Vue intérieure d'une galerie du cloître, abbaye Saint-Pierre à Moissac

Vue intérieure d'une galerie du cloître, abbaye Saint-Pierre à Moissac

Château de Blois, escalier de François Ier.

Château de Blois, escalier de François Ier.

Amphithéâtre de Nîmes, vue intérieure.

Amphithéâtre de Nîmes, vue intérieure.

Vue intérieure d'une galerie du cloître, abbaye Saint-Pierre à Moissac

Vue intérieure d'une galerie du cloître, abbaye Saint-Pierre à Moissac

Auteur : LE GRAY Gustave

Lieu de conservation : musée d’Orsay (Paris)
site web

Date de création : 1851

Date représentée :

H. : 23,2 cm

L. : 34,5 cm

Epreuve sur papier salé

© Photo RMN - Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

http://www.photo.rmn.fr

00-003399 / PHO1979-20

La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale

Date de publication : Décembre 2011

Auteur : Charlotte DENOËL

La notion de patrimoine

L’acharnement des sans-culottes révolutionnaires contre les monuments de l’Ancien Régime qui abritaient les emblèmes de la royauté et de l’Église, châteaux, portes, couvents, églises, cloîtres, statues, cloches, etc., entraîna une prise de conscience du caractère patrimonial des œuvres d’art au sein des pouvoirs publics. Cette France nouvelle qui émerge de la Révolution éprouve en outre le besoin de se doter d’une épaisseur historique, d’un passé non plus pensé comme substantiel comme sous l’Ancien Régime, mais considéré comme « historique ».

C’est ainsi que, dès 1794, dans le sillage de l’abbé Grégoire, la notion de vandalisme commence à être appliquée aux monuments, et l’on se préoccupe de créer des institutions destinées à recueillir les vestiges ayant échappé aux destructions révolutionnaires, ainsi le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir (1795). En 1818, le baron Taylor et Charles Nodier commencent l’inventaire du patrimoine national avec la publication des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. Il fallut néanmoins attendre encore bien des années pour que la notion de « monument historique » élaborée sous la Révolution reçoive une reconnaissance officielle, avec la création par Guizot de l’inspection générale des Monuments historiques (1830) et de la Commission des monuments historiques (1837). Sous la houlette de Prosper Mérimée, inspecteur général, la Commission est chargée d’inventorier et de classer les monuments, ainsi que de former les architectes à leur restauration.

En 1838, pour documenter son travail, la Commission entreprend de rassembler une collection iconographique de tous les édifices de la France ; l’invention de la photographie l’année suivante la dote d’un outil qu’elle adopte aussitôt. En 1851, profitant des progrès du nouveau procédé, elle confie à cinq photographes la mission de photographier 175 monuments parmi les plus représentatifs du patrimoine national.

Les monuments photographiés

Les cinq photographes sélectionnés par la Commission des monuments historiques au cours de l’année 1851 appartiennent tous à la Société héliographique nouvellement créée. Il s’agit de Henri Le Secq, Édouard Baldus, Auguste Mestral, Hippolyte Bayard et Gustave Le Gray. Chacun se voit attribuer un itinéraire précis assorti d’une liste de monuments à reproduire photographiquement.

Ainsi Édouard Baldus, qui a photographié par le passé les édifices antiques d’Arles, se voit-il attribuer le midi de la France, de Vienne à Arles. Au cours de son périple, il prend de nombreuses vues d’architecture de Nîmes où il séjourne pendant dix jours, comme cette vue intérieure panoramique de l’amphithéâtre, partie centrale d’un photomontage, technique dans laquelle le photographe était passé maître. Pour mettre l’espace en perspective et restituer pleinement la monumentalité de l’édifice, Baldus en prend trois vues puis juxtapose les négatifs de manière à réaliser une image de grand format. Cette technique complexe lui valut par la suite une spécialisation dans la photographie d’architecture.

