Madame Taglioni (1804-1884)

Madame Taglioni (1804-1884)

Date représentée :

H. : 47,5 cm

L. : 37,5 cm

Huile sur toile.

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Lien vers l'image

MV 5539 - 12-545820

Marie Taglioni et l'apogée du ballet romantique

Date de publication : Juin 2009

Auteur : Gabriella ASARO

Marie Taglioni est l’une des personnalités les plus marquantes de l’histoire de la danse et le symbole par excellence du ballet romantique ; son influence dépasse les limites de la vie théâtrale et artistique de la première moitié du XIXe siècle pour atteindre la vie culturelle et même la mode de son époque. Issue d’une famille de danseurs, Marie Taglioni naît en 1804 à Stockholm d’un père italien, Filippo Taglioni, et d’une mère suédoise, la danseuse et peintre Sophie Karsten. Elle passe presque toute son enfance à Paris avec sa mère et son frère Paul, destiné lui aussi à la carrière de danseur. Élève de Jean-François Coulon, qui avait été le professeur de son père, la jeune Marie se perfectionne auprès de son père qui, l’ayant fait venir à Vienne, la soumet à un entraînement quotidien très rigoureux auquel elle devra une technique et une élégance gestuelle irréprochables.

Marie Taglioni fait ses débuts à Vienne en 1822 avant de se produire à Stuttgart et à Munich, remportant toujours un grand succès. Arrivée à Paris en 1827, elle est promue première danseuse de l’Opéra en 1831 et obtient la consécration le 12 mars 1832 dans le rôle titre du ballet-pantomime La Sylphide, que son père crée pour elle sur un livret d’Adolphe Nourrit et une musique de Jean Schneitzhoeffer. Saluée par la critique comme la plus pure expression du ballet romantique, elle est invitée dans les plus grands théâtres européens : Londres, Berlin, Milan, Saint-Pétersbourg, sans compter ses fréquents retours à Vienne et à Paris.

Marie Taglioni termine sa carrière en 1847, après avoir été célébrée dans le rôle principal du Pas de quatre créé à Londres en 1845 par Jules Perrot pour elle et trois autres divas du ballet romantique : Fanny Cerrito, Carlotta Grisi et Lucile Grahn. Devenue professeur de perfectionnement à l’école de l’Opéra, Marie Taglioni remarque la jeune Emma Livry (1842-1863) qui débute en 1858 dans le rôle de la Sylphide. Reconnaissant en elle son héritière, la Taglioni la prend sous son aile et réalise pour elle son unique chorégraphie, Le Papillon (1860), sur une musique de Jacques Offenbach. La mort prématurée et tragique d’Emma Livry, décédée des suites d’un grave accident de scène (son tutu avait pris feu lors d’une représentation de La Muette de Portici), prive la saison du ballet romantique de sa dernière fleur.

Après la guerre de 1870, Marie Taglioni quitte la France pour Londres, où elle donne des cours particuliers aux jeunes filles de la bonne société anglaise. Ruinée par les spéculations financières de son père, elle mourra dans le dénuement à Marseille.

Le peintre français d’origine hollandaise Ary Scheffer est non seulement l’auteur de tableaux touchants comme Le jeune Malade ou d’une grande puissance dramatique comme Les femmes souliotes (1827), ou poétiques et sensuels comme Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile (1835, première version à la Wallace Collection de Londres ; deuxième version, au musée du Louvre), il est aussi un portraitiste apprécié qui compte, parmi ses modèles, Chopin et Liszt.

Dans son portrait de Marie Taglioni, le visage pâle de la danseuse, encadré par les bandeaux de cheveux, ressort efficacement du fond par contraste avec la couleur rouge des fleurs dans la coiffure et du col de la robe. On ne connaît pas l’année exacte de réalisation de ce tableau, mais la Taglioni semble avoir entre vingt-trois et vingt-cinq ans. Bien que ce tableau ne la représente pas dans l’un des rôles qui l’ont rendue célèbre, il montre le charme simple et naïf qui contribue au succès de la danseuse.

Marie Taglioni comble le vide laissé par la disparition prématurée de Geneviève Gosselin (1791-1818), dont elle perfectionne l’élégante technique des pointes, en s’illustrant ainsi dans le style aérien qui représente l’expression la plus pure de l’esprit romantique. Son opposé est incarné par la sensuelle et énergique Fanny Elssler (1810-1884). Les deux danseuses sont associées comme les deux faces d’une même médaille par Théophile Gautier qui, dans un article publié dans La Presse le 11 septembre 1837, parle de Maria Taglioni comme d’une « danseuse chrétienne » et voit en Fanny Elssler une « danseuse païenne ».

Pour Gautier, Marie Taglioni « n’est pas une danseuse, c’est la danse elle-même », et son nom est destiné à remplacer celui de Terpsichore. Il compare l’art de la danseuse à la poésie de Byron et Lamartine, en affirmant qu’« elle a des ronds de jambes et des ondulations de bras qui valent de long poèmes ».

