs uniformes, le crâne encore rasé, les bras parfois tatoués pour les survivants d’Auschwitz-Birkenau, provoque en quelque sorte une première apparition de la déportation dans le paysage visuel du Paris d’après-guerre.

Pierre ASSOULINE, Lutetia, Paris, Gallimard, 2005.

Henri CALET, « Hôtel Lutetia », mai 1945, in Contre l’oubli, Paris, Grasset, 2010.

Clément CHEROUX (dir.), Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis (1933-1999), Paris, Marval, 2001.

Léon DELARBRE, Auschwitz, Buchenwald, Bergen, Dora. Croquis clandestins de Léon Delarbre, Paris, Michel de Romilly, 1945.

lutetia.info : site de l’exposition itinérante organisée par Marie-Josèphe Bonnet en 2019

1 - Marcelle Bidault (1901-1975) : membre du mouvement de résistance Combat dont son frère, Georges Bidault est membre du comité directeur. Elle participe à l'assistante sociale organisée pour venir en aide aux familles des résistants des Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R.). En 1945, le général de Gaulle la charge d'organiser l'accueil des déportés au Lutetia avec Sabine Zlatin et Denise Mantoux.

2 - Denise Mantoux (1912-1986) : entrée en résistance en 1942, elle participe à l'assistante sociale organisée pour venir en aide aux familles des résistants, sous la direction de Berty Albrecht. Elle se charge de l'enregistrement des arrivées au Lutetia des déportés en 1945.

3 - Sabine Zlatin (1907-1996) : née en Pologne dans une famille juive, elle quitte la Pologne dans les années 20 pour s'installer en France. Naturalisée française en 1939, elle devient infirmière militaire à la Croix-Rouge lorsque éclate la guerre. Elle se réfugie avec son mari à Montpellier, mais elle doit cesser son activité d'infirmière à cause de son statut de juive. Elle s’engage alors auprès de l’Œuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.) et organise la colonie des enfants d'Izieu, village sous occupation italienne, qui devient un refuge pour les enfants juifs. Le 6 avril 1944, la Gestapo dirigée par Klaus Barbie rafle les enfants. Sabine Zlatin est absente ce jour-là. Après s'être battue en vain pour éviter la déportation des enfants, elle rejoint la Résistance. En 1945, elle organise l'hôtellerie du Lutétia pour l'arrivée des déportés. Elle témoignera à charge lors du procès de Klaus Barbie en 1987.

Paul BERNARD-NOURAUD, « Le Lutétia en 1945 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/05/2024. URL : histoire-image.org/etudes/lutetia-1945

À découvrir l'étude Retours & refoulés qui analyse les conséquences de la libération progressive en 1945 de l’Europe à l’Ouest et à l’Est accompagnée d’un intense mouvement de population où se mêlent réfugiés, anciens prisonniers de guerre et anciens déportés.

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