Pour leur part, Gustave Le Gray et Auguste Mestral se sont associés pour voyager et photographier ensemble les monuments situés dans un vaste périmètre allant des châteaux de la Loire aux Pyrénées. À Moissac, le tandem documente le cloître de l’abbaye sous toutes ses faces. Cette vue intérieure d’une galerie photographiée à contre-jour donne toute la mesure du talent des deux artistes qui sont parvenus à restituer sa monumentalité et la beauté de ses proportions au moyen d’un cadrage décentré et de jeux d’ombre et de lumière. Les parties supérieure et inférieure de la galerie disparaissent dans l’obscurité, tandis que les lignes épurées des colonnes sont projetées sur le sol, conférant une tonalité dramatique au sujet. Ce parti pris volontairement esthétique et la végétation qui envahit la cour centrale du cloître montrent que l’architecture n’est pas le seul sujet de représentation pour Le Gray et Mestral.

Au château de Blois, première étape de leur voyage, les photographes ont, en revanche, privilégié des morceaux d’architecture dans certaines de leurs épreuves. Ainsi cette vue de l’aile François Ier où le cadrage est centré sur le grand escalier hors œuvre situé sur la cour, ne laissant aucune place au paysage ou au ciel. Emblématique de la première Renaissance française, cet escalier est finement ouvragé en son sommet et sur sa façade de motifs d’inspiration italienne que les jeux de lumière mettent ici admirablement en valeur.

La sauvegarde des monuments

Ces photographies montrent qu’au-delà des exigences documentaires de la commande qui leur a été passée, Le Gray et Mestral ont su prendre une certaine liberté par rapport à leur sujet et se sont attachés à élaborer des œuvres personnelles qui puissent susciter l’admiration en dehors du contexte dans lequel elles sont nées. Les photographes rapportent à Paris à l’automne 1851 des milliers de clichés dont 258 sont sélectionnés par la Commission des monuments historiques pour être versés dans ses archives. Si la lisibilité des images et l’exactitude des informations qu’elles délivrent sont les principaux critères de sélection, les intentions esthétiques sont parfois également prises en compte.

Néanmoins, la vocation première de ces images est avant tout patrimoniale. Le choix des monuments à photographier, 175 parmi des milliers d’œuvres classées, et la sélection finale des épreuves reflètent le travail de la Commission, ses domaines d’intervention et ses objectifs. Il s’agit principalement d’édifices architecturaux, toutes époques confondues, même si l’Antiquité et le Moyen Âge apparaissent nettement privilégiés, et, le plus souvent, d’édifices qui nécessitent des restaurations urgentes. C’est notamment le cas de l’abbaye de Moissac et du château de Blois, documentés par Le Gray et Mestral qui, peu avant la Mission de 1851, s’étaient vus attribuer à la demande de la Commission d’exceptionnelles subventions pour leur restauration. Les photographies de la Mission héliographique fournissent une considérable documentation de travail aux architectes chargés de la restauration des monuments et, d’une manière générale, constituent un précieux outil de travail pour étudier les différents styles d’architecture. Le fonds d’épreuves ainsi constitué et progressivement enrichi par la Commission dans les décennies suivantes témoigne de la valeur scientifique qui est accordée à la photographie dès ses débuts.

Sylvie AUBENAS (dir.), Gustave Le Gray, 1820-1884, catalogue de l’exposition organisée par la B.N.F., 19 mars-6 juin 2002, Paris, B.N.F.-Gallimard, 2002.Françoise BERCÉ, Les Premiers Travaux de la Commission des monuments historiques, 1837-1848, procès-verbaux et relevés d’architectes, Paris, Picard, 1979.Françoise BERCÉ, Des monuments historiques au patrimoine, du XVIIIe siècle à nos jours ou les Égarements du cœur et de l’esprit, Paris, Flammarion, 2000.Anne CARREZ, « La Commission des monuments historiques de 1848 à 1852 », in Histoire de l’Art n° 47, novembre 2000.Jean-Michel LENIAUD, Les Archipels du passé : le patrimoine et son histoire, Paris, Fayard, 2002.Anne de MONDENARD, La Mission héliographique.Cinq photographes parcourent la France en 1851, Paris, Monum, Éditions du patrimoine, 2002.Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire. La nation. Le territoire. L’Etat. Le patrimoine, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 3 vol., 1986.

Charlotte DENOËL, « La Mission héliographique de 1851 : une vocation patrimoniale », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/mission-heliographique-1851-vocation-patrimoniale

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