Dans l’imaginaire romantique, Marie Taglioni est indissociablement liée au rôle de la Sylphide. Le ballet éponyme sublime la technique de la danseuse et associe à jamais le style aérien aux rêveries romantiques exaltant l’idéal amoureux et poétique qui fuit la banalité du quotidien et ses pièges mortels, puisqu’une rencontre entre les deux mondes lui serait fatale.

Théophile GAUTIER, Écrits sur la danse, chroniques choisies, présentées et annotées par Ivor Guest, Mayenne, Actes Sud, 1995.

Ivor GUEST, The Romantic Ballet in Paris, Middletown, Wesleyan University Press, 1966.

Ivor GUEST, Le Ballet de l’Opéra de Paris, Paris, Flammarion, 1976, rééd.2001.

Romantisme : Le mot est introduit dans la langue française par Rousseau à la fin du XVIIIe siècle. Il désigne par la suite un élan culturel qui traverse la littérature européenne au début du XIXe siècle, puis tous les arts. Rompant avec les règles classiques, la génération romantique explore toutes les émotions données par de nouveaux sujets, en privilégiant souvent la couleur et le mouvement.

Gabriella ASARO, « Marie Taglioni et l'apogée du ballet romantique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/marie-taglioni-apogee-ballet-romantique

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Folies Bergères. Loïe Fuller.

Loïe Fuller, incarnation du Symbolisme sur la scène

La « fée électricité » de la Belle Époque

Le mythe de Paris « Ville lumière » est indissociable de la « fée électricité » Loïe Fuller, artiste…

Loïe Fuller, incarnation du Symbolisme sur la scène
Loïe Fuller, incarnation du Symbolisme sur la scène
Loïe Fuller, incarnation du Symbolisme sur la scène
Loïe Fuller, incarnation du Symbolisme sur la scène
Asnières

Guinguettes et imagerie populaire

La guinguette, au cœur d’une nouvelle imagerie populaire

À la fin du XIXe siècle, les guinguettes constituent un référent culturel et…

Guinguettes et imagerie populaire
Guinguettes et imagerie populaire

Isadora Duncan entre hellénisme et modernité

Renouveler la danse en puisant à ses sources

C’est à Paris, vitrine de toutes les avant-gardes, que se forge le mythe d’Isadora Duncan, chef de…

Isadora Duncan entre hellénisme et modernité
Isadora Duncan entre hellénisme et modernité
Isadora Duncan entre hellénisme et modernité

De la classe à la scène, le ballet de l'Opéra de Paris vu par Edgar Degas

Lieu incontournable de la vie culturelle et mondaine de la bonne société parisienne, le théâtre de l’Opéra a successivement occupé trois salles au…

De la classe à la scène, le ballet de l'Opéra de Paris vu par Edgar Degas
De la classe à la scène, le ballet de l'Opéra de Paris vu par Edgar Degas
De la classe à la scène, le ballet de l'Opéra de Paris vu par Edgar Degas
De la classe à la scène, le ballet de l'Opéra de Paris vu par Edgar Degas

Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque

De la notoriété internationale de Jean-Sully Mounet (1841-1916), dit Mounet-Sully, l’un des acteurs les plus célèbres de la Belle Époque, témoigne…

Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque
Mounet-Sully et l’Antiquité grecque au théâtre à la Belle Époque
Le Bal du Moulin de la Galette. Auguste Renoir

Le Moulin de la Galette

Le moulin de la Galette qui donne son titre à ces deux toiles se situait sur la butte Montmartre (annexée à Paris en 1860), à côté du moulin qui…

Le Moulin de la Galette
Le Moulin de la Galette

Le bal, une pratique sociale

Le siècle de la « dansomanie »

Au XIXe siècle, le bal fait partie, selon des modalités variées, des loisirs de toutes les couches de la…

Le bal, une pratique sociale
Le bal, une pratique sociale
Le bal, une pratique sociale
Petite danseuse de 14 ans - Edgar Degas

Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la Petite danseuse de 14 ans

Mieux connu par son œuvre de dessinateur et de peintre, Degas est aussi un sculpteur prolifique : à sa mort, en 1917, il laisse dans son atelier…

Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la <i>Petite danseuse de 14 ans</i>
Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la <i>Petite danseuse de 14 ans</i>
Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la <i>Petite danseuse de 14 ans</i>
Degas sculpteur et le réalisme audacieux de la <i>Petite danseuse de 14 ans</i>
Marie-Anne-Eléonore de Grave dit Marie-Madeleine Guimard - Jean-Honoré Fragonard

Marie-Madeleine Guimard et le ballet français du XVIIIe siècle redécouverts

L’esprit galant du XVIIIe siècle et ses protagonistes reviennent à la mode dans la seconde moitié du XIXe siècle : les…

Marie-Madeleine Guimard et le ballet français du XVIII<sup>e</sup> siècle redécouverts
Marie-Madeleine Guimard et le ballet français du XVIII<sup>e</sup> siècle redécouverts

Les esclaves et la danse

Une main d’œuvre servile peuple en nombre considérable les Antilles et les Amériques proches de celles-ci. Les propriétaires des plantations de…

Les esclaves et la danse
Les esclaves et la